LES C0RR£SP0NDAN1*S
accourus. On a tiré Tenfant de son corps ; la mère étant presque déjà morte, il n'a point vécu. Qui eût cru qu'une si jeune personne eût si promptement suivi Mme d' Albret, sa mère * ?
Voilà le Parlement aux prises avec M. l'archevêque de Reims, qui a donné une ordonnance par laquelle il excommunie tous les prêtres et les communautés de son diocèse qui n'accepteront pas la constitution, ceux de la ville de Reims huit jours après son ordonnance et ceux du reste de son diocèse trois semaines après. Le Parlement a déclaré l'excommunication nulle, cassé toutes les ordonnances que cet archevêque a faites depuis l'appel des quatre évêques. A lui de passer outre.
On ne sait encore quand le czar arrivera ici. Il est
à Dunkerque.
Rreteuil.
10 avril.
N'cavez-vous pas trouvé la mortalité furieusement répandue depuis quelque temps sur les femmes titrées : la pauvre duchesse d'Albret, sa fille Mme de Melun, Mme de Duras, Mme d'Egmoiit? Mme de Lillebonne^ et de La Trémoillc qui se meurent;
1. Dahgoau fait loniarqucr qu'elle irtourut d'un coup de sang, irayant pas été saignée pendant sa grossesse.
2. Anne de Lorraine, fille légitimée du duc Charles IV, seconde femme de François-Marie de Lorraine, comte de Lillebonne, lieutenant général. Morte seulement à quatre-vingts ans, le 19 février 1721.
DE LA MARQUISE DE BALLEROY i:,:i
Mme de Villars aUaqiaH' dans los parties les plus nimables, etc. Mme il'Egmont laisse 100 ODO livres à son beau-frère, M. de Bidache, dout le fils époiisi' Mlle de Duras. La mère signa te jour de sa mort son
istamenl el le contrat de mariage de sa fille. Le
tarie n'est qu'un enfant; mai.s on dit que le père, li est rieus et qui ne veut pas que son nom périsse,
voulu le marier à une personne toute faite et qu'il
l sûr qu'elle ne fût point stérile.
La princesse d'Epinay vouIôU faire ouvrir le côté
le sa belle-fille, pour lui tirer son enfant. GVtoit un
oyen bien sûr de s'assurer la succession mobilière.
llle est dame qui ce néglige pas ses petits intérêts.
,e lendemain de la mort de la duchesse d'Albret, elle fit saisir à Gréquy pour 19 000 livres que le due «l'Albretdevoit pour reste d'un collier dont vous avez tant ouï parler. Il nuroit pu, s'il uvoit pensé comme elle, faire mettre les scellés après la mort de Mme de Mclun : il a été assez sage pour n'en rien faire. Il lui revient 40 000 livres, de SO qu'il avoit données en
ipèces. Le mariage de son fils est rompu avec Mlle de Noaiiles. Je craignois bien que cela ne le gillÂt dans l'esprit du Régent, qui avoit fort souhaité ce mariage. Cependant, outre qu'il lui parla très gracieusement le même jour qu'il lui annoui;a la rupture, il lui donna la survivance pour son fils et prince d'Auvergne une pension de 6000 livres, dit même au duc d'Albret qu'il avoit su toutes les icules clauses du contrat de mariage que l'on lui
avoit proposé, qu'il s'étoit bien étonné qu'il ne Teût pas rompu plus tôt. Le duc d'Albret lui dit que la dernière clause qui l'avoit décidé sur la rupture étoil la proposition qu'on lui avoit faite de vendre la vicomte de Turenne ou de laisser fixer les droits qu'il pourroit lever sur les habitants.
Les cabales s'augmentent tous les jours. Le crédit de l'abbé du Bois se fortifie de plus en plus. C'est lui qui a présentement la feuilledes bénéfices. Tout le monde dit qu'il va ambassadeur à Rome. Je doute qu'il s'éloigne.
On dit que le pape est fort content de la façon dont le Régent a traité les quatre évèques appelant au concile, et on croit qu'il pourra se radoucir.
On parle d'une belle estampe de l'enterrement de très haute et très puissante dame la Chambre de justice; le deuil est mené par les deux présidents: quatre hommes considérables portent les quatre coins du poêle, le duc de Noailles sur un lion, M. des Forts sur un tigre, Bonnart sur un âne et Houille sur un cochon.
Caumartix de Saint-Ange.
:21 avril.
Mme de La Trémoille se portoit mieux hier et dîna de bon appétit ; le soir, on vint chercher son médecin : elle avoit craché du sang, jeté un gros morceau de poumon. Je vis le soir Tesculape, qui
nous dit qu'il ne croyoit pas qu'elle seroit en vie dans quinze jours.
