LE BOUCHER
La face cramoisie et débordant du col,
Suant d'ahan, traînant un bozuf par son licol,
Le boucher prend des airs de lutteur et d'hercule,
Et ramène à grands coups la bête qui recule
\)ers la dalle où bientôt le sang \)a ruisseler.
De sa lourde massue il a fait s'écrouler
Le grand bozuf auîC flancs rouK, orgueil de nos prairies.
Des gamins à l'entour dansent, trépignent, rient.
Le boucher les effraie a>?ec son coutelas,
Puis quand la tâche est dure et qu'il se sent plus las,
Il sirote un N)in blanc d'une lè-Ore goulue
Et s'essuie la moustache a-^ec sa main >?eluc.
LES LA\)EUSES
Près de l'arche du pont, non loin des abattoirs,
Clapote tout le jour le fracas des battoirs.
Des femmes, à labri sous un au\)ent de planches,
Dans les eauK de sasion déjà grasses et blanches.
Essorent en causant tout le linge mouillé.
Nul bras n'est engourdi. "Nul gosier n'est rouillé.
La laN)euse, de la finaude à l'ingénue,
Ajoute auK racontars et suppose, insinue...
La main rougeaude claque au rebord du laSJoir.
Toutes ont dit, ont S)u, chacune a cru sa^Joir...
Et l'on entend taper, pareils auK flots qui tanguent,
Les forts coups de battoirs et les fins coups de langue.