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sorte, en percevant pour elle les fonds dont elle s'emparait et en lui ouvrant ainsi un compte courant. Il n'y a nulle hésitation à cet égard dans la délibération des régents qui fut signifiée au délégué. Cette décision répondait à la note que voici : € La perception des octrois sera effectuée comme par le passé. Les mesures les plus énergiques seront prises contre les employés de ce service qui n'accompliraient pas leurs versements par voie administrative à la délégation des finances-. Signé : Varlin, Fr. Jodrdb. » Les menaces eurent peu d'effet et l'octroi ne produisit que des sommes insignifiantes tant qu'il ne fut pas attribué (2 avril) à la haute direction de Bonnin dit Volpesnil, qui excellait à confondre les revenus de son administration avec les siens ^ La Banque, en refusant d'aller chaque matin relever aux barrières le produit de la veille, évitait le danger de faire circuler ses voitures dans Paris, au milieu de fédérés qui n'auraient demandé qu'à regarder ce qu'il y avait dedans. La Banque en outre se préoccupait beaucoup de son portefeuille, c'est-à-dire de la masse d'effets escomptés ou prorogés qui représentait pour elle une avance de plus de 900 millions; elle eût voulu l'expédier hors de Paris, afin de le mettre à l'abri des recherches. Après avoir examiné les moyens que lui suggérait la sagacité des régents et des chefs de service, elle fut obligée de reconnaître que le transport seul de ces richesses constituait un danger et exposait à des risques qu'il était plus sage d'éviter.
On fut en repos pendant trois jours. Le solde du second million consenti avait été versé le 24 mars; on
1 Procès Bonnin dit Volpesnil et Alphonse Picliot ; jugement con^ tradictoire ; sixième conseil de guerre, 3 février 1872. — Tribunal civil de Montpellier, procès en répétition contre Uai'i Bonnin dite Volpesnil, 7 août 1874.
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ne se croyait pas quitte de toute réquisition, mais on fui satisfait de passer les journées du 25 et du 26 sans avoir à discuter avec les délégués aux finances. L*em* bellie ne dura guère; le 27, dans la soirée, le marquis de Plœuc reçut la lettre suivante :
« Monsieur le gouverneur de la Banque de France, nos services ne pouvant être définitivement organisés avant le 29 mars, il est de la plus haute importance que notre service des finances ne soit pas interrompu demain mardi. En conséquence nous vous prions de vouloir bien tenir à notre disposition pour demain mardi la somme de 500 000 francs qui nous est indispensable. Le remboursement de cette avance pourrait s'effectuer dans un bref délai, grâce aux ressources dont nous allons disposer. Agréez Tassurance de notre considération la plus distinguée. Les délégués aux finances^ Fr. Jourde, E. Varlin. — Nous attendons une réponse à cette lettre avant dix heures du matin, la somme demandée devant servir aux besoins de notre caisse à partir de onze heures du matin. »
Ce fut la répétition exacte de ce que déjà nous avons raconté. M. Mignot alla au ministère des fmances s'informer à quel usage les 500 000 francs « empruntés » devaient servir. — A la solde de la garde nationale, pour le compte de la Ville de Paris. — Après approbation du conseil des régents, la sonune fut mise à la disposition des délégués ; elle fut touchée par le caissier, G. Durand, le 28 mars, pendant que, sur la plac** de l'Hôtel-de-YiUe, au milieu des étendards rouges, à travers les cris, les vociférations, les Marseillaises et toutes les farandoles révolutionnaires, on acclamait la Commune, qui s'installait ofRciellement après quelques discours que l'on n'entendit pas.
Le soir même, le marquis de Plœuc, lisant dans un journal lé nom des membres de ce gouvernement
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extraordinaire, remarqua celui de Charles Beslay, car il connaissait le personnage. H. de Plœuc est de Quimper, Charles Beslay était de Dinan ; Bretons tous deux, ils étaient « pays ». Au moment où Paris allait être investi, lorsqu'on y eut attiré les gardes mobiles de la vieille Armorique qui savaient bien peu le français, on avait formé un comité breton, afin de fournir à ces jeunes gens les secours matériels et moraux dont ils se sentiraient privés au milieu d'une population presque étrangère. Dans une réunion tenue à cet eîîei place Royale, le marquis de Plœuc et Charles Beslay avaient échangé des observations un peu vives, que pouvait justifier la divergence d'opinions qui les séparait. Malgré l'opposition de Charles Beslay, le marquis de Plœuc avait été élu président du comité breton. Après le combat de Champigny, Charles Beslay écrivit à H. de Plœuc pour lui demander de s'intéresser à H. Hovius, son neveu, qui avait été blessé, et porté à l'ambulance bretonne. M. de Plœuc avait répondu à Beslay et, n'en ayant plus entendu parler, croyait que toute relation était terminée entre eux; il fut donc surpris lorsque, dans la matinée du 29 mars, on lui annonça le citoyen Beslay, membre de la Commune.
Charles Beslay vint-il à la Banque de son propre mouvement? y fut-il envoyé par les délégués aux finances ? c'est là un point douteux qu'il est difficile d'éclaircir. Il est probable que Beslay entendit quelque membre de la Commune dire : Si la Banque nous refuse l'argent dont nous avons besoin, nous l'occuperons militairement et nous viderons ses caisses. Animé d'un bon sentiment et comprenant le danger d'une telle exécution financière, il se proposa en quelque sorte comme médiateur et fut accepté. Beslay avait alors soixanteseize ans ; petit, très alerte malgré son âge, d'une aclivilè im peu fébrile» il ressemblait à un quaker qui
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aurait été soldat : apparence que ne démentait pas Texpression de douceur répandue sur toute sa physionomie.
