‹ Les convulsions de ParisChapitre 20 sur 68 · L'ABANDON DE PARIS · texte numérisé non relu

L'ABANDON DE PARIS

gante et gaie qui lui permet de traverser sans affaissement les périodes les plus troublées. Il croit à Timmortalité de la Banque de France; elle peut être malade, être attaquée» mai? elle ne périra pas : rien ne prévaudra contre elle, il le sait, et le reste, même le danger qui le menace personnellement, lui importe peu. Avec un tel homme, Jourde et Varlin auraient perdu leur latin, s*ils avaient eu à en perdre. H. Harsaud parut étonné : « Gomment? H. Hignot n*est pas là, j'en suis surpris; ayez la complaisance de Tattendre, il ne tardera pas à rentrer; je regrette de ne pouvoir vous satisfaire ; ce n*est pas moi qui ai les clés de la caisse, c'est M. Mignot. » De guerre lasse, Jourde et Varlin retournèrent à la caisse centrale et attendirent M. Mignot, qui n'avait point reparu, par la bonne raison qu'il était en conférence avec le marquis de Plœuc, auquel il rendait compte de sa mission.

Impatients et inquiets tout à la fois, Jourde et Varlin commençaient à trouver le temps long. M. de Plœuc continuait à les laisser attendre, car il avait grande envie de repousser cette nouvelle réquisition. Tout à coup un bruit de tambour se fit entendre et se rapprocha ; les portes furent ouvertes et trois compagnies entrèrent dans la cour. C'était le renfort promis à M. Mignot et envoyé par le colonel Quevauvilliers. Jourde et Varlin pâlirent : allaient-ils donc être arrêtés et retenus prisonniers? Ils se levèrent : « Nous rendons la Banque responsable du refus qui nous est fait I » et ils se retirèrent. Une heure après, la sommation suivante était apportée à la Banque et remise à M. de Plœuc :

« Ministère des finances. Cabinet du ministre. Paris, 23 mars 1871. — Monsieur le gouverneur, affamer la population, telle est l'arme dont se sert un parti qui se dit honnête. La faim ne désarmera personne, elle ne fera que pousser les masses aux massacres et à la

dévastation. Nous voulions éviter tous ces maux, la Banque pouvait nous y aider. Elle a préféré se mettre du côté d'hommes qui veulent coûte qui coûte triompher de la république. Nous ramassons le gant qui nous est jeté, laissant à ceux qui, pour leurs personnalités, n'hésitent pas à irriter les fureurs populaires, l'épouvantable responsabilité de leur conduite. Quant à nous, nous avons fait notre devoir, et si notre attitude conciliatrice a été prise pour de la crainte, nous prouverons qu'on s'est trompé. Puisse la Banque revenir sur les décisions funestes qu'elle parait avoir prises ; nous ne nous represserons {sic) pas devant elle; si la Banque est disposée à verser le complément du million demandé, elle le fera parvenir au ministère des finances avant midi. A partir de cette heure, toutes les mesures nécessaires et les plus énergiques seront prises. Vive la république! Les délégués aux finances : Jourdb, E. Varlin. »

C'est Varlin qui a écrit cette épître, dont la minute a été conservée. Il y aurait eu bien des choses à répondre à cette lettre, dont les arguments sont d'une fragilité dérisoire, mais l'on savait d'avance que toute discussion serait inutile. H. de Plœuc se contenta de répondre verbalement que les menaces ne constituaient pas un compte courant et qu'elles avaient peu d'influence sur la Banque; en qualité de sous-gouverneur, il n'était que pouvoir exécutif; le conseil des régents serait consulté, et l'on en ferait connaître les décisions aux délégués du Comité central.

A deux heures, selon la coutume de la Banque, le conseil général se réunit sous la présidence de M. le marquis de Plœuc; on lui donna connaissance de la lettre écrite par lourde et par Varlin. La discussion s'ouvrit, elle fut très calme. Quelqu'un insista de nouveau sur le mauvais effet que produisait, parmi les

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