‹ Les convulsions de ParisChapitre 51 sur 68 · RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

COmiUIfB M PARIS.

comossiox BxtojnvB.

Approuvé :

Pour la Gommissioa exécnÛTe,

J« C09«RCT.

KUIIÉRO 4.

EéolamttlODt Û9 Brantl, oiMibre de U i

Le < colonel » Brunel a adressé à la Revue des Deux Mondée une réclamation qui, sans rectifier en quoi que ce suit les faits que j'ai racontés, a la prétention d'expliquer la Commune. — Malgré le vaille extraordinaire des idées, cette réclamation est intéressante à plus d'un titre, car elle prouve que la Commune, « gouvernement du peuple par le peuple, i rêvait simplement une dictature, c'est-àdire la forme despotique dans ce qu'elle a de plus excessif. Le lecteur appréciera lui-même les théories de Brunel ; je ne répondrai, pour ma part, qu*à un seul passage de son exposé de principes. Il semble mettre en doute que des femmes (pétroIeuses-Messalines) aient concouru aux incendies de la rue Royale. Les crimes reprochés à Florence Vandewal, femme Baruleau, à IIortensc-Aurore Hachu, femme David, à Marie-Anne-Josèplie Ménan ont été contradictoirement démontrés le 1*' avril 1872 devant le quatrième conseil de guerre de la première division militaire. La Vandewal et la Machu ont été condamnées aux travaux forcés à perpétuité ; la femme Hénan a été condamnée à la peine de mort et a été l'objet d'une décision gracieuse qui lui a évité le dernier supplice. Il est possible, du reste, que Brunel, enfermé dans son « quartier général I de la Taverne anglaise, n'ait point vu ce qui s'est passé dans la rue Royale; mais la Taverne anglaise a une issue dans la rue Boissy-d'Anglas et Brunel a dû certainement être témoin de l'incendie de la maison portant le n« 51, située précisément en face de la Taverne. De tout le quartier cette maison fut détruite la première; il s'y produisit des faits de violence et de désespoir que Brunel n'a pu ignorer. Il est difilcile d'admettre qu'il n'ait pas aperçu le jeune liomme et les deux femmes — Tune costumée en marin, l'autre vêtue de noir et portant un bandeau sur l'œil ^ qui ont versé le pétrole et maltraité les locataires. J'ai cru devoir garder le silence sur ces faits, parce qu'ils n'ont été l'objet d'aucune information judiciaire. Est-ce pour cela que Brunel nie la présence des femmes au milieu des incendiaires et des incendies? Ceci dit, pour prouver une fois de plus aux lecteurs que je ne raconte que la vérité, la

us PlfiCES JUSnnCATIVES.

vérité mitigée, — je laisse la parole au c colonel i Brunel. Sa réclamation fera comprendre que le repentir ou seulement le regret n'a point encore, après sept ans écoulés, Tisité l'Ame des andeos chefs de la Commune.

COHSEaTÂTBDRS ET OOimUHB.

Une période de sept ans est à peine suffisante pour que des événements comme ceux de 1870-71 puissent être appréciés sans parti pris d'injustice. Plus une nation est futile, irréfléchie, impressionnable seulement aux choses du jour, plus elle demande le secours du temps pour se familiariser avec des faits dont ses propres foutes ont été les avant-coureurs. Exiger de la bourgeoisie française actuelle une appréciation saine de cette époque serait peu connaître les hommes et par trop se montrer sensible aux exubérances galliquesdont le génie de M. Maxime Du Camp vient de gratifier ses lecteurs.

Deux races d'hommes absolument distinctes couvrent notre sol: Tune se dit conservatrice, Tautre progressive ; rien de commun ne les lie : idées, langage, tout les distingue. Chacune d'elles veut juger les hommes et a à son service ses journaux et ses livres: elles écrivent donc dans le goût de leur public et les données sur l'histoire sont en harmonie avec les idées admises.

La race conservatrice, en France, offre quelque chose d'étrange : on la dirait éclose par un acte capricieux de quelque sélection indépendante des forces naturelles. Elle forme un type à part.

