LA MAISON
Il est au coiuv du bourg une simple maison Plaisante à Nioir, fleurie et gaie en la saison Où le jardin aimé chante l'amour des roses Que des mains de -Oieillard ou de fillette arrosent. Le portail est massif, et large en est le seuil. La lourdeur du marteau traduit son noble orgueil, La fenêtre à Vitraux garde encor ses persiennes. Le >)aissclier s'emplit de faïences anciennes. Si l'horizon se borne auK toits Voisins, les y^uk S Voient assez d'azur pour un exil aujc cieujc. On Y "^l^ dans le calme aVcc idolâtrie... La maison des aïeuîC fait aimer la patrie.
Or là-haul, sur h Tour, Ont jasé foui k jour L^s hordes de çormilks, Eh jusques à la nuit.
Leur Hol a fait k bruil D'une ruche d'abeilks.
Dès l'aube, au déjueher.
Sans pourtant se fâcher.
Elles sembla knt en hargne.
C'est que, caquet bon bec.
Sans jamais être à sec.
L'oiseau peu nous épargne.
i3o LES CORNEILLES SUR LA TOUR
Las scina du M'uX bourg. Échos lointains d sourds, hiis i}oix, ks cris, les rires.
Les bourgeois, les mananfs.
Les allants et tenants Longtemps les di^^ertirent.
Les traders et les torts Les amusèrent fort.
Car, des cimes des nues.
Ainsi que d'un perchoir.
Elles surent bien iloir Les âmes toutes nues.
En Volant à l'éi^enty Rapinant, clabaudant.
Elles nous observèrent.
Un bourgeois fut marri.
L'un pleura, l'autre rit.
Un dêSlôt fut séi}ère..
LA LÉGENDE DU CORBEAU i3i
Ti'î i'sprif chagrimux.
Oui se sentait bremux En chauvit de l'oreitîe.
Car en malins discours JUs Corneitles des Tours Onec/ues n 'ont leurs pareilles.
Les langues de serpents Et les êtres rampants Oui dans les bourgs sévissent.
Les menteurs, les jaloux.
Les brebis et les loups.
Les i}ertus et les ^lees.
Le train de chaque jour.
Le plaisir et l'amour.
Les gens simples, modestes, Yi^ant bon an y mal an.
Le bourgeois, l'artisan.
Les beaux cris, les bons gestes.
i32 LES CORNEILLES SUR LA TOUR
Liis lâches, ks méhars.
Las baim's, ks pitiés.
Les doukurs qui s'é^ailknl.
Ont fait, Ja soir i^enu.
En langage inconnu.
Jacasser ks corneilles.
Puis, i^ers les bois profonds.
Par coteaux et stations, DeHers la foret, pleine D'appels et de rumeurs, Â l'heure gra^e où meurt Le soleil sur la plaine.
Les corneilles ont fui.
Et quand la lune a lui Sur la forêt plus sombre, Sous k beau ciel blémi.
Le Bourg s'est endormi Paisiblement dans l'ombre.
LA LEGENDE DU CORBEAU i33
Maintenant que tout dort en la initie et les bois. Que nul bruit de travaux ne •))ient battre aux oreilles. Chacun peut à bon droit dire : Qui fut parfois Un peu méchant F L'auteur ou le ban des coineilles?
Or je lui répondrai que l'on n'est point méchant Pour mêler à son eau le ^in de l'ironie, Qu'on peut assaisonner sa pensée et son chant. Sans que la bonne grâce en soit jamais bannie.
La Corneille a souri du haut de son clocher
De l'homme qui ^a, ment, s'agite et fait des siennes.
Mais elle sut louer, franche, sans se cacher.
Ce qui demeure au Bourg de ses Vertus anciennes.
Si, quelque esprit étroit, pincé, chagrin, mesquin. S'effare, se récrie et, sot, se scandalise, Je le -^eux ren-^o-^er à cet oiseau taquin Mais bon, qui Voletait au clocher de l'église.
i34 LES CORNEILLES SUR LA TOUR
// ma sou^knt d'avoir an Forcadul, aukur, Lu du ivrbcau criard k h s d rencom/c. Le cbanl asf naïf, simpk cl rkh de sa^)cur,... Si ifous n'aimez k -^ieux fraueo'^s, nkoukz mie.
LA legkndp: du corbeau
Le Corbeau fui au temps passé
Teint de btancbeur qui a passé
Le plus atbe de ta eotombe.
Aidant que t'eau fut seute tombe
Du genre humain, quand k Grand Juge
Du ciet envoya k déluge,
ISoéy le di-Oin patriarche ,
Le fit sortir hors de son arche
Pour épier s'il -ferrait pomt
RiSIe de mer, ou peu ou point.
LA LEGENDE DU CORBEAU i35
ÂdorK k courrnr .vc déparf, Yok par a'ut d milk parts El i>oit maint corps dont il Si' pâme Remplis de flots d -Oidcs d'âme.
Or td crHe-aviir k surprint Oui' puis son erre il ne reprint Mais oublia, la pauvre bde, La nef en ce monde seuldte Oui par trop allait sans ramer Au gré des i>ents et de ta mer.
