‹ Les convulsions de ParisChapitre 23 sur 68 · VI. - «AQOBIMS BT fOOIALISTBt · texte numérisé non relu

VI. - «AQOBIMS BT fOOIALISTBt

Le fole. — Première proclamation. — Appel à la délation. — La majorité : jacobins, blanquistes, hét>ertistes. — La minorité : économistes.— Leurs idées économiques. — Jourde est le financier de la Commune. -- La perception des droits d'octroi. — Refus de la Banque. — Impossibilité de transporter le portefeuille. — Réquisition. — Les Bretons. — Première entrevue de Charles Beslay et de M. de Plœuc. — Le tentateur. — Ctiarles Beslay est nommé délégué de la Commune prés de la Banque de France.

Le 26 mars, les urnes furent déposées dans les sections; on avait encore à cette époque, malgré tous les déboires supportés, un tel besoin de conciliation, que plus d'un honnête homme alla voter, dans l'espoir que Paris, secouant le poids de toutes ses ivresses, aurait assez de bon sens pour faire des choix raisonnables. On ne fut pas long à reconnaître que l'on s'était abusé et que derrière de prétendues réclamations de franchises municipales se cachait la volonté de s'emparer du gou* vemement de la France. Quelques candidats d'esprit modéré, élus en dépit de la masse fédérée, s'aperçurent à tvîmps de la faute qu'ils avaient commise, reculèrent à la pensée d'être associés, pour si peu que ce fût, à cette mascarade et donnèrent leur démission. Des élections complémentaires faites le 16 avril pourvurent au remplacement des démissionnaires et donnérenl à la Commune sa constitution définitive*

Ce qui domina dans la Commune, c*est la bêtise» au sens originel du mot, c'est-à-dire ce qui rend riiomuie semblable à la bête. Paris, le vrai Paris, celui qui pense» qui travaille et qui aime son pays, ne connaissait pas ses nouveaux maîtres; leurs noms n'avaient aucune signification, et cependant ils avaient déjà été prononcés lors des élections législatives du 8 février, que M. de Bismarck avait rendues plus libres que Ton n'aurait voulu; la fusion des Comités républicains^ démocrates^ socialistes f les avait, sur affiche rouge, proposés au choix des électeurs, qui ne s'en étaient souciés. Au* jourd'hui la tourbe des insurgés les poussait au pouvoir, et les élus se donnaient pour les représentants de Paris, « comme si un égout était la Seine, » disait Camille Desmoulins en parlant d'Hébert.

Lorsqu'ils discutaient contre les maires qu'ils chassaient des mairies, ou contre les administrateurs dont ils voulaient spolier les administrations, ils disaient orgueilleusement : Nous sommes la force I Hais non, pas même; ils étaient la violence, ce qui n'est pas la même chose. En effet, la Commune a été violente, forcément violente, parce qu'elle était impuissante et qu'elle le savait. Lorsqu'elle essaye de rassurer la population parisienne, lorsqu'elle lui fait des promesses, lorsqu'elle la flatte jusqu'à l'abjection, elle ne croit pas un mot de ce qu'elle dit : « Citoyens, vous êtes maiti*es de vos destinées; forte de votre appui, la représentation que vous venez d'établir va réparer les désastres causés par le pouvoir déchu. L'industrie compromise, le travail suspendu, les transactions commerciales pa- . ralysées vont recevoir une impulsion vigoureuse. » Partir de là pour arriver au massacre des otages et à l'incendie de Paris, c'est dépasser l'interprétation permise à toute rhétorique, mais c'est prouver que dans la caverne do l'Hôtel de Ville il y avait plus d'un petit journaliste,

JACOBINS ET S0CIAI.1STBS. iôi

€ tous de personnalité excessive », a dit H. Lissâgaray, qui les connaît bien. Cette proclamation est du 29 mars; c'est par elle que Paris apprit qu'il avait un gouvernement; deux jours après, un appel à la délation lui explique comment il va être administré : « La plupart des services publics étant désorganisés à la suite des manœuvres du gouvernement de Versailles, les gardes nationaux sont priés d'adresser par lettres, à la police mimicipale, tous les renseignements pouvant intéresser la commission de sûreté générale. Le chef de la police municipale^ A. Dopoht. » J'ai intentionnellement rapproché ces deux proclamations ; car elles indiquent les deux courants qui divisaient alors la Commune et qui la divisèrent jusqu'à l'heure de son effondrement. L'un est celui qui dirige la minorité, l'autre entraîne la majorité.

Les soixante-dix-neuf personnages qui, à la veille même de leur défaite, siégeaient à l'Hôtel de Ville se partageaient en deux groupes principaux : d'un côté les jacobins, de l'autre les socialistes, qui aimaient à se nommer les économistes. Les premiers, au nombre de cmquante-sept et formant une majorité qui eût fini par se désagréger si on lui en eût laissé le temps, représentaient trois partis bien distincts : les jacobins, à la tête desquels Delescluze était placé par droit d'ancienneté, qui voulaient exercer le pouvoir à l'aide d'un Comité de salut public; les blanquistes, — Vaillant, Eudes, Protêt, Ranvier, — qui rêvaient de donner la dictature à Blanqui, que ses nombreuses condamnations élevaient dans ce monde-là au rang de pontife-martyr; enfin, les hébertistes, enfants perdus de la révolte à tout prix, Rigault, Ferré, Vésinier, qui se réjouissaient à l'idée que l'instant était peut-être venu de mettre à sac toute civivilisation. Ce parti grouillait depuis longtemps dans les bas-fonds des m. li

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brasseries du quartier latin et des cabarets de Belleville. Sous le règne de Louis-Philippe, un ouvrier nommé Constant Hilbey avait chanté Marat; en 1865, Alfred Bougeard avait, en deux volumes, célébré cette vermine eczémateuse; un an auparavant, un futur membre de la Commune, G. Tridon, avait bâclé une brochure sur le père Duchêne : « Plus que les héros de musée taillés sur le patron officiel et vêtus à la grecque, plus que ces mannequins placés pour nous mettre en fuite dans le champ de Tidée, plus que ce ramas d*eimuques que l'on nous montre pour des hommes, je vous aime et vous glorifie, ô grands damnés de rhistoire ^ » C'est d'Hébert et de ses complices qu'il s'agit. Si Paris s'est laissé surprendre par la Commune, il faut du moins reconnaître que les avertissements ne lui ont pas manqué.

La minorité, composée de vingt-deux membres qui parfois luttèrent, non sans courage, contre l'oppression de la majorité, était, en grande partie, empruntée aux adhérents de l'Internationale, auxquels s'étaient mêlés des rêvasseurs habitués à prendre leurs chimères pour des idées et leurs rancunes pour des opinions. Ce petit groupe était beaucoup plus divisé que le premier : communistes, communalistes, mutuellistes, débris des sectes socialistes qui firent parler d'elles à la fin de la Restauration et après la révolution de Juillet; disciples abusés de Proudhon; inventeurs d'escargots sympathiques, comme AUix; créateurs de religion fusionnienne et enfants du règne de Dieu, comme Babick; « capitaliste fraternitaire, » comme Charles Beslay; peintre infatué de son génie, comme Courbet. Il y avait un peu de tout dans cette étroite chapelle où les cultes

* Les Hébertisteê : plainte contre une calomnie de Vhittoire, par M. G. Tridon Paris, 1864.

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