En Angleterre et ailleurs, le conservateur est avant tout patriote. Le progrès, loin de l'effrayer, trouve en lui un support. 11 comprend que noblesse oblige et que, pour conserver et prestige et puissance, il se doit avant tout au mouvement civilisateur qui entraine partout les sociétés modei*nes.

En France, il n'a plus qu'une seule fibre qui vibre : resserrer le présent et étouffer l'avenir. Ce qui faisait la vie de ses pères est absolument mort en lui : gloire, progrès, abnégation de soi-même sont autant de sons lugubres qui lui donnent le vertige. 11 veut bien en apparence se mêler aux autres hommes, mais c'est à la condition qu'il y trouve son profit. Les places... sans cesse il \m couve, et pour en obtenir il passe sans vergogne de Philippe i César; l'argent... il en a et le garde, excepté pour l'église; les honneurs... toujours il les atteint, mais c'est précisément ce qui cause les malheurs de notre patrie

C'était ce digne conservateur qui régnait en maître en 1870. Inutile de refaire ici le tableau de cette époque; Tennemi, chacun le sait, avait forcé nos frontières, nos armées partout battues emplis* salent les prisons de TAlIemagne, nos villes sans combattre rece* iraient le Teuton, et la grande capitale, par le sabre de Trochu, faisait une défense ridicule.

Qui partout commandait?... Des conservateurs.

Qui fuyait, se liTrait, se vendait?.. Des conservateurs.

Quel était dès lors l'ennemi de notre gloire, le rejeton néfaste d'une époque où, comme en 1870, tout croulait ou s'aplatissait sous le talon de la Prusse? Le conservateur.

Faut-il donc s*étonncr que parmi tant de hontes il se soit élevé comme un grondement croissant, comme une aveugle rage ! que des hommes, et avec eux le peuple, aient senti bouillonner en eux des efOuves de haine, des besoins de vengeance I Paris se rendait avec bOD 000 hommes, la France descendait au rang de province conquise, elle perdait sa place en Europe, et notre héritage de gloire se fondait dans des milliards livrés comme le faisait jadis le Bas-Empire aux barbares.

Pourquoi donc aller rechercher ailleurs la cause manifeste de l'explosion de 1871 et ne pas vouloir distinguer le côté surtout patriotique de cet ébranlement populaire *?

11 en coûterait trop, nous ne l'ignorons pas, au parti anli-national de laisser pénétrer cette vérité lugubre; car comment expliquer, s'il n'avait pas spéculé sur nos honteuses défaites, la reviviscence de ses ardeurs monarchiques après que tout fut dit, et les honneurs sans mesure qu'il a accumulés sur la tête de ses généraux battus?

Pour distraire le public et parodier l'intérêt qu'il feignait de ressentir pour l'honneur national, un moyen lui restait : déployer ses colères et motiver ses haines contre les hommes qui avaient su arrêter la réalisation de ses chères espérances, et se servir de l'injure et du temps pour fournir au bon roi l'occasion de monter sur le trône. De là cette cruauté sans merci exercée contre la Commune, car elle seule a détruit ce séduisant mirage; en se soulevant elle a empêché toute surprise, et quels que soient les mots farouches dont elle est poursuivie, la France lui doit d'être en république à l'époque où nous sommes.

L'apparition dans nns rangs de scélérats sans vergogne, do femmes quasi nues, de pétroleuses Messalincs qui, comme les furies

* Pour apprécier cet argument à sa juste valeur, il convient de se rappeler que la plupart des fauteurs du mouvement du 18 mnrs et des membres de la Commune avaient été compromis dans des complots contre la sûreté de l'État, antérieurs à la guerre franco-allemande. (Procès de Blois.) M. D.

de la Fable réchauffaient les courages et soufflaient 1 incendie, est une intention qui aussi bien s'explique. Âyec de telles images le tableau s'enlaidit et le lecteur, hors de lui, conserve dans son esprit les figures fantastiques qui le préparent à souhait pour une restauration monarchique.

