‹ Les convulsions de Paris (volume 3)Chapitre 17 sur 56 · IV. — LES D0MINI0AI1I8 D'AHOUIIL · texte numérisé non relu

IV. — LES D0MINI0AI1I8 D'AHOUIIL

Pourquoi la Santé n'a pas été détruite. — La geôle du neuvièrae secteur. — Sérizier. —Lé 101* baUillon. — L'école d'Albert le Grand. — Ambulance — Louis Boin dit Bobèche. ~ Prétendu signal aux Ventaillais. — On s'empare de l'école. — Airestation des dominicains. — Transférés au fort de Bicétre. — Vol avec effraction. — Ivrognerie. — Évacuation du fort de Bicétre. — Les dominicains transférés i la geôle du neuvième secteur. — Requis pour aller construire des barricades. — Refus. — La situation militaire devient périlleuse. — Sérizier décide le massacre des dominicains. — Les femmes pendant l'insurrection. — La chasse aux prêtres. — Massacre. — Cour martiale. — Sérizier s'efquive. — Une veuve. — Arrestation de Sérizier. — Sérizier et Bobèche sont exécutés.

Comment se fait-il que la prison de la Santé ait été épargnée et que les otages qu'elle contenait n'aient point été assassinés? Ferré a cru que Ton avait exécuté ses ordres et Sérizier était persuadé que la maison avait été incendiée. De la Butte-aux-Cailles il avait fait diriger sur la prison le feu de son artillerie ; un obus enflamma un chantier de bois, le chantier Hunebelle;

* Le chef du service de la sûreté pendant la Commune fut Philippe-Auguste Cattelain, dessinateur de mérite, qui exerça sa fonction ayec douceur et, plus d'une fois, profita de sa situation pour sauver des persécutés. Arrêté et enfermé à Mazas, il raconte une entrevue qu'il eut avec M. Claude dans des termes que nous reproduisons, car ils font l'éloge des deux personnages, c Hier, écrit Cattelain, H. Claude est venu me voir^ m'apportant des consolations, des espérances et de l'argent; décidément, il y a encore quelques honuues de cœur sur terre. Cet homme qui, pendant que je tenais son emploi, gémissait dans une autre prison et n'a échappé à la mort que par miracle, n'a pas une goutte de fiel. Que ne Tai-je connu plus tôt ! je ne me serais pas rebuté de demander sa grâce, et, par un de ces efforts d'énergie dont j'ai donné quel- <iues preuves pendant l'insurrection, j'aurais mis un honnête bomme de plus en liberté. »

208 LA SÂMTÉ.

placé auprès de la Santé; à distance, Sérizier s'imagina que celle-ci brûlait, fit changer Tobjectif de ses pièces et sauva ainsi la maison dont il avait juré la perte. Il n*était point à bout de crimes. Là même où, pendant l'insurrection de juin 1848, on avait massacré le général de Bréa et le capitaine Mangin, il se chargea de démontrer quels progrès avait faits ce que l'on aime à appeler « l'adoucissement des mœurs ». C'est dans l'avenue d'Italie, n^ 38, que l'on avait installé une prison disciplinaire qui relevait du IX* secteur. De cette frison Sérizier avait fait sa geôle particulière. Au dernier jour, il la vida par le massacre.

Sérizier avait été un condamné politique de l'Empire. Lors du 4 septembre, il était réfugié en Belgique; il revint à Paris et eut quelque importance pendant le siège, ainsi que nous l'avons déjà vu, surtout à la journée du 31 octobre et à celle du 22 janvier. Après le 18 mars, nommé secrétaire de Léo Meillet, puis délégué de la Commune à la mairie du XlIP arrondissement, chef de la 13* légion le 1*' mai, il conuuandait douze bataillons qui se battirent bien à Issy, à Châtillon, aux Hautes-Bruyères. Mais parmi ces bataillons il en est un qu'il choyait par-dessus les autres, sorte de bataillon personnel, composé d'amis, de compagnons, et qui était le 101*. « Le légendaire 101* bataillon, qui fut aux troupes de la Commune comme la 32* brigade à l'armée d'Italie, » a dit M. Lissagaray ^ Ardent, grand parleur, gros buveur, ouvrier sans courage, vivant d'aumônes extorquées à l'Assistance publique, Sérizier exerçait une réelle influence sur les gens incultes dont il était entouré. Brutal et hautain, il savait se faire obéir et avait terrifié le XIII* arrondissement, qui tremblait

r ^ M. Lissagaimy a certainement voulu dire la trente-deuxième demi-brigade. (Hiat. de la Commune ^ p. 393.)

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