L'oiseau cria : Noé, Noé, Tant qu 'en est encor enroué.
L'a-^ant appelé mille fois Il n 'entendit ni ifents, ni ^>oiX.
Par quoi, de deuil étant fâcbé.
Sur un haut figuier s'est branché, Où, pour marque de sa douleur.
Changea sa première couleur En teint plus noir que noire nuit Quand la lune point ne reluit.
^3)^/7/ pkuré prasqua ses ;^i'ux, J! a juré ma; ckl d dieux Que jamais n'en ne goûterait Tant que la figue mûrirait...
C'$- finit te tos du Corbeau.
Cet oiseau tant me parait beau Que y te tenant en pure estime y Je l'ai fort prisé dans ma R^me; Car subtil malin et sensé, Maugré .son parler jacassé.
Bien qu'épine soit sous la rose.
Au cœur il a bonté enclose.
NOCTURNK & riNALIÎ
La petih' Taille sans bruit
Dort profondément dans la nuit.
Albert SAKAIN.
Sous la nuit éloilà c/ c/ui bkuit la toits, Li' Bourg tait sa rumeur de ruche diligente. Un Sierger de pommiers reS)êt V aspect d'un bois. Le ruisseau resplendit et le if ieux puits s 'argenté Sous la lune qui coule aux larmiers et aux toits.
Le bedeau ferme à clef le portail de l'église. Le jardinier boiteux regagne sa maison . Un char cahote au loin sur la route imprécise. Des nuages blafards courent à l'horizon. Lentement minuit .sonne à la tour de l'église.
La ^iaiJk damoi.si'lk a clos les lourds i^okfs De sa boulique ancienne, en un bruit de ferraille. La lanterne fumeuse, allongeant ses reflets. Fait grimacer, comiquement, sur la muraille, L 'ombre de trois bavards à l'abri des -Ooleîs.
En son âme d'an tan, faite d'ombre et de ré'Oe, Le Bourg a fui la terre et se rallie au ciel. Dans le temps éternel un jour encor s'achèSle. Le clocher de jadis monte, immatériel.
Au-dessus des maisons tissées d'ombre et de ré^e.
L 'amoureux cri des chats, l'aboi rageur des chiens. Le juron qu'on profère ou le caillou qu'on lance Une chanson d'iUrogne, un méfait de -sauriens. Aux quartiers plus déserts troublent seuls le silence Où semblent s'éloigner les hurlements des chiens.
 Vangk de la Place où .sur k pont du pkrrc Glisse une ombre. Quelqu'un là-bas frappe au heurtoir. Et les maisons, du champ de foire à la rii^ière, Rangées depuis mille ans aux courbes du trottoir. Paraissent s'endormir du .sommeil de ta pierre.
On -Ooit parfois errer aux croisées de la nuit Une lueur timide, une lampe incertaine.
Femme qui i>eille, enfant qui dort, âme qui fuit, La tâche ou le repo.s, le bonheur ou la peine. Sous le manteau discret mais pesant de la nuit.
Le marbre d'une .stèle aux morts pour la î^ a trie Se dre.s.se .sur la Place à l'ombre des tilleuls. La halle aux grain.s, l'ancien manoir et la mairie. Et le donjon ro^al pui.s.sant comme un aïeul Disent la gloire et la douceur de la Patrie.
Vn simtimcnt de paix, de franquilk bonheur. Se dégage du Bourg au fond des nuits sereines... Des bruits légers et coutumiers, un ehant berceur. Le murmure du -^ent, la plainte des fontaines Composent le noetume enivrant du bonheur.
0 Bourg petite Hitle aimable,
Où le bourgeois le plus notable
Â, francs et nets, biens au soleil,
Où le plus indigent, pareil
Au plus riche, a son toit modeste
Son bois et .sa gerbe de reste;
Bourg où tout labeur est heureux.
Bourg où les enfants sont nombreux
Comme aux -bergers les fruits d'automne:
Bourg paisible où la cloche sonne.
Egale, les joies et les deuils.
Où ïon trouve encore des seuils
Portant blason, date ou dei^i.se;
Bourg charmant, Vieillot, où l'église.
Tdk une andcnnc sous ks ans.
Semble courber son loil branlant.
Où la branche de gui désigne L'auberge, où des murs sous la ^^igne Et le lierre semblent crouler; 0 Bourg qui regardes couler.
Placide, au bas de la prairie, La rivière étroite et fleurie; O Bourg, toute joie et clarté Qui, par les soirs chauds de l'été, Allonges sur les routes claires Tes ombres bleutées et légères; Bourg riche en foyers et en nids.
Bourg où par l'automne jaunis Les parcs ont des splendeurs noui?elles, O Bourg ancien qui te réi}èles Actif, de ferme et bon \iouloir.
Sache rei^ii^re et, sans surseoir.
Reprends tes anciennes coutumes :
Tes rouets, coiffes et costumes.
Tes toits qui fumant tcntcmcnt.
Ton accueit sous la cid démant. Tas bonnas gans qui ^)ont sans hâta  laur tâcha at dont rian na gâta La timpida douaaur das ';^aux.
