I. La place se rendit le
cinq dans un coin, et on y mit un garde suisse pour empêcher que la foule ne leur fit du mal, leur supposant encore de la vie; mais la précaution étoit inutile, car il n'en revint aucune ; il y eut aussi ud homme qui eut les jambes cassées. Il arriva aussi une espèce de petit accident à MM. de Latilly et d'Argouges en revenant de là. Ils se trouvèrent dans un embarras ; ils proposèrent bien honnêtement à un cocher de remise de reculer un pas pour faire cesser Fenibarras ; il leur répondit d'un coup de fouet par le nez, accompagné de beaucoup d'injures. M. de Latilly descendit de carrosse et chargea le cocher de quelques coups de plat d'épée; M. d'Argouges suivit et le chargea de coups de canne ; le cocher descendit. Mme d'Argouges, qui étoit dans le carrosse, cria aux gens de ces messieurs d'aller à eux: ils y allèrent aussitôt, mais ils étoient tellement ivres que ce fut pour sauter à la cravate de chacun de leurs maîtres et leur donner des coups de poing tous de leur mieux. Ils ripostèrent, M. d'Argouges à coups de canne et M. de Latilly à coups de moitié de son épée, car il Favoit rompue sur le cocher. Ainsi le combat tourna des maîtres aux valets et se termina au désavantage de ces derniers. A tout cela, il n'eu coûta à M. de Latilly que la moitié de son épée et sa perruque, qui étoit tombée daus h bagarre.
Balleroy.
Paris, 1er septembre 17l',i.
La perte que nous avons faite de ma pauvre sœur
m'a mis un poids sur le cœur qui ne peut se fondre. Vous comprenez bien queoc aeseroil pas l'arrêt du 27 un mois dernier qui nie procurerait quelque soulagement '. Nous ne savons plus sur rien au monde i quoi nous en sommes, J'étais prêt ii toucher mon remboursement . j'avois mon arrêt. L'argent n'a alus de valeur; nous ne savons plus ce que nous en ■ouvons faire. Les constitutions de rentes devien Qt de jour eu joui- plus mauvaises. Bien heureux i a des terres comme vous, bien malheureux qui tomme moi n'en a point. Ou m'a forcé de remettre partager une bonne petite terre qui rapportoit uelque revenu pour en prendre une qui ne rapporte qu'en idée. Elle devient cependant l'effet le plus réel qui puisse fonder du pain pour mes enfants. Mais vous savez combien peu je suis certain Or nies biens paternels. D'acheter aujourd'hui des terres, c'est un projet que nul homme sage ne peut ; résoudre de faire. Il faut en donner le denier 40 t plus vilaines, qui ne sont point bâties, et ce de- >r 40 se trouve réellement le denier 30. Le veneur fait des parties d'apothicaire sur l'état de son
I, ArrêC «uptuH h proposition de h kiiiijue de Law, itui se
'.. ("l'inr u'-'-uit-.iIc ptnir 'i-2 niillirjii- .tu Mihi de 48, avec ■i fa IMO million* h Bol i>t BO/0 pour rembourser la ville et i les rfoHn du Roi.
revenu; l'acheteur, qui veut absolument quelque fonds, saisit toutes sortes de chimères, les adopte comme article de foi et donne tout ce qu'on lui demande. On me dit de toutes parts : Mariez votre fils. Je réponds à cela : À quoi me servirait de le marier? Que lui donner? De l'argent; qu'en fera-t-il? Vous aviez il y a quelque temps moins de bien que moi. Je vous en crois aujourd'hui le double. Si vous vouliez vendre demain Balleroy, vous en auriez plus d'un bon million. Il n'y a que ceux qui ont mis au Mississipi de véritablement riches : tel a deux ou trois millions de bien aujourd'hui qui n'avoit rien il y a deux ans. Si je trouve demain matin une fille pour mon fils qui eût trente mille livres de rentes en fonds de terre et qui ne dût que quatre cent mille livres, je la prendrai avec la plus grande joie du monde et la préférerai à un parti de deux cent mille écus. Gela vous parait bizarre ; mais qui sait compter conviendra de la préférence.
On parle beaucoup du mariage du duc d'Àlbret avec Mlle de Gordes ! ; je crois même qu'il se fera. Mais ce ne sera qu'après la mort de M. de Bouillon, car il a besoin du secours de la garde-robe de son dernier fils, jusqu'à ce que les biens de sa maison
4. Anna-Christine, fille unique de François de Simiane, comte de Mouches, et d'Anne-Thérèse de Simiane, fille unique du marquis de Gordes. Le mariage fut d'abord rompu, puis eut lieu k 26 mai 1720; le duc de Bouillon était déjà deux fois veuf.
lui reviennent. Mlle do Gonles aura tu jour de très grands biens; mais pour cela il tant attendre la Mort de sa mère et de son oncle; en attendant, elle n'a rien.
