‹ Les convulsions de ParisChapitre 34 sur 68 · L'ENSABLEMENT DES GAVES · texte numérisé non relu

L'ENSABLEMENT DES GAVES

la révolution, il faut absolument que je sob secondé. Je sais combien vous m^honorez de votre précieuse estime; aidez-moi» je vous prie» à la mériter. Respectueux et fraternel salut. Jourde. »

Jourde ne mentait pas et n'exagérait rien. Lui et Beslay appartenaient à la minorité de la Commune; on commençait à les trouver « intempestifs »» ainsi que disait Robespierre en parlant d'Anacharsis Clootz» et Ton voulait s'en débarrasser. Le parti violent, le parti nombreux était alors représenté dans la presse quotidienne par le Père Duchène^ que rédigeait un polisson nommé Vermersch; — M. Veuillot l'appelle Verminersch. — Comme un a voyou » qu'il était , il se plaisait à exciter les ims contre les autres les loups-cerviers de l'Hôtel de Ville; tous ceux qui ne voyaient pas rouge, il les prenait à partie : a Tu pouvais, toi. Clément, rester teinturier ; toi, Pindy, rester menuisier; toi, Amoureux, rester chapelier; toi, Arnould, rester imbécile. » 11 faut reconnaître qu'il n'y a que ces genslà pour se dire leurs vérités. « Vous craignez pour votre tête, leur disait Vermersch ; et qu'est-ce que cela nous fait, votre tête! Fusillez, guillotinez, mais que la révolution soit sauvée I » Il dénonce, en les désignant nominativement, Jourde, Beslay, Vallès, Vermorel, Andrieu et dix autres, a Le Père Duchêne dit : ... que les lâches doivent être passés par les armes ; au fond, nous aimons mieux ça» et nous préférons que vous débarrassiez la Commune de vos personnes. Mais le Père Duchêne ajoute que la Commune en sera bien plus débarrassée encore, une fois que la cour martiale aura statué sur vos destinées. »

Cet article porte la date du 10 mai ; il était grave ; nul n'ignorait alors parmi les gens de la Commune que la feuille de ce Vermersch avait mission de préparer l'opinion publique aux mesures violentes que l'on mé-

ditait; c'est ainsi que Ton fit dénoncer Gustave Chaudey dans le Père Duchêne, lorsque Ton eut résolu de Tarrôter pour l'assassiner plus tard. Jourde se sentait menacé et, à ce moment de grand péril pour tout ce qui n*était pas devenu fou furieux, il lui suffisait de manquer d'argent pendant une heure pour être écroué et remplacé. Son successeur, pris parmi les jacobins, eût immédiatement jeté le père Beslay à la porte et occupé la Banque.

On le comprit à Thôtel de la Vrillière : on sauva Jourde et Beslay pour mieux se sauver soi-même. Le soir, à neuf heures, MM. Durand, Deniére, Davillier, Fère, se réunirent en conseil, sous la présidence de M. de Plœuc, pour délibérer; les 500 000 francs que Jourde réclamait d'une façon désespérée lui sont accordés. Les termes de la lettre du délégué aux finances font redouter des brutalités; en outre, des bruits vagues courent dans Paris : des portes sont abandonnées, les remparts sont pulvérisés sous Faction des batteries de Montretout; les Versaillais cheminent dans le bois de Boulogne ; ils ne sont plus à cent mètres du fossé; deux fois, dans le courant de la semaine, on a désigné le soir de leur rentrée; ils ne peuvent tarder, ils vont apparaître. C'est la délivrance, à coup sûr, mais c'est peutêtre la bataille dans les rues; qui sait alors si la Banque ne sera pas le théâtre d'un combat? Elle peut être bombardée, saccagée, incendiée; il est donc urgent de mettre à l'abri du feu et d'un accès de violence toutes les valeurs qu'elle renferme; il faut ne rien négliger pour arracher aux mauvaises chances les trois milliards dont elle est dépositaire.

Les chefs de service avaient été appelés à cette délibération, qui empruntait aux circonstances une sorte de gravité funèbre. Chacun était oppressé, car il y avait longtemps que le cauchemar durait, et l'on craignait de

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