Tas fâtas, tas dansas, tas jaux.
Ton salut amical, ta grâca Discràta at ton orguail da raca.
Tas croyances, ta piété Simple, ton manoir abrité Par la ridaau moui^ant das hâtres.
Tas tuilas rougas, tas fanâtras Ornéas da pots da flaurs; reprends.
Si tu i)eux être noble et grand, O Bourg, tes coutumes anciennes.
Et s'il te plaît que nous retiennent Ces ifertus du bel autrefois.
Sache écouter, ô Bourg, les -Ooix Qui partent du cœur de la terre; Pencha ifars laur di-Oin m^stàra
Ton clair \>jsagi' du passé, O Bourg, franc, loyal d sensé.
Oui, Vibrant d'une a rdenk flamme.
Demeures le gardien de l'âme.
En un jour de '))icloire et de eœurs exaltés. Au matin du triomphe et sous un del de joie 11 nous fut redonné d'aller Hers la Beauté,
Yers les châteaux d'espoir où le réS)e s'éploie. Et d'entreiloir, au déclin des ans, le bonheur Qui désigne l'étape et fleurit notre if oie.
Une cloche frémit aux mams du i^ieux sonneur. Une femme en bonnet mit des feu rs aux croisées. Le Bourg connut le charme et re-Oit le faneur.
Di's âmes par k deuil d la doukur brisées
Se sentaient mieux re-Oi-^re en ce jour Iriomphal
Comme les lys des parcs aux fraîcheurs des rosées.
Un chant de Jeune fille emplissait tout te "Oal. Il y eut dans le soir des cris, des jeux, des rires Et sur la route blanche un galop de chenal.
 cette heure diSiine où s'accordaient les l;^res.
L'automne finissant répandait sa langueur
Et semblait condamner l'orgueil des beaux délires.
Le Poète, suisiant les jeux d'enfants rieurs. Près du jardin déclos aux frondaisons pâlies. Laissait -baguer son âme au souffle inspirateur.
Ce n'était plus, sous le ciel d'or, les élégies
Pleureuses de regrets et disewses d'amour.
Dont la mu.sique enivre et dont les mots s'oublient.
CV ;; 'était plus te chant banat des anciens jours, Où passaient l'amertume et la détresse humaine. Où l'esprit était las, où le cœur était sourd.
Mais l'h-;$mne graine et fier, la -^oix haute et sereine Clamant le di^in ré^e et les espoirs permis Que la "Victoire a^ec son beau cortège amène.
Sur les champs apaisés, sur les coteaux blêmis. Descendait d'un ^ol lent la paix d'un soir d'automne. Sur les .seuils devisaient d'heureux groupes d'amis.
Douceur du ciel de France où l'âme .s'abandonne. Plaisir des .sens, joies de l'esprit, charme des ^eux. Enfant qui .s'exta.sie et Vierge qui .s étonne.
Ce jour resplendis.sait de projets et de -Oœi/X Et, devant l'horizon, sous le couchant en flamme. Quand .s'allument au Bourg lointain les premiers feux.
Lq Pol'h' ('coûtait, pmsif, tes ^oix c/c l'âme.
 t'ombre de t'égtisu, à t'ahri da ^ieux murs Dont te paisibte bourg s'enorgueïttit encore. Sache garder ton cœur nobte, tes accents purs,
O Poète/ — Qu'au seuit de la fermente aurore
Où nous semblent ptus hauts, plus graines, les destins.
Tu restes l'enchanteur que notre "^oix implore.
Grâce à toi, lumineux nous .seront les matins Et belles de projets et d'amour les .soirées. Nos regards fa.scinés .se perdront aux lointains.
Tu trouveras pour nous les paroles sacrées
Oui donnent l'harmonie et le rythme à nos chants
Et nous boirons l'extase aux lèpres in.spirées.
Sur h's libres, comme en un miroir nous penchant. Nous -Verrons clûïr en nous et Ion œuT)re féconde Vaudra l'or des moissons et le tribut des champs.
En un parler choisi, douX-coulant comme l'onde Oui prend, au gré de sa course, charme et sa^leur. Captant la pureté de la source profonde,
Tu diras a'^ec flamme et franchise et ferveur Les désirs, les projets, les espoirs et les reines. Le mystère des nuits, le secret de la fleur.
Le murmure des flots sur le sable des grèHes, Et grâce à toi. Poète au cœur qui se répand. Les jours seront divins, les heures seront brèves.
Dédaigneux de mensonge, écrasant le serpent Oui rôde sous la fleur aux buissons de notre âme Tu chanteras, lo;;^al, la candeur de l'enfant.
i5o LES CORNEILLES SUR LA TOUR
La douceur du fo^cr, la grâce de la femme. Les tâches, les -Vertus, les Irai^auX et les jours. Et l'orgueil d'être fort que le pa^s réclame.
Alors, nous sentirons passer dans tes discours, O cloche d'allégresse au trai^ers de l'espace ! Cet appel de ton cœur, ce cri de tes amours :
Le chant de la Patrie et l'h-^mne de la Race.