II semblait embarrassé en entrant chez M. de Plœuc, et ses premières paroles cherchèrent à donner le change sur le but de sa visite, car il remercia le sousgouverneur de llAtérét dont M. Hovius blessé avait été entouré à Fambulance bretonne. M. de Plœuc répondit quelque mots de politesse banale et attendit. Beslay n'était pas homme à dissimuler longtemps sa pensée ; il la laissa échapper en disant : « Je sors du ministère des finances, on y est irrité contre vous ; on rencontre ici un mauvais vçuloir déguisé que Ton est résolu à ne point tolérer; j'ai cru devoir vous en prévenir, afin d'éviter une collision qui pourrait mettre en péril l'existence même de la Banque. » Le marquis de Plœuc répondit aussitôt : « Pour arriver jusqu'à mon cabinet vous avez traversé nos cours et nos couloirs; vous avez pu reconnaître que nous sommes sous les armes ; j'ai des hommes et je me défendrai. » M. de Plœuc avait parlé avec animation ; Beslay répliqua : « La I la I il n'est pas question de mettre le feu à la soute aux poudres ; mais rien n'empêche la Commune d'installer ici un gouverneur. — Nous ne le supporterons jamais, reprit M. de Plœuc ; notre livre des comptes courants est pour ainsi dire l'acte de confession du commerce, de la finance et de l'industrie, c'est un secret que sous peine de forfaiture nous ne pouvons livrer à personne. » — Charles Beslay se taisait et M. de Plœuc, calmant l'émotion dont il avait été saisi, se demandait si de cet adversaire il ne convenait pas de tenter de faire un allié qui pût l'aider à sauver la Banque,
Après quelques instants de silence, le marquis de Plœuc reprit : « Les autorités qui dirigent la Banque existent, elles ne peuvent être ni déplacées ni rempla^
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cées ; le gouverneur est à Versailles, mais je suis sousgouverneur et je remplis, de mon mieux, le devoir qui m*est imposé. Nous ne pouvons déserter le poste où nous sommes ; la Banque a des relations avec la Ville de Paris, avec l'État et avec les particuliers. J'admettrais, jusqu'à un certain point, que la Commune nommât près de la Banque une sorte de commissaire civil, comme il en existe prés des chemins de fer, afin de s'assurer que nous ne manquons pas à nos statuts et que nous exécutons les engagements pris par nous visà-vis de l'État ou vis-à-vis de la Ville ; mais c'est là seulement ce que nous pourrions tolérer ; toute prétention pour connaître les comptes courants, les dépôts d'objets précieux, les dépôts de titres, les avances faites sur dépôts, serait invariablement repoussée par nous ; car, je vous le répète, c'est là un secret, le secret même du crédit, qu'il nous est interdit de divulguer. »
Beslay ne disait rien ; il avait pris les pincettes et tisonnait machinalement, a Voyons, monsieur Beslay, reprit M. de Plœuc avec une sorte de bonhomie émue, est-ce que ce rôle n'a rien qui vous tente? Vous n'êtes point un homme d'aventure, vous, je le sais ; vous avez été un grand industriel, vous avez été député ; quoique je ne partage aucune de vos opinions, j'ai toujours rendu hommage à l'honorabilité de votre caractère; vous n'ignorez pas ce que c'est que la Banque, vous n'ignorez pas que son écroulement serait un désastre sans pareil pour le crédit du monde entier; aidez-moi, aidez-nous à sauver l'honneur financier de la France; devenez notre associé dans une certaine mesure et faites comprendre à vos collègues de la Commune que toucher à la Banque, c'est produire la ruine universelle. Dès que nos billets seraient sortis de nos mains, ce ne seraient plus que des chiffonn de pa-
pier bons à vendre au tas, vous le savez bien. » Charles Beslay se leva et dit : « Je ferai de mon mieux. »
Dans la journée du 30 mars, le marquis de Plœuc avait reçu une lettre écrite par le ministre des finances : « Je ne saurais insister trop vivement, au nom du gouvernement de la République française siégeant à Versailles, pour que le conseil de régence de la Banque continue à délibérer à Paris sur toutes les questions que la situation exceptionnelle et anormale de Paris commande. La direction des affaires de la Banque est confiée aux régents et nous ne saurions trop insister pour qu*ils continuent leur mission en présence des exigences inadmissibles qui peuvent se présenter de la part des comités révolutionnaires de la capitale. Le gouvernement saura gré aux régents de tous leurs efforts et de toutes les mesures conservatrices qu^ils pourront prendre. Pouter-Qdertier. »
Le soir, vers neuf heures, H. de Plœuc causait de cette lettre dans son cabinet avec H. Davillier, Tun des régents, et avec M. de Benque, secrétaire du conseil, lorsque Charles Beslay se fit annoncer. « Je suis délégué de la Commune près la Banque de France, ditil, voici ma nomination. » 11 remit un papier à M. de Plœuc. a J*accepte sans contestation, dit le sous-gouverneur ; mais il est bien entendu que votre rôle de surveillance est strictement limité à nos rapports avec la Ville et avec FÉtat ; vous vous engagez à ne jamais demander communication ni de nos comptes courants ni de nos dépôts. — Je m'y engage, i^^pondit Beslay ; mais de votre côté vous vous engagez à ne plus envoyer d'argent à Versailles, comme vous ne vous êtes guère gêné pour le faire depuis le 18 mars. » — Le marquis de Plœuc s'inclina et échangea une poignée de main avec Charles Beslay. — - La Commune venait d'entrer à
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la Banque ; il importe de dire par quel homme elle s'y faisait représenter *.