Le duc d'Albret vint dans une maison où nous sojLipâmes ; en entrant avec un visage pâle et défait, il se laissa tomber dans un fauteuil ; après quelques instants, il nous dit qu'il venoit de passer devant les Capucines, que de tristes réflexions lui avoient percé le cœur, qu'il avoit quatre enfants enterrés là depuis peu avec leur mère, qu'il craignoit bien que le comte d'E\Teux n'y fût aussi bientôt, qu'il venoit d'être saigné pour la deuxième fois de la journée pour une grosse fièvre, qu'entouré de malheurs, comme il était, il ne pouvoit voir qu'en noir. Gela se disoit avec tant d'éloquence queje fus frappé d'admiration. Je le regardai en face, j'aperçus qu'il faisoit son petit œil. Il sortoit de table de chez la duchesse de LaFerté*, où il avoit fait le plus grand et le meilleur dîner du monde, où le prince de Talmont * et M. de Mazarin ^ avoient eu besoin des bras de leurs domestiques.
Gaumartin de BOISSY.
1. Charlotte de La Mothc, fille du maréchal duc de Cardonne, morte en 4720.
2. Frédéric, second fils de Henri de La Trémoiile, prince de Tarente, et d'Amélie de Hesse-Cassel, prince de Talmont; marié à Anne de Bullion ; mort en 4739.
3. Jacques Mancini, second flls' du duc de Nivernais ëi de Mlle de Thianges. Marié à une sœur du maréchal de Noallles» veuve du marquis de Louvois ; mort en 1759.
22 avril.
La déportation dans les isles, pour me servir du terme, ou le transport, si je veux parler le langage ordinaire, ne sont qu'un remède momentané. Un homme un peu éveillé revient quand il veut. Nous n'avons plus aujourd'hui la ressource d'enfermer dans une citadelle. Gela se faisoit sous le feu roi; mais vous savez que c'est une mison pour ne plus le faire aujourd'hui;
Basleroy prétend qu'après dîner, comme l'on louoit laconmiodité des fauteuils de la duchessede La Ferté, die dit qu'elle ne s'en servoit pas avec Colifichet. Toute la compagnie étoit dans la grande pointe, pour ne pas dire pis. Le duc de Brancas * s'étoit fait saigner le matin ; cela ne s'appelle-t-il pas bien faire ses remèdes? C'est lui qui a conté le chaste discours de la duchesse.
lJiing<»au, se trouvant une douleur fixe sur la poitrine, a cru V avoir un abcès. Mareschal et Le Dran Tout confirmé en cette idée. Jour prit pour faire Topération. Lapéronnie, qui s'y trouvoit, fut d'avis de percer simplement avec une lancette, disant qu'il étoit plus fiicile d'ouvrir que de fermer. Les deux autres traitèrent la chose de haut de leur capacité, et, ne doutant pas de sabrer, travaillèrent en grand, et
1. Le duc de Drancas, marié à sa cousine de Brancas, s'étaii sife'nalé par l'excès de son inconduKe; plus tard, il se converlit, cl nous le retrouverons à Tabbave du Hec.
liE LA MARQUISE [)E BALLEItOV 157
iretit une boniio iucisîon. Cependant ils ne trou- Tèi-eiit rien, et le grand maître de l'ordre de Sa'nil- Liuare périra pour une opération inutile '.
Quand je vous ai parlé de Mmes de Villars, c'est de la maréchale et de la duchesse dont j'ai prétendu parler. On doute fort qu'elles s'en tirent.
La uot^e de M. d'Olonoo s'est faite chez M. de Vertilly»; il n'a voulu que du rôti à son dîner, et on dit qu'il n'étoit pas abondant. Les mariés seront en pension chez lui, et il a bien signifié au Bâcha qu'il ne prétendit pas lui amener ses amis manger chez lui.
La noblesse a présenté une requête au Réjçent. Je o'ai pu encore la voir ; on dit qu'elle est bien écrite. MM. de Cbastillon de Conflaus^ et je ne sais plus qui étoieot it leur teste ". Le Régent lui a dit qu'il ne ia reconnaissoil pas pour faire corps, à moins qu'ils no fussent convoqués, et a refusé leur requête. Ils avoient préparé un autre arrangement qui l'auroit Ia.it recevoir. M. le grand prieur avoit convoqué les chevaliers (de Malte) au Temple sous je ne sais plus tjuel prétexte. Le secret n'étoit qu'entre lui et ceux
1. Celle maladie n'cmpticlin pas Dung-enu de tenir exaclemeni wn Joumnl durant U>ul ce mois, il dit seulenioni que le 41) on lui It une opéralioii irês douloureuse entre les .deux mamelles, par te conseil de Mnréclial et en jjrésence de La Peyronie cl de Le
ran, qui opéra.
