‹ Les corbeaux; pièce en quatre actesChapitre 98 sur 110 · JUDITH, MARIE · texte numérisé non relu

JUDITH, MARIE

Eh bien?

JUDITH

Eh bien, si M. Merckens a raison et si les choses se passent comme il le dit, nous ne sommes pas au bout de nos peines. En attendant, voilà tous mes projets renversés, ceux que tu connais d’abord et un autre que je gardais pour

moi.

MARIE

Quel autre?

JUDITH

A quoi bon te le dire.

MARIE

Parle donc.

JUDITH

J’avais pensé un instant à tirer parti de ma voix en m faisant entendre sur un théâtre.

MARIE

Toi, ma sœur, sur un théâtre !

JUDITH

Eh! que veux-tu? Il faut bien que nous nous retournions et que nous entreprenions quoi que ce soit. Nous ne pouvons pas attendre que nous ayons mangé jusqu’à notre dernier sou. Maman n’est plus d’un âge à travailler, nou-*, ne le voudrions pas du reste. Qui sait si notre pauvre Blanche retrouvera jamais sa raison? Nous restons donc, toi et moi, et encore toi, ma chère enfant, qu'est-ce que tu peux bien faire? Il faudra que tu travailles douze heures par jour pour gagner un franc cinquante.

MARIE

Dis-moi un peu, bien raisonnablement, ce que tu penses de l’état de Blanche. Comment la trouves-tu?

JUDITH

Un jour bien et l’autre mal. On croit à tout moment qu’elle va vous reconnaître, mais elle ne voit personne, elle n’en, tend plus rien. J’ai bien pensé à ce malheur et peut être nous en a-t-il épargné un plus grand. Si Blanche, avec une tète comme la sienne, avait appris par hasard, par une fatalité, le mariage de M. de Saint-Genis, qui sait si cette nou-

Page 1