A MONSIEUR LE DIRECTEUR DU DEPOT
Dépôt de la Préfecture de police, n» 12. Mardi, 11 juillet 1871.
Monsieur,
Je viens vous rappeler que vous m'avez promis de me faire donner les quarante francs que j'ai laissés au greffe et dont j'ai besoin pour des achats indispensables.
Je vous prierai également de vouloir bien faire cesser la petite taquinerie dont je suis l'objet depuis mon arrivée dans votre maison ; à chaque instant on ouvre mon guicliet, on me regarde comme si j'étais une bête féroce du Jardin des Plantes et derrière ma porte j'entends constamment ces aimables exclamations prononcées dune voix assez haute : Canaille ! scélérat ! On devrait bien le fusiller, etc., etc.
Enfin, je vous prie d'autoriser votre cantinier à me donner im crayon ; je prends l'engagement de respecter vos nuirs poialant si peu vierges.
Recevez, Monsieur, toutes mes civilités.
Th. Ferré.
-..'•r. PIKCES JUSTIFICATIVES,
>'UMÉRO 5.
Ordre de Greffier.
(Voir le fac-similé ci-contre.)
Pour comprendre toute l'importance de l'ordre d'exécution dont je donne ici le fac-similé, il faut le lire comme il a été libellé, par trois mains différentes. Un venj;eur de Flourens rédige l'ordre « de fusiller innnéiliatement l'individu pris les armes à la main » ; on ignore son nom, qu'on ne lui demande même pas ; le conmiandant fireffier applique sa gi'iffe — il sait à peine signer — sur cette paperasse homicide. Celle-ci est portée ii Ferré, délégué à la sûreté générale, qui non seulement ne s'oppose pas à l'exécution, mais au contraire l'approuve, sans même savoir quel est le malheureux qui va fU être la victime. L'ordre d'exécution est transmis au greffe du Dépôt; le grefher, après explication, devine que l'individu que l'on veut fusiller est un détenu amené quelques instants auparavant ; alors, entre les lignes, il inscrit le nom qu'il rélève sur le registre d'écrou : Jean Yaillot, puis à côté, la date : 22 (mai). Ceci fait, l'homme est extrait de la cellule et remis au peloton meurtrier. Pendant que l'on accomplissait ces étranges « formalités », J. Yaillot