L'amour du progrés, le besoin de travailler à relever le moral d'un grand peuple déchu n'est pas, nous le savons, un sentiment accessible à toutes les intelligences. Dans la nature la mort sans cesse lutte avec la vie, le passé contre l'avenir ; de même ce qui a reçu Tcxistence fait tous ses efforts pour ne pas être entraîné par les forces destructives. C'est donc un jeu perpétuel qui s'accomplit, et on comprend aisément que tout pouvoir sanctionné par le temps use tous ses ressorts pour conserver tout ce qui lui donnait le prestige de son ancienne puissance. En ce sens le combat n'a rien que de naturel, car la victoire est donnée au plus digne, c'est-à-dire au plus fort; lui seul a le dessus. Cette loi est admirable, car par elle tout ce qui est faible meurt, tout ce qui est fort se conserve, et elle embrasse tout depuis l'être infime jusqu'aux grandes agglomérations d'hommes, que nous les appelions civilisations ou empires; tout doit se rajeunii*, donner des pousses nouvelles, absorber et produire, puiser dans la maternité commune, ou bien se faner, s'épuiser, puis peu à peu mourir.

Partant de ce principe, celui qui dans le temps a su dominer b monde et qui laisse après lui les racines profondes de son puissant génie, qu'il s'appelle Charleraagne ou Guillaume, a fait réellement acte de pouvoir créateur et imposé aux siècles qui le suivent le joug d'une loi qui sera acceptée comme le droit du vainqueur; — devant cette loi la justice humaine se tait ou n'existe plus, elle s'effacera aussi longtemps que la puissance domine, et l'ordre qui s'en suit n'est qu'une soumission forcée de la fraction vaincue. Dieu aux forts donne l'empire; aux misérables et aux faibles, la pauvreté, les fers ou l'esclavage.

jusqu'aux temps où nous sommes la loi morale n'a jamais gouverné le monde, — une philosophie plus douce est en cela hors de cause, — aucune religion n'a même essayé d'adoucir le vainqueur, César a pris la place de Dieu et gouverne pour lui : ce concert har^ monique des cœurs, une fois pénétrés par l'amour, n'a pu subsister qu'un seul jour et s'est envolé du monde avec le dernier cri de Jésus.

Eh bien, c'est sur ce pied-là et sur ce vrai principe que s'appuie la Commune.

L'histoire dira peut-être un jour que depuis Fessai d'émancipation entrepris par le peuple de France, il s*est trouvé sur cette terre, iilie aînée de l'Église, une race d'hommes dont la puissance remonte à la conquête barbare. — Depuis plus de quatorze siècles ils dominent, et soit par ruse, soit par force, ils ont su résister à tous les efforts tentés pour que le sang gaulois se purge du barbare; 89 a voulu jeter au loin nos fei*s, le sang par torrents a coulé, le vainqueur un moment s*est cru désarçonné et l'on crut un instant que le monde était libre. Mais un grand homme hélas 1 bientôt saisit la brido, fit renaître en nous nos vieux instincts de gloire ; avec des lauriers il riva de nouvelles chaînes, et nous nous réveillâmes après être retournés plus d'un siècle en arrière. Depuis lors et pour mieux affirmer ce recul, tous les vingt ans une coupe réglée est jugée nécessaire ; le peuple se soulève sous l'impulsion cachée de ses bons gouvernements, la récolte se fait, on moissonne tant que Ton peut les épis qui s'élèvent au-dessus du commun, et une fois nivelé, le corps social s'endort jusqu'à la génération prochaine. Quoi d'étonnant qu'avec tant de moissons nous manquions parfois d'impulsion et d'audace et que, connaissant maintenant le cœur de nos ennemis, nous leur appliquions notre meilleure tactique!

C'est cette déposition de la race gouvernante, et cette connaissance parfaite que le peuple en possède qui crée le péril.

A nos portes une nation rêve de milliards et de nouvelles provinces. De rOrient le despotisme étend vers nous ses serres et s'en prendra surtout aux lumières qu'en dépit de tout notre pays projette. Que la guerre éclate, et tout le fait croire, que nous apparaissions isolés et meurtris, où trouver des alliances T Le seul peuple qui pourrait nous soutenir ne peut nous offrir aucun secours sur terre, et l'histoire, qui toujours se répète, ne nous promet-elle pas un nouvel Attila, moins le secours de Rome?

