‹ Les convulsions de Paris (volume 4)Chapitre 29 sur 66 · i I.A SAME · texte numérisé non relu

i I.A SAME

écrouor un ouvrier chaudronnier, qui avait commis un vol insignifiant dans les ateliers du chemin de fer d'Orléans. Le colonel Chardon n'était autre que ce chaudronnier. C'était du reste un homme dans lequel on pouvait avoir confiance; au mois d'avril, il avait été passer quelques jours à Genève et en avait rapporté vingt passeports suisses, qui plus tard ne furent point inutiles à ses amis.

Le 15 mai, une fournée d'otages fut amenée à la Santé. Quarante-sept gendarmes, occupant la caserne des Minimes, avaient, le 18 mars, refusé de se rendre, et, encore plus, de faire cause commune avec l'insurrection. Depuis ce temps, on les gardait à vue; un poste de fédérés était étahli prés d'eux, des sentinelles surveillaient les portes; on leur avait accordé ainsi une sorte de liberté relative, qui parut excessive au moment où l'on avait à redoutei- un effort de l'armée française ; il fut donc décidé (ju'ils seraient écroués à la Santé. Deux jours après, neuf otages furent encore mis sous les verrous; parmi eux on comptait le suisse de Notre- Dame de Lorette et M. d'Entraigues, conservateur du mobilier de la liste civile, qui s'était permis de refuser du linge à la fille Victorine-Louise Louvet, maîtresse du général Eudes.

La présence des gendarmes incarcérés à la Santé fut une cause de péril pour la prison, péril que Caullet, souffié par les greffiers, réussit à conjurer. Le 19 mai, cent soixante fédérés, venant du IX^ secteur, ivres pour la plupart, commandés par JoUivet, envahirent la maison, en vertu d'un ordre de Cayôl, le bras droit et au besoin le suppléant de Sérizier. Le prétexte donné à celte irruption était qu'il fallait surveiller et déjouer un complot formé par les gendarmes; que ceux-ci étaient des otages appartenant au peuple, et que le peuple avait pour devoir de ne les point perdre de vue. Sérizier, en

LES DETEINUS. lor)

homme prudent, connaissant la chute du l'oit d'issy, sachant que le gouvernement de Versailles allait agir avec vigueur, car, deux jours auparavant, le 17, il avait reçu une forte somme pour livrer une porte qu'il n'avait point livrée S Sérizier, n'ignorant pas qu'en cas de défaite la Commune fusillerait les otages, avait envoyé des hommes sûrs à la Santé afin d'avoir un peloton d'exécution à ses ordres quand le moment serait venu. L'état d'ivresse de presque tous les fédérés ne permettait pas de raisonner avec eux. Caullet était perplexe.

Les trois greffiers et le brigadiei', un vieil Alsacien intrépide nommé Adam, comprirent qu'il fallait louvoyer, et que l'on risquerait d'échouer en attaquant directement l'obstacle. On fit bonne figure aux hommes du secteur; on leur expliqua et ils comprirent, tant bien que mal, que leur présence au rond-point et dans les corridors neutraliserait le service ; on redoutait de les voir se promener en armes devant les cellules, car, dans ce temps-là, les fusils partaient volontiers tout seuls, et on les décida à établir leur poste dans la chapelle. Ils y furent mal couchés, car on n'avait pas de lits à leur donner; ils y furent mal nourris, encore moins abreuvés, car la prison ne recevait que les vivres déterminés pour les détenus. En causant avec eux, et sans paraître y attacher d'importance, on leur disait, fjue les prisons étaient du ressort de Ferré, délégué à la sûreté générale, qui ne supportait pas que l'on empiétât sur son pouvoir et ferait peut-être payer cher, non pas à Sérizier, mais aux subordonnés de celui-ci, la fantaisie qu'ils avaient eue de se substituer à son autorité. Le lendemain, 20 mai, ils étaient fatigués, ennuvés, altérés. On raconta né^Ho-omment devant eux

' Enquiie parlementaire sn.v le 18 mars ; dépositions da téjuoiii.- ; déposition de M. Ossude.

(juc Feiro él.iit alleiidu dans la maison, (u'i il avait annoncé sa visite; les uns curent faim, les autres eurent besoin d'aller cliez eux, tous eurent soif, et, peu à peu, un à un, ils décampèrent et ne revinrent plus. Encore une fois la prison était rendue au jjersonnel régulier.

Le dimanche 21 mai, des surveillants sortis dans la rue de la Santé achetèrent le Journal officiel paru \e malin même et y lurent : c Les habitants de Paris sont invités à se rendre à leur domicile sous quarante-huit heures; passé ce délai, leurs titres de rente et grandlivre seront brûlés. » — Cet arrêté peu correct était l'œuvre de Grêlier, membre du Comité central. Un gardien dit : « S'ils en sont là, c'est que leur fin approche, nous n'avons plus longtemps à les supporter. »

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