ACTE TROISIÈME MADAME DE SAINT-GENIS
Blanche m’embrassera un peu plus tard. C’est elle justement que je venais voir et à qui je voulais parler très sérieusement. Je ne pensais pas que madame Vigneron aurait du monde à déjeuner.
ROSALIE
Du monde, non, il n’y a pas de monde.
MADAME DE SAINT-GENIS
Ces dames sont à table, c’est bien ce que vous venez de me dire?
ROSALIE
Oui.
MADAME DE SAINT-GENIS
Elles ne sont pas seules?
ROSALIE
Non.
MADAME DE SAINT-GENIS
Elles ont donc quelqu’un avec elles.
ROSALIE
Oui. (Bas.) M. Teissier.
MADAME DE SAINT-GENIS
Ah! M. Teissier. (se rapprochant de Rosalie.) Il vient maintenant dans la maison?
ROSALIE
Plus qu’on ne voudrait.
MADAME DE SAINT-GENIS
On lui fait bonne mine cependant ?
ROSALIE
Il le faut bien. Ces demoiselles ont beau ne pas l’aimer, 1* besoin de s’entendre avec lui est le plus fort.
'MADAME DE SAIN T-GENIS
S'entendre ? A quel sujet ?
ROSALIE
Pour leur fortune.
MADAME DE SAINT-CENIS
Oui, Rosalie, pour leur fortune (Elle la q-uitt-e.) ou pour la
sienne.
ROSALIE
Vous restez, n’est-ce pas, madame?
MADAME DE SÀINT-GENIS
Non, je m’en vais. Je n’hésite plus maintenant. M. Teissier est là, ces dames ont des, affaires avec lui, quelles affaires? Je ne veux gêner personne ni pénétrer aucun mystère.
Elle se dirige vers la porte.
ROSALIE
Madame reviendra?
MADAME DE SAINT-GENIS
Je reviendrai.
ROSALIE
Sûrement ?
MADAME DE &AIN*T-GENIS
Sûrement. Écoutez, Rosalie. Si madame Vigneron et ses filles, Blanche excepté bien entendu, veulent sortir, qu’elles sortent, qu’elles ne se gênent pas. C’est Blanche seulement qui doit m’attendre et avec qui je veux causer une fois pour toutes. Dites-lui donc un peu, vous, sa vieille bonne, qu’elle se calme... qu’elle réfléchisse... qu’elle se résigne... ce n’est pas ma faute si son père est mort... elle se rend compte des embarras pécuniaires où elle se trouve et dont mon fils ne peut pas être responsable... il ne le peut pas... en aucun cas... Hein? Rosalie, comprenez-vous ce que je vçfcis demande ?