Vienne le danger, qui, demandons-nous, conduira la défense, qui nous rassurera contre le péril d'hier? Sans doute nous avons des armées nombreuses pour défendre nos frontières, quelque chose a été fait pour nous mettre sur un pied respectable; mais, nous le disons bien haut pour que chacun l'entende, l'organisation monarchique, qui est absolument la nôtre, ne répond en rien aux néces^ sites du jour. Quand un système politique n'a plus d'hommes pour le soutenir, quand ceux qui forment la tête de l'état social ont perdu et valeur et courage, le succès jamais ne saurait revenir au fein du peuple ; les assassinats périodiques ont ajouté encore au

352 PIÈCES JUSTOTCATIVES.

sentiment lépulsif engendré par ce que nous venons de dire; demander aujourd'hui dévouement et audace serait par trop compter sur la crédulité publique.

L'organisation monarchique est donc bien morte chez nous, elle n'a plus qu*un pouvoir : c'est celui de ci'ouler en amoncelant des ruines. Dans une époque à peu près comme la nôtre, pendant la grande lutte de la liberté eontre la société ancienne, c'est-à-dtre toujours celle qui à présent nous régit, les hommes de 89 préservèrent la centralisation administrative, mais organisèrent les armées d'après le système régional; ils poursuivirent ainsi les grandes guerres de la République et sauvèrent la patrie. • En effet, quand un état social a transformé les classes en irréconciliables ennemis, quand l'amour de la patrie a été comme atrophié par les luttes politiques, c'est à l'amour du clocher qu'il faut avoir recours. Là où la vanité existe, on peut exciter le courage, et fondre des millions de soldats dans des corps où la veille personne ne s'était vu est une légèreté qui nous coûtera cher un jour. Nos ennemis l'ont mieux compris que nous et ont su grouper leurs troupes selon les règles de la simple logique. Cette faute capitale prouve que notre prétendue Républi(]ue n'a pas dévié de l'Empire, et l'armée telle qu'elle est constituée, n'aura ni plus de valeur, ni plus de résistance. Ce sera pour Tennemi encore une ligne de plus à percer, un pi*emier obstacle ù vaincre, après quoi chacim de nos soldats trouvera un coin pour abriter sa crainte. Puis nos généraux publieront des volumes, nos grands hommes (?) d'Étal essuieront leurs paupières, de la main du czar ou de Guillaume un grotesque recevra la couronne, et tout sera dit cette fois du peuple qui s'était cru le flambeau des lumières.

ni

Mettons de côté les sottises inventées pour salir la Commune, ou si l'on aime mieux le municipe, et voyons à quel résultat cela va nous conduire.

Sa création a dû èlre spontanée, quelques heures ont suffi pour former d'un seul coup ses deux branches administrative et guerrière. Beaucoup de hauts commandements ont été improvisés, on n'avait pas le temps de veiller de bien près aux facultés personnelles. Sans doute certains emplois péchaient par ignorance, mais c'est aux circonstances qu'il le faut imputer. Nous avions devant nous une Chambre royaliste : parer à ce péril et éplucher les hommes étaient choses difficiles.

Un autre écueil existait, ce n'était pas le moindre.

En temps de révolution surtout, lorsque auctme cohésion anté*

PIÈCES JUSTMCATIVES. 555

Heure n'existe, un centre d'action suffit si des esprits façonnés de longue main au maniement des hommes se présentent sur la scène publique. Mais dans un pays comme celui-ci, où un éternel despotisme s'est appliqué sans cesse à rapetisser Tinitiative de tous, et où aucune liberté n'a jamais été permise, — Tinitiative individuelle est tellement amoindrie, que toute impulsion intelligente, tout mouvement coordonné ne peuvent provenir que d'une main dii^ectrice. Inutile de nous croire plus avancés que nous le sommes; les idées républicaines sont dans le cœur du peuple, mais il n'a pu s'élever, faute de temps, ni aux sentiments, ni aux fortes exigences réclamés par une vraie république.

C'est pour cela qu'il nous fallait un chef.