Le duc de Richelieu a ordre de se retirer à Richelieu ; on lui a permis, en sortant de la Bastille, de rester quelques jours chez le cardinal de Noailles, à Conflans.
Caimartin de Boissy.
Paris, 6 septembre 1719.
On parle de supprimer tous les impôts et de les réduire à un seul, qui produira, dit-on, autant que tous les autres ensemble. C'est de lever 4 d. par Jivre de pain. Beaucoup de gens sensés approuvent .beaucoup cette idée; d'autres disent qu'elle est injuste, en ce que le pauvre payeroit autant que le riche; mais cette objection n'est pas bonne, car le riche en fait manger à trente personnes et le pauvre n'a que lui à nourrir. Je ne sais ce qu'il en sera, mais on en parle beaucoup. 11 est certain qu'il y a encore beaucoup de changements en l'air. Balleroy.
Il septembre 1719.
Il court d'assez mauvais bruits sur le compte de M. le garde des sceaux, qui sont que le
s'est un peu refroidi à son égard, sur des remontrances trop vives qu'il lui fait sur le nouvel arrangement.
On dit que M. Le Blanc a enfin obtenu un brevet de colonel de dragons pour son gendre, avec permission de lever un régiment ; de cette manière, cela fait un régiment de plus et ne fait de tort à personne. On dit aussi que M. Le Blanc a bien branlé au manche ces jours-ci par des manèges de M. de Broglie, qui est son ennemi déclaré et qui cherche à le perdre dans l'esprit du Régent par toutes sortes de moyens.
On ne savoit qui étoit si libéral d'acheter la tour d'Ancenis, affermée dix-huit mille livres, pour un million. Gela est déclaré : c'est Lass. On dit qu'il en achète une autre en Picardie, nommée H al vin, qui vaut trente-deux mille livres de rentes , pour un million trois cent mille livres.
Nonobstant le nouvel arrangement, l'argent n'est pas aussi commun qu'il semble qu'il devroit être, et les constitutions sont encore au denier 24 ou 25. La raison de cela est qu'il y a encore apparemment des gens qui espèrent quelque changement. Mais, quand on verra qu'il n'y en a point et que chacun sera remboursé de sa rente sur la ville ou sur autre créance sur le roi, ce sera alors que l'argent sera à bon marché et les fonds bien chers. Je me fie toujours que le prix des maisons se soutiendra; on dit qu'on a toisé la nuit toutes les rues de Paris; on
est persuadé que l'on peut y mettre un impôt par toise.
BlLLEROlT.
90 nptembre 1719,
Je ae tous écrivis pas par l'ordinaire de lundi, ma chiure amie; c'était le jour du mariage de M . de Guitaud, et il me vint prendre plus tôt que je M pensois1. La noce et le mariage se sont faits à Autt'uil dans la maison de M. de Fontaine, qui l'avoil prêtée à M. de Lusse, qui éloil le véritable amphitryon*. 11 n'y avoît du coté de la famille que messieurs vos huis frères, avec M. de Boissy le fils et moi; du côté de la mariée, M. de Lusse grand-père, le bonhomme M. de Somery \ M. et Mme de Somery mère *, la comtesse de Chamillard5, M. deBuissy-;j'oul>lioisde notre côté d'Argenson l'aîné ; enfin, y compris le curé et le vicaire, qui se prièrent du dîner, nous
1 . Louis île Pechpeyrou de Commtnges, comte de Ouitaut, maréchal de camp, i'pous;t [>• \'i Madeleine de Chrimilbri, Mlle du comte de Vilette, président en la chambre des comptes, et de Madeleine de Lusse. Il était Dis de Mlle de Verthamotit, seconde femme du comte de Gultaut, premier gentilhomme de M. le Prince.
-2. La future était lllle de M. de Lucé, receveur général à lior-
0BMS.
S, I. ii .(in" de Johanne de La Carre, marquis de Saumci'y, capitaine de (Jhainbord, sous-gnuverneur des dues de Bourgogne, d'Anjou ■'! de Bcrry.