9. " Elle èiail de Verlilly, maréchal de camp, qui nvoil èlê major de In gendarmerie, Torl honnête homme et officier de distinction, frère cadcl de Harlus. Cette (ille éloil i-iclie. C'ètoient de bons Jenlilahommea de Champagne. * (Salnl-.*<imon.|
3. MM. de Chi'ilillon, Hc Ilieux, de Laval, de Pons, de Bauffrencnt et lie Clermont.
foe je wm ai nooniéBi le praner préadênt et le bttffi de Mesme. Le panvie htSBi^ peo looootamé à gtfdér le secret de aon imheffliido Moelte, a haVar^ de la féritable caitte de la eoBfocatioii. LeRi^t, «larlî^ a défendu aux lèemBerade s^asaeiiiUer, mojeDoant qaoi ces moBsieui» ^ foukneirt requérir la aanctioD de rwdre nHûne, qui fidsoft mi lArilaUe emfê^ cmt él6 dbfigéi de manârar de knr dM^ et. De leur voyait m dinieau, m haamère, m aaeuiie Buurque de la ph» an^ eonfraim, en a'a pu fmda les recoooattre eoaune lepiésenlints K
On £t qpiele dernier Wflb fue MIL de la Cbamlm de justice avoieirt dédÉrémvmr tfip#llo n'aura pek^ lieu. M. le lAumcetier s*y est i^posé^ disant ^1 éloit contre toutes awtes de kiiietde bcume foi de fiûreparattre un rôle loraqm les conmtesaires de la Chambre n'avoient plus de fonctions et qu'ils étoient supprimés par un édit. Ce beau rôle montoit cependant à 80 millions à ce que l'on dit.
Le chancelier examine tout et ne signe plus les arrêts des finances même qu'après les avoû* bien examinés. Le public lui en doit bon gré. Il n'a\ilira pas sa place, et je crois que le conseil ne tombera pas avec lui, comme il étoit menacé de cheoir sur son prédécesseur.
Caumartin de Boissy.
i. Manœuvre provoquée par la duchesse du Maine pour attaquer les prétentions des ducs.
27 avril.
Si j'avois gardé ma charge jusqu'à aujourd'hui, j'aurois royalement fini ma carrière, car les roys et les empereurs vont pleuvoir en notre cour. Celui de Prusse y arrive dans cinq ou six jours. Le czar dans quinze environ, et, si le roi de Portugal n'étoit point tombé malade, son dessein étoit d'y venir aussi. On prépare pour le czar l'appartement de la reine mère au vieux Louvre, et on en a osté les conseillers qu'on y avoit mis depuis la Régence.
On parle d'une infinité de mariages. Celui du comte de Bonneval avec Mlle de Biron fut signé hier *; il partira d'abord pour la Hongrie après l'avoir épousée et la laissera à Paris. Le marquis d'Harcourt épouse Mlle de Louvois ', cadette de feu la duchesse d'Olonne. M. de Goussainville épouse Mlle de Preste ', sa cousine germaine. M. de Bertonvilliers a épousé la nuit passée Mlle de Cornillon \ qui a eu 600 000 Uvres : elle est fille d'un président de Provence. Le prince de Bombes est parti
4. Claude, flis puîné du marquis de Bonneval et de Mlle Mouoeaux, si connu sous le nom de Pacha ; sa femme était fllle du comte, depuis duc de Biron, maréchal de France; mort sans hoir en 4741.
2. François, duc d'Harcourt en 1749, maréchal de France, mort en 1750; veuf en 4716 après trois mois de mariage de Mlle de Villeroy, il se remaria avec une fille du marquis de Barbesieux.
3. Fils du premier président de ISicolaï, le marquis de Goussainville se maria seulement en 4733 avec Madeline de Vintimillc, lille du marquis du Luc.
i. Colonel de Royal-Dauphin, flIs d'un Président au parlement.
ce matin pour la Hongprie. Je pars demain pour la
Touraine.
Breteuu..
28 avril.
Le maréchal d*Uielles donne tout son bien au chevalier de Beringhen qu'on appellera ^ marquis d'Lxelles et qui épouse Mlle de Mesme.
La duchesse de Luvnes est accouchée d'un fils.
On dit que le duc d'Albret épouse Mlle de Gulant' et que le prince de Bouillon, son fils, épouse Mlle du Maine '.