Beaucoup de nous pensaient que celui qui, disait-on, avait si bien chauffé la province, dont l'art oratoire surpassait la Gascogne, mais dont on ignorait encore le génie tout personnel gonflé de tous (sic) les hyperboles, pourrait, faute de mieux, devenir notre guide. On se trompait, bien sûr, car malgré nos infortunes il valut mieux pour nous qu'au lieu du nord il prit la route du sud.

Garibaldi non plus ne répondit pas à l'appel. Nous croyions que ce grand défenseur des idées populaires finirait par une dernière couronne. Ce héros d'Amérique, ce grand donneur de trônes, à qui le danger n'a été qu'un fantôme, n'a pas su trouver le moyen de traverser les lignes d'une armée versaillaise.

Faute d'un chef, la victoire tourna bride.

Cependant Paris tout entier acclamait la Commune, conservateurs, libéraux, tous avaient accepté la nouvelle formule. Un moment toutes les forces s'unirent, l'effectif des bataillons était resté le même, et jusqu'au jour de la première bataille nous formions une phalange de plus de 500 000 hommes.

Mais, répète-t-on tous les jours, c'est par vos idées de classes, vos velléités de bouleversement social, vos renouvellements de massacres que la conscience publique effrayée tout à coup a cessé de vous suivre, et a cherché bientôt l'alliance de vos ennemis.

Pense-t-on ainsi? Non, ce serait trop absurde. Les conservateurs n'avaient-ils pas l'intelligence dans le nombre, et les membres de la Commune n'étaient-ils pas par eux-mêmes choisis? En quoi ces derniers diffèrent-ils de ceux nommés depuis? vous soutenez les nouveaux et vous bafouez les autres 1

Pourquoi cette conduite double... il faut bien qu'on l'explique.

En se ralliant à un mouvement républicain, le conservatisme s'était laissé égarer par un moment de fougue, puis les bayonnettes n'étaient plus là pour le soutenir ; mieux valait louvoyer un moment jusqu'à ce que l'on puisse retomber dans l'ornière. C'est toujours la même tactique : 89, 1850, 1848, 1871 n'ont pas changé un iota au fond de la nature. Derrière l'armée sa constance est superbe ; lu. 23

854 PIÈGES JUSUnCATIVES.

fort de son nom, de sa fortune, de ses grands pi incipes qui croient sauTcgarder propriété, famille, religion, boutique, tout s'enfle de sa faconde ailiére ; — mais aussitôt son l'empart détruit, il tombe à plat devant l'ennemi et se sent mal à Taise devant une situation qu'il n'est pas assez brave pour regarder en face, ni assez généreux pur travailler franchement à un peu plus de justice.

Donc le moment psychologique était trop grand pour lui ; devant vn mouvement qu'il aurait pu conduire, il fit face à la Commune comme il lit face à la Prusse : il s'enfuit de Paris et choisit pour guide l'homme qui avait employé tout son astucieux génie à faire avorter la défense de la France.

Pour en finir avec cette classe dirigeante, et qui mérite si bien ce nom si on la juge dans sa marche en arriére, sa prépondérante influence nous a conduits, de culbute en culbute, à la queue de l'Europe; la France de Louis XIV, la patrie de Voltaire, la terre des idées et du génie émancipa teur, en dépit de la richesse de son sol, de l'intelligence si artistique et si productive de ses habitants, n'a plus aucune force expansive, et n'est plus qu'un tout petit peuple; il n'y a aucune exagération de dire que la masse môme, sous l'empire de cette corrosive infiuence, s'est réfugiée dans le plus bas côté des humaines tendances, et tom*ne le sang gaulois en celui de Judée. L'espèce se propage avec peine, les faces mômes s'enlaidissent, les corps t*avçrtonnent, l'éducation ne fournit plus que de petits nains dont le frétillement intellectuel n'ose aborder de front aucun des grands problèmes; nos grands hommes de guerre nous sont fournis par la gente jésuitique qui s'entend si bien (?) à former les caractères, et cette tourbe administrative et guerrière, sans idées et sans initiative, sans cohésion que pour le mal et sans aucun amour du bien public, n'existe plus que par un effort d'équilibre, ne sert plus à rien, si ce n'est à perpétuer les haines, et ne produit plus qu'un désir, celui de la voir emportée par la prochaine tempête. Pour l'Europe qui nous observe, les deux classes qui ont été attelées jusqu'ici aa timon de l'État sont arrivées l'une et l'autre à une égale décrépitude ; toutes deux ont subi l'empire qui s'exerce sur chaque chose ici-bas ; elles ont donné au monde ce qu'elles avaient de génie et de ressort ; impossible de leur demander plus, — leur puissance factice n'excite plus que le sourire ; il leur reste, en fait de gloire, de se réfugier dans les expositions publiques et de montrer au monde ce que sait faire le peuple ; elles trouveront encore un grand poète pour chanter en leur honneur les complaintes de TibuUe, mais nous ne voyons en cela qu'un peu d'orgueil sénile. Aigourd'hui où la force et l'injustice ont le gouvernement de l'Europe, le drapeau national demande des mains plus fermes, ce n'est pas l'heure de prêcher la sagesse.

