‹ Les convulsions de Paris (volume 3)Chapitre 22 sur 56 · LES DOMINICAINS D'ARCUEIL. TU · texte numérisé non relu

LES DOMINICAINS D'ARCUEIL. TU

personne. De tous côtés» autour d*elle, on disait : a Sèrizier est mort, il a été fusillé, il a été tué sur une barricade; » elle n'en croyait rien, la haine est perspicace. Elle commença prudemment son enquête et acquit bientôt la certitude que dans la soirée du 25 mai Sérizier avait été vu place Jeanne-d*Arc, qu'il était fort agité, cherchait à se cacher, se plaignait de porter un uniforme qui le ferait reconnaître ; qu'enfin, pendant la nuit, il avait été recueilli dans une maison de la rue du Château-des-Rentiers, d'où il était sorti aux premières heures de la matinée du 26 mai, revêtu d'habits bourgeois. Là elle perdait sa piste.

Elle organisa alors tout un plan d'attaque, car elle était persuadée que Sérizier n'avait point quitté Paris. Elle se dit qu'il était corroyeur, que l'argent qu'il avait en pochas au moment de la défaite serait vite épuisé, que la nécessité de gagner sa vie le forcerait à travailler « de son état » , et qu'il essayerait de se perdre au milieu d'un atelier. Il existe à Paris deux cent trente-deux ateliers de corroyeur ; cela ne découragea pas la femme, qui conunença la recherche de Sérizier avec une ténacité de Peau-Rotige. Chaque matin et chaque soir, aux heures de l'entrée et de la sortie des ouvriers, elle allait rôder autour des maisons decorroierie dont elle avait relevé le nombre et connaissait l'adresse. C'était la tâche quotidienne qu'elle s'était imposée ; elle n y faillit jamais. Cependant les semaines passaient et les mois aussi ; Sérizier restait introuvable. Enfin le i6 octobre, passant dans la rue Galande, elle aperçut un homme qui tramait une voiture à bras, et qui, par l'habitude générale du corps, lui rappelait celui qu'elle cherchait. Était-ce bien lui ? Au lieu de porter la moustache et la mouche, il était entièrement rasé ; il semblait plus petit, comme tassé sur lui-même; elle ne se trompa point cependant, car elle reconnaissait son re-

Page 1