Le président Daligre marie son fils aîné avec une demoiselle d'Driéans qui a 600 000 écus de bien *.
On a réformé quatorze fermiers généraux, savoir MM. Menson,Rancy,Ghartraire, d'Averbi,Romanet, Caiitobrt\ Le Riche, du Tmnchot, du Puis d'Elpècho.
I. il : -«.irvi:!;»'. man]ui> de Borinsrhen ol (i'IluAoIIo-. poiil-lil> • iu pr\*iîî. : ^^ :\»Td'i n>i ei de la s»vur du ïnartvlial: mon en ITT'» <a' -i iv>:'^r'f^ .ir» '^^^phie •i'Hautefari.
-2. Remare [Tv^mpiemeru a\tv Mlle de Culant, malgré la rési>iv» e «ie \.\ r'jm:.!e de Lo«voi>, mais s<.»uienu par le prince (ie *'•' u 01 ^\ir le Rr'ir^Mii. Mlle de Culanl était lille de Barbesieux et de Mi'e d Al u'iw iré> nohe ei orpheline. La cour fui excessÎM*nuv'i v^vi;j»^v de ^viie atTaire. dans laquelle chacun prit parti piuir «»'.i contre. lVu\ lMn> .)yani été publiés à Saint-Sulpice, la famille \:v.i s<* p'auidri^ ohez le cuK\ qui ré|H>ndii en montrant un onire évTii du RejiMU. Le mariage eut lieu la nuit, et Tabbé «ie Louvoi> avC'>urut i\»rmer une dernière op^vsiiion: le prince de Conli s'y irvniva et lai exhiba un non vol oiiire du duc d'Orléans.
;^. Mlle du Maine mourut le lv>aoùi ITi:^, sansalhance, à trentequatre ans.
l. M. d'Alli^'re ne s<^ maria «lu'en 17^, à Mlle Ourey.
Boulogne, Garquot, Terreris et Pellard. On n'en remplace que quatre : MM. Duchy, Le Normand, Bonneval et un autre.
Le chevalier de Bellefontaine commandera toute la flotte chrétienne et portera Tétendart de l'Église *. On lui donne la commanderie du Piéton, et le grand maître lui remet les deux années de jouissance.
2 mai.
Le comte de Gharolois, étant à la chasse à Chantilly, s'est échappé avec un gentilhomme % un valet de chambre et cent pistoles. Il a gagné la Flandre pour passer en Hongrie, et il ne manquera pas d'argent. Le duc d'Orléans est fort en colère qu'il soit parti sans sa permission.
Le Pape a écrit au duc d'Orléans une lettre pleine de louanges et une autre au cardinal de Noailles pleine d'espérances qu'il reconnaîtra enfin la vérité.
Le prince de Gonti, étant allé au conseil de guerre qui se tenoit chez le maréchal de Villars, vit autour de la table deux fauteuils et le reste de sièges à dos ; il dit tout haut aux valets de chambre d'apporter des fauteuils pour tout le monde, afin qu'on fût à son aise et qu'on dît mieux son avis.
i. Bailli de l'ordre de Malte et lieutenant général des armées navales du roi.
2. M. de Billy, gentilhomme de M. le Duc. Le prince fut admirablement reçu en Bavière, mais TEmpereur ne voulut pas le voir n se distingua brillamment à la bataille de Belgrade.
La duchesse de fierry a fait vendre tous ses cheTaux de chasse, ne voulant plus y aller, et a donné tous les habits qu'elle avoit pour cela. Le marquis de La Rochefoucauld, piqué qu'elle lui eût arraché un tour de cheveux qu'il porte, n'a pas retourné à la Muette depuis quatre jours. La noblesse continue à faire signer autant qu'elle peut des résolutions qu'elle a prises contre les ducs et pairs.
La duchesse d'Humières >, étant entrée dans une chapelle où étoit Mlle de Gharolois, voulut se mettre sur le prie-Dieu de la princesse, à côté d'elle, qui ne le voulut pas souffrir.
On dit toujours que l'affaire des princes légitimés sera réglée dans huit à dix jours.
M. le Duc a refusé de faire aucune satisfaction à Mme la princesse de Gonti douairière sur une insulte faite à Chantilly à un de ses gens.
Los docteurs de Sorbonne ont refusé la permission (juc le Régent leur avoit donnée de s'assembler ii l'ordinaire à leur Prima mcjisw^ à condition qu'ils ne parleroient que de leur discipline particulière sans se mêler de la constitution, de sorte que toutes les études de Sorbonne sont suspendues.
10 mai.
Le czar a trouvé le Louvre trop magniGque et a mieux aimé Thôtel Lesdiguières * ; il n'a pas mémo