Si des dasset dirigeantes nous regardons la Commune, elle au

PIÈCES JUSTinCATITES. HSS

moins nous a démontré, même par ce qui vous éf^hsppe, que* débarrassé de vos étreintes mortelles, le peuple, quand il redevient lui, a toute la vitalité qui hier encore faisait trembler l'Europe. Chacun a compris que, dans le grand dranie de i87i» quiconque rôve de Patrie et comprend mieux que vous îa destinée d'un peu- I)Ie, peut concevoir encore de bien vives espùraiicea. Au tcndeTuniti môme d'un écrasement public, lorsque tous les conservateurs étaient comme morts ou galvanisés de crainte, un pouvoir niùgique a débordé du sein même de Paris, et a prouvé & tous qtiel foyer de puissance anime le cœur du peuple. Depuis lors les grandes villes ont eu le pressentiment de ce qui se passait en nou$ : ce sont d^ nôtres qu'elles acclament et envoient à vos chamhnjs ; le jeune bourgeois môme commence à se repentir, et tous, en face d'hommes qui comme vous savent vivre, et qui comme nous jyivent mourir, reconnaissent aujourd'hui où était la justice, et ce qui est eacora plus, le chemin de l'avenir.

Libre à vous, messieurs, de nous montrer sous des couleurs barribles; les générations sauront à quoi s'en tenir; nous avions dans le cœur Tidée de la patrie, et nous l'avons encore; nou;^ croyons que la France ne regagnera son prestige qu'api-ès rextirpation de ses germes de mort, et si un jour, par nous» la société repose sur des bases équitables, le siècle reconnaissant dira :

Us ont pensé, à eux la gloire!

Us ont osé, à eux l'avenir!

ItFUJXEt,*

i avril 1878.

'jC pièces justificatives.

Frooèt-vM>bal d« roavertnre d« ta oaiss* monieipale à ta mairie de Parie, ta 14 mare Itf 1, enr l'ordre da Gomité central de ta farde mitioaale.

Le 24 mars 1871, les citoyens Varlin et Bouit, membres du Gomité central, ont requis le citoyen Carreau, Maurice, mécanicien, à l'effet d'ouvrir le coffre- fort du bureau n* 5 (Caisse des

Le travail nécessaire à cette ouverture a commencé à 4 heures du soir, en présence des citoyens Varlin et Bouit, membres du Gomité central, et des témoins suivants, requis à cet effet par les membres du Gomité central.

Ces témoins sont les citoyens :

Perdreaux, capitaine, 195* bataillon ;

Roques, aide-major, 195* bataillon ;

Lacoste, commandant, 195* bataillon;

Dereure, adjoint au 18* arrondissement.

Le cofîre-fort a été ouvert à sept heures et demie du soir et l'on a en présence des témoins ci-dessus désignés, ainsi que du citoyen Josselin, procédé à l'inventaire des valeurs trouvées dans la caisse.

L'on a trouvé également la clef du coffre-fort du bureau décaisse et recettes n* 6 et l'on a fait également l'inventaire des valeurs qu'il contenait.

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