OBSERVATIONS
Le petit tableau suivant contient un résumé des chiffres qui précèdent :
Personnel.
Dépenses annuelles.
Octroi du Gouvernement.
Octroi des Commissaires.
Séminaire de Québec et
Hôtel-Dieu
Hôpital-Général
N.-D. de la Congrégation...
Maternité
Total
En référant à ce tableau et aux chiffres qui précèdent, on constate :
1. Que le nombre de jeunes personnes des deux sexes qui puisent leur éducation dans les communautés religieuses de Québec, atteint le chiffre de 6161 annuellement.
2. Que le nombre des malades, infirmes, etc, qui sont à la charge des communautés religieuses de cette ville, est de plus de 3974 annuellement.
3. Que, sur ce nombre de malades, 486 reçoivent gratuitement, chaque jour, et durant toute Vannée, la nourriture et les soins de ces mêmes communautés. (Les 28 infirmes et invalides de l'Hôpital-Général, et les 30 jeunes filles de l'Ecole de Eéforme que le gouvernement confie aux soins des Sœurs du Bon- Pasteur, ne sont pas incluses dans ce chiffre.)
Les 6161 enfants et jeunes personnes des deux sexes qui puisent leur éducation dans nos communautés religieuses, reçoivent cette éducation gratuitement ou à peu près. Le six
(a) Pour les malades.
(b) Malades annuellement.
sous, le dix sous, etc. que paient chaque mois un certain nombre d'externes qui fréquentent les écoles des Sœurs de la Charité, du Bon-Pasteur et des Ursulines, ne peut être considéré autrement que comme équivalent à 0, si on compare le revenu provenant de cette source, à la somme des dépenses annuelles encourues par ces divers établissements.
De même, les $100, et les $120 que paient les pensionnaires du Séminaire, de l'Université, des Ursulines, etc, ne suffisent pas, ou à peine, pour payer les frais de nourriture de ces élèves. La preuve s'en trouve dans les déficits considérables de tous ces établissements, bien que leur administration soit conduite avec la plus stricte économie.
Nous avons donc, à Québec, un système complet d'éducation gratuite.
Entre ce système d'éducation gratuite et celui qui est suivi dans d'autres pays, il y a deux points de différence capitaux, à savoir :
1. li éducation gratuite, dans les autres pays où ce système est en vigueur, n'a trait qu'à l'éducation élémentaire ; à Québec, l'instruction de tout genre, élémentaire et classique, est gratuite.
2. Ailleurs, les frais de cette éducation gratuite sont à la charge des gouvernements et des municipalités ; à Québec, les corporations religieuses supportent seules les frais de cette éducation (à l'exception des écoles normales). En effet, le montant des secours accordés pour cet objet par le gouvernement provincial et par la commission des écoles est si minime, que, comparé à la somme énorme dépensée par nos corporations religieuses, ce montant n'équivaut guère plus qu'à 0.
Ainsi, le montant des secours octroyés parla commission des écoles à toutes nos corporations religieuses, d'enseignement et mixtes, n'atteint que le chiffre insignifiant de $4,700, environ, annuellement.
Ce qui est vrai pour les écoles et pour l'éducation, est également vrai pour les hôpitaux et pour le soin des malades.
Dans tous les pays civilisés du monde, les gouvernements et les municipalités sont tenus de pourvoir à l'éducation du peuple, et au soin des malades pauvres : c'est là le premier devoir de ces gouvernements et de ces municipalités. Quelques-unes
des grandes villes de l'Europe consacrent à ces deux objets des millions, annuellement.
A Québec, le soin des malades pauvres catholiques, de même que l'éducation de la jeunesse, retombe presque entièrement sur nos corporations religieuses ; la somme totale qu'elles dépensent pour ces deux objets atteint le chiffre énorme de près de $136,000 annuellement. C'est-à-dire que nos corporations religieuses débarrassent complètement le gouvernement et la municipalité de cette besogne ennuyeuse et de cette dépense énorme, au moyen de leurs revenus.
Supposons, un instant, que, pour une raison ou pour une autre, nos corporations religieuses viennent à disparaître : à qui incombera la tâche de pourvoir aux frais de l'éducation publique et aux dépenses que réclame le soin des malades, des invalides et des orphelins ? Au gouvernement provincial et à la municipalité de Québec, évidemment.
D'où provient ce montant énorme de $136,000, dépensé annuellement par nos corporations religieuses ?
Ce montant est prélevé à l'île Jésus, située à 60 lieues de Québec, à la côte de Beaupré, à l'île aux Oies, à Saint-Joachim, à la Canardière, etc. ; il provient de la pension des élèves, dont une grande partie est originaire de la campagne. Le revenu total des propriétés et des biens que possèdent nos corporations religieuses dans cette ville, ne s'élève qu'à un chiffre insignifiant. C'est donc une somme ronde de $136,000 que ces corporations religieuses versent annuellement dans la circulation ; et ce montant provient en grande partie du dehors.
Que ces corporations religieuses disparaissent, qu'elles aillent se fixer ailleurs, il est évident que, pécuniairement parlant, ce sera une immense perte pour la cité. Car $136,000 lancées dans la circulation, par les temps de gêne que nous traversons, ce n'est pas une bagatelle !
Chose bien singulière ! les rôles, ici, sont complètement intervertis.
