ACTE TROISIEME
celle des notaires, les brebis galeuses' sofft expulsées impitoyablement. Lebrasseux, après cette mésaventure, a établi aux abords du Palais-de-Justiee un cabinet d’affaires. Ce qui se passe là, je ne suis pas chargé de vous le dire, mais vous viendrez dans quelque temps m’en donner des nouvelles.
MADAME VIGNERON
Déchirez cette carte, monsieur Bourdon, et dites-moi l’objet de votre visite.
BOURDON
Vous mériteriez bien, madame, qu’on vous laissât entre les mains de Lebrasseux. Il n’aurait qu’à s’entendre avec un autre coquin de son espèce, Lefort par exemple, et la suceession db M. Vigneron y passerait tout entière. Vous m’en voulez de ce que je ne partage pas 'vos illusions. Ai-je bien tort? Jugez-en vous-même. Devant l'obstination que vous mettez et que je déplore à conserver vos -terrains, je devais me rendre un compte exact de leur situation. Je me suis aperçu alors, en remuant la masse des hypothèques, que l’une d’elles arrivait à sOn échéance. J’ai écrit aussitôt pour en demander le renouvellement, on reruse. C’o£t soixarite et quelques mille francs qu’il va falloir rembourser à bref délai.
MADAME VIGNERON
Qu’allons-nous faire?
BOURDON
Je vous le demande. Ce n’est pas tout. Le temps passe, vous serez en mesure pour les frais de succession?
MADAME VIGNERON
Mais, monsieur Bourdon, nos immeubles, à votre avis, ne valent rien; où il n’y a rien, l’enregistrement ne peut pas réclamer quelque chose.
BOURDON
C’est une erreur. L’enregistrement ne s’égare pas dans une
succession; il touche son droit sur ce qu’il voit sans s’occuper de ce qui peut être dû.
MADAME VIGNERON
En êtes-vous sûr?
BOURDON
Quelle question me faites-vous là, madame? Mon dernier clerc, un bambin de douze ans, sait ces choses-là aussi bien que moi. Voyez comme nous sommes malheureux avec des clients tels que vous ; ce n’est pas assez de batailler pour leurs intérêts, il faut encore se débattre contre leur igno-y \ rance. Laissons cela. Pendant que vous vous agitez sans rien conclure, attendant je ne sais quel événement qui ne se présentera pas, Teissier, lui, avec ses habitudes d’homme d’affaires, a marché de l’avant. Il a remis la fabrique entre les mains des experts, ces messieurs ont terminé leur rapport, bref, Teissier vient de m’envoyer l’ordre de mettrç en vente votre établissement.
MADAME VIGNERON
Je ne vous crois pas.
BOURDON
Comment, madame, vous ne me croyez pas? (n tire une lettre de sa poche et la lui donne.) La lettre de Teissier est fort claire; il
met les points sur les i, suivant son habitude.
MADAME VIGNERON
Laissez-moi cette lettre, monsieur Bourdon?
BOURDON
Je ne vois pas ce que vous en ferez et elle doit rester dans mon dossier.
MADAME VIGNERON
Je vous la ferai remettre aujourd’hui même, si M. Teissier persiste dans sa résolution.