‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 87 sur 90 · Lieutenant général · texte numérisé non relu

Lieutenant général

avoit couché Porto Garrero, et, comme M. Porto

Carrero vit entrer des archers qui arrêtoient cet

homme, il prit sa culotte dans laquelle étoit ce paquet, et voulut le mettre entre ses matelas : ce qu'ayant remarqué ces archers, ils s'en saisirent, et, ayant trouvé ce paquet sans inscription, ils dédiirèrent la première enveloppe, et à celle du dessous ils virent : « A Son Ëminence Monseigneur le Cardinal. » Hs envoyèrent un exprès avec ce paquet à M. le Régent. Porto Carrero et Montéléon dépêchèrent un courrier à l'ambassadeur pour Tinâtruire de ce qui venoit d'arriver, et l'on prétend que cet exprès arriva huit heures avant l'autre, ce qui a donné lieu à l'ambassadeur de ne laisser chez lui que ce qu'il a voulu. M. l'abbé du Bois et M. Le Blanc allèrent ch^ lui avec 40 mousquetaires qi|i le gardèrent pendant trois jours, et, après avoir mis les scellés sur ses papiers, on Ta fait partir accompagné d'un ordinaire et deux officiers de cavalerie pour le mener sur la frontière. On parle diversement de cette affaire, et la grande quantité de gens de qualité et d'officiers qui y sont fait croire qu'elle n'auroit pas de suite. Lorsqu'il en parla au conseil de régence, le Régent dit qu'il avoit la liste de tous ceux qui y avoient part et ne la voulut montrer, disant qu'il vouloit laisser le temps de se repentir, et qu'à la tête il y avoit des gens qu'il avoit comblés de biens. On dit que le roi d'Espagne devoit venir sur la frontière avec 6000 hommes et que la noblesse de Guyenne et de Poitou

devoit le joindre et demander l'assemblée des Etats aussi bien que les parlements.

Les ambassadeurs de l'Empereur et du roi d'Angleterre se plaignirent fort de la manière dont on en usoit avec l'ambassadeur d'Espagne, disant que c'étoit violer le droit des gens. M. l'abbé du Bois leur avoit écrit une lettre de la part du Roi en les instruisant de quoi il s'agissoit. Sa lettre n'a pas été trop bien reçue du public.

L'autre affaire est la banque de Lass, que l'on veut rendre banque royale ; l'édit a été envoyé au Parlement ; on a nommé quatorze de ces messieurs pour l'examiner, et après l'examen l'édit a été refusé. 11 y en avoit vingt-deux ou vingt-trois qui étoient d'avis de remontrance et cent étant de ne point l'enregistrer. Le Régent, il y a trois jours, manda les gens du Roi pour leur dire qu'il enverroit une lettre de jussion. Ils répondirent que le Parlement n'y aurqit nul égard. Il en a voulu parler au conseil de régence; on lui a répondu que cette affaire méritoit de sérieuses réflexions. On disoit que M. d'Antin en seroit directeur.

Mme la duchesse d'Orléans a été assez mal, elle a été saignée trois fois des deux pieds ; elle se porte beaucoup mieux.

On avoit dit que le premier président se défaisoit, mais il n'y a pas d'apparence ; les uns disoient que ce seroit le garde des sceaux, d'autres le président de Verthamon : on disoit que l'on donnoit au pre-

JM LES CORRESPONDANTS

mier présidenl SnO 000 livres et 25 000 livres Av pension. I,e Régent n donné HOOO livres ii M. de Verthanion; on disoit i|Uo c'êtoit pour qu'il se défit iIp su eiiiu'ge, (]ue l'on disoit que M. Le Blanc achctoit; niais lu Chambre des comptes n'a pas voulu enregistrer sa pension, pas plus que les lettres de naturalité que M. Lass a obtenues qu'après qu'il aura justifié avoir acquitté les cent millions de hdlets d'État th Mississipl.

Miiic de Dangeau a aussi obtenu des lettres d* j iialunililé, et la Chambre les a enregistrées et rayé la qualité de marquis il M. de Dangeau, parce que <',etle terre u'étoit pas érigée en marquisat '.

On dit que le Régent a renforcé ta force chez lui.

On écrit des Iles d'Hyères que le président de Blaniuiit y est malade et qu'U n'a pu obtenir lu pormission de se faire transporter à Marseille pour y consulter plus commodément son médecin.

Le duc du Maine a loué 12 000 livres l'aiicieii hiitel de Colbert, on demeuroit le prince de Cellamare, jusqu'à ce que l'hôtel qu'il a acheté de la princesse de Conti soit achevé.

On arrête tous les joui-s des officiers et autres gens ^[ui ont été en relation avec le prince de Cellaman', Celui-ci a trouvé en chemin en allant k Blois un courrier d'Espagne qui lui apportoit l'ordre d'aller ■en Hollande attendre ses ordres.

I . Fille (lu comlf tie Bavière-Loe\vciisleiri-Wcr(lieim-Uo<-liofor(-

30 décembre.

Les politiques prétendent qu'un valet de chambre de M. le marquis de Montéléon et un de l'abbé Porto Garrero, voyant leurs maîtres arrêtés à Poitiers, l'un s'est rendu à toute bride à Madrid pour en informer le roi, et l'autre valet de chambre s'est rendu à Paris avec tant de diligence que l'ambassadeur d'Espagne a eu quatorze heures pour détourner et brûler tous les papiers qu'il a voulu avant son arrestation.

Il parolt en 29 pages un mandement de l'évêque de Laon pour la publication de l'appel qu'il a interjeté au futur concile. M. de Tilladet , évéque de Maçon, a fait la même chose.

On va renouveler l'alliance avec les Suisses. Il va bientôt arriver à Paris trois ambassadeurs de chacun des treize cantons.

M. le Régcfnt a donné une médaille à M. Arouet en récompense de sa belle tragédie A' Œdipe *.

La nuit du 28 au 29, M. le Duc et Mme la Duchesse du Maine furent arrêtés; on a arrêté plusieurs autres personnes.

Le cardinal de Polignac est exilé à son abbaye des Trois-Clochers. Tout cela fait grand bruit dans Paris.

i. Cette médaille en or, commandée exprès à Launay, porlait d'un côté la tête du Roi et de l'autre celle du Régent; elle coûta 07 livres 10 sous.

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