Pendant qu'ailleurs, on voit les gouvernements et les municipalités venir au secours des institutions de charité et d'enseignement, ici, ce sont ces mêmes institutions qui viennent au secours du gouvernement et des municipalités, non-seulement
pour faire une besogne que ce gouvernement et cette municipalité devraient faire, mais encore pour subvenir aux dépenses de ces derniers, et surtout à celles de la municipalité.
En effet, en consultant le tableau donné plus haut, on voit que la commission des écoles vient en aide à quelques-unes de ces institutions pour un montant qui varie depuis $60, jusqu'à $840 ; une partie du fonds de la commission des écoles est souscrite par la municipalité de Québec. Mais, d'un autre côté, cette même municipalité, sous forme de taxes de l'eau, des cheminées, et autres cotisations, perçoit un très-joli montant de ces diverses institutions. Pour ne citer qu'un exemple, le Séminaire de Québec ne paie pas moins de $600 par année pour l'eau seule, ce qui, par parenthèse, est exorbitant.
Autre exemple : la commission des écoles vient en aide à la Congrégation de Notre-Dame, pour un montant égal à $100. Or, le montant payé par cette communauté à la corporation de Québec pour taxes de Veau, de voitures, de cheminées, s' élève à $93. Balance $7 !
Il est donc littéralement vrai de dire que la Corporation municipale retire d'une main ce qu'elle donne de l'autre. Dans le cas qui nous occupe, elle retire même plus qu'elle ne donne, puisque une large part des $100 octroyées par la commission des écoles est fournie par le gouvernement.
Cette manière de faire les choses démontre au moins que notre corporation municipale entend bien ses affaires. Il est facile d'être généreux à de telles conditions.
Le nombre des personnes des deux sexes qui desservent les institutions catholiques de Québec, est de 495, dont 70 prêtres et religieux, et 425 religieuses.
Les 425 religieuses font vœu de pauvreté, en entrant dans ces institutions ; les 36 Frères qui desservent les écoles de la Doctrine Chrétienne font le même vœu ; ces 461 personnes ne retirent donc absolument aucun salaire, et donnent leurs services au public gratuitement.
Les prêtres du Séminaire, appartenant au clergé séculier, ne sont pas tenus de faire le même vçeu de pauvreté : de sorte qu'ils peuvent toucher un salaire.
Ce salaire ils ne le reçoivent pas (je présume qu'on voudra
bien ne pas regarder comme un salaire la somme de $20 payée annuellement au Eecteur de l'Université-Laval, et aux 14 agrégés du Séminaire, non plus que la somme de $55 ou même de $100 perçue par les auxiliaires ou par les ecclésiastiques).
Et quelle raison empêche donc ces 34 prêtres de percevoir un salaire proportionné à leur mérite et aux services précieux qu'ils rendent ? Aucune absolument.
La seule formalité que le corps du Séminaire aurait à remplir serait de voter ce salaire ! W\ les autorités civiles, ni les autorités religieuses ne pourraient objectera une pareille démarche.
Supposons qu'il prenne envie au conseil du Séminaire de voter un salaire raisonnable à chacun de ses membres, disons $1000 par année, ce qui, assurément, ne serait pas exorbitant; alors, les 34 prêtres et ecclésiastiques de cette maison se partageraient la somme de $34,000. Cette somme que les prêtres du Séminaire pourraient si bien s'approprier, its en font présent au public ! Avec cette somme de $34,000, la corporation du Séminaire paie le salaire des professeurs laïques de l'Université, les 20 demi-pensions qu'elle a fondées pour venir en aide aux élèves pauvres de l'Université, les bourses et demi-bourses qu'elle accorde à un grand nombre de jeunes écoliers et ecclésiastiques pauvres. La balance est employée pour l'agrandissement des musées et des bibliothèques des deux institutions ; pour l'établissement de nouvelles chaires dont le besoin se fait sentir, mais que les revenus du Séminaire ne permettent pas de créer. Enfin, ce qui reste sert à combler le déficit annuel du Séminaire et de l'Université.
Tout compte réglé, nous avons donc, dans la seule ville de Québec, 495 personnes qui dévouent tout leur temps, consacrent toute leur existence au service des autres, sans aucune rémunération pour elles-mêmes !
Et ces corporations religieuses d'enseignement et de charité, où et comment se recrutent-elles ? — Elles se recrutent parmi la fine fleur de la population canadienne-française, c'est-à-dire, parmi la fine fleur de la population de toute la puissance du Canada, depuis Manitoba jusqu'à 1 Atlantique.
Par leur origine, par leur naissance, par leurs relations, ces 495 personnes appartiennent aux premières familles du Bas-
Canada français. Ces prêtres, ce sont nos frères, nos cousins ; ces religieuses, ce sont nos sœurs, nos parentes à tous les degrés.
Toutes ces choses sont si extraordinaires, que bien des protestants, même de ceux qui vivent au milieu de nous, ne veulent pas y croire. Lorsque vous entrez en conversation avec eux sur ce sujet, ou ils ne répondent pas, ou ils accueillent vos révélations avec un sourire d'incrédulité. Ils soupçonnent qu'au fond de tout cela, il y a quelque mystère; ils s'imaginent que la vie de ces prêtres et de ces religieuses offre quelques attraits inconnus.
Et, à vrai dire, ils ont raison : car l'attrait particulier que présente la vie de ces 495 personnes a son bon côté ; il se résume en ces mots : " Faire le bien de la Religion et de la Patrie sans aucune compensation humaine 1 "