U FLOTTILLE DE LA SEINE
tiron ! » Fort ponctuel, du reste, et veillant à tout, il apprend que Cognet, l'ancien chef d'état-raajor de Durassier, a conservé une chambre au ministère de la marine; de sa meilleure encre il écrit au gouverneur Gournais : « Ordre vous est donné de faire quitter le ministère au citoyen Cognet; il devra évacuer sa chambre et remporter ses effets; vous prendrez la clé et la remettrez à l'huissier. » Gournais obéit, et il lui arrive une déconvenue qu'il raconte proprement en ces termes : a Je déclare avoir vu un sabre hier dans la chambre n® m dont javais lorde de faire évacuez. D'après cette orde jeaie remis la claie à l'huissier dont jen aie tirée reçue. Â 11 du matin jeaie reçu l'orde de remetre se sabre au citoyen chef de ta major jeai constate que cette avait étté occupé et que ce sabre avait disparue maigre que cette porte était bien ferme à la claie, alors il résulte que cette porte a une double claie, je certifie et constate moi citoyen capitaine de la garde nationale attacher au ministère de la marine : Gournais. »
Peyrusset voulut aller inspecter la flottille. Il se prépara à cet acte important par des libations, qui sans doute furent trop copieuses, car, lorsqu'il monta à bord de la Claymore, il se vit subitement atteint de mal de mer. 11 fut obligé de se dérober aux huées de l'équipage, qui, enviant son état d'ébriété, ne lui ménageait pas les quolibetsf Afin de réparer autant que possible le mauvais effet produit par la tenue avinée du commandant en chef, le délégué Latappy fit rentrer la flottille vers le quai de Billy, près de l'usine Cail, et, accompagné de plusieurs membres de la Commime, la passa solennellement en revue. On fit quelques discours aux marins rassemblés, on stimula leur patriotisme ; on leur parla de leurs frères surveillés par l'armée de Ver* saillcs et qui n'attendaient qu'un moment propice pour venir se joindre à eux*
cO LE MINISTERE DE U UARINE.
On était au 28 avril et l'enthousiasme des premiers jours était passé, car depuis le 25 les batteries françaises de Sèvres, de Fleury et du Chalet avaient été démasquées; les canonnières s'en étaient aperçues; plusieurs avaient reçu de grosses avaries, des hommes avaient été blessés à bord; on n'allait plus se promener au Bas-Meudon et l'on courait moins fréquemment bordée au delà du pont-viaduc du Point du Jour. Les marins de la Commune ne se gênaient guère pour déclarer qu'on les sacrifiait, qu'on les faisait massacrer; que c'était toujours leur tour d'être sur la Seine et qu'il était temps d'y envoyer des gardes nationaux à leur place. On était fort près de l'insubordination; plus d'un canonnier avait jeté son écouvillon et était parti en disant: « Je n'en veux plusl » Latappy était inquiet. Dévoué à l'œuvre insurrectionnelle, il eût voulu la servir, et s'apercevait que tous les éléments militaires dont il avait cru disposer n'étaient en somme que des éléments d'indiscipline et, par conséquent, de faiblesse. Les cours martiales, dont la Commune commençait à user sans ménagement, pouvaient réprimer et pimir un acte de révolte individuel, mais elles étaient impuissantes à réduire un groupe d'hommes déterminés à ne point obéir et à se soustraire à un service qui, de jour en jour, devenait plus périlleux. Latappy se contenta donc de faire un règlement qui n'accordait que deux heures aux officiers pour aller prendre leur repas à terre, qui relevait les canonniers de quarantehuit heures en quarante-huit heures et qui fixait le chiffre de la gratification accordée à chacun des marins de la flottille.
Les choses n'en allèrent pas beaucoup mieux et finirent même par aller très mal; car l'armée française poussait en avant ses approches et commençait à jouer avec les canonnières un jeu dont celles-ci faisaient tous