; .l.'.i Hapiisrp, snn NK maréchal df camp, so us- gouverne util ii li.ii ! bb I7SB, ayanl épousé Mlle de Lucé, lllle du recerevr
9: de CtaamtHaH de Vllette. i ;■ Rnboore, mariée en KM] nu ministre. : île Thiard, comte de Boissy.
n'étions que vingt; nous y dinâmes et y soupàmes, le tout assez sérieusement. Boissy gagna près de 50 pistoles d'un brelan qui se fit et une bonne indigestion à souper, dont il fut malade toute la nuit.
J'eus hier un véritable chagrin. Mme d'Àrgouges1 m'avoit prié à dtner; elle me conta qu'elle venoit de recevoir la valeur de tous ses billets, avec les intérêts à 1/2 pour 100 de remise qu'elle a voit faite pour accélérer les choses. Je la louai infiniment sur son empressement à tirer son épingle du jeu; mais ensuite elle me dit qu'elle alloit tout mettre au Mississipi. Son pauvre mari eut beau lui dire que cétoit sortant de la gueule d'un loup se jeter en celle d'un tigre ; je n'ai pas à me reprocher de ne pas lui avoir dit ce que j'entends tous les jours contre cela. Hk ne peut résister à l'idée des grands profits que Lassa fait faire à quelques gens qu'il a cru qu'ils pouvoient lui être bons à quelque chose; et à peine eut-elle dîné qu'elle monta en carrosse pour aller chercher le moyen de donner son argent. Vous jugez par ce discours que je ne suis pointd'avis que nous y missions.
Je vous dirai que je ne connais pas de père de famille sage qui s'y soit fourré.
M. de Marillac est enterré *. Par là, il n'y a plus
1 . Françoise Le Pelletier, mariée en 1677 à Jean-Pierre d'Argouges, marquis d'Archères, conseiller d'Etat; morte en 1745; elle eut un fils lieutenant civil au Chàtelet et un autre lieutenant général.
2. Il était doyen du conseil ; successivement conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant de province. Il avait épousé Mlle Bochart de Sarron.
DE LA MARQUISE DE BALLEROi 77
ue M. Pelletier avant M. de Gaumartin. Sa place
• conseiller d'État a été donnée à M. Ferrand ,
Battre des requêtes, et celle de conseiller d'honneur
au Parlement à M. Méliand, oncle de notre neveu.
Balleroy.
28 septembre 1719.
Il y a des commissaires nommés pour la Bretagne pour y tenir les grands jours ; cette nouvelle est fraîche. Je ne sais que le nom du procureur général, qui est M. de Vatau, maître des requêtes '.
On dit que l'on va casser le concordat pour s'en tenir à la pragmatique sanction; que le Roi devient l'abbé de son royaume, qu'il jouira du revenu de l'Église, que les archevêques auront 30, les évoques 20 et les abbés 10 000 livres de rente; que les religieux riches, comme les bénédictins, chartreux et aulres, seront réduits à tant par mois, qu'à cause des infirmités on mettra la portion congrue à 500 livres. Je consens que cet on-dit no soit pas exécuté, mais c'est un on-dit. Je passe du sérieux au comique.
Il y a trois ou quatre jours que le due d'Areoiberg pria deux Allemands à souper. Ilssoupèrent en gens de leur pays, c'est-à-dire qu'ils burent beaucoup.
1. Président, M. de Clialeauneuf, conseiller d'Étal; lu comnission complaît neuf maîtres des requêtes, le procureur général •l quatre conseillers au Cliûtelet comme subslîtuts.
Us sortirent de table au jour et assez gais pour que l'enterrement du vieux M. Nigol ne les attristât point. Un pnMre gardoit le corps sous la porte ; ils lui présentent une bouteille de vin, mettant leurs verres sur la bière et l'invitant à boire avec eux. Le prêtre n'osa boire, quoi que les Allemands pussent faire pour l'exciter en chantant toutes sortes de belles chansons au lieu de De profundis. Enfin les prêtres arrivèrent pour le porter en terre ; ils accompagnèrent le convoi jusqu'à la paroisse, toujours chautanl alléluia, se rangeant dans l'église à côté des chaisiers et se promenant avec eux criant à tue-tête alléluia. Gela fit un très grand scandale. Bienheureui pour eux de s'y être pris si matin. Enfin un prêtre leur baragouina en latin que ce seroit peut-être leur tour le lendemain; ils en rirent et s'en allèrent.
Gourcillon *, Surville1 et Louvois * sont morts dt la petite vérole ; leurs régiments ont été donnés i MM. de Béthune, de Guitaut et de Surville le frère. M. de Crussol * en est fort mal, et Mme de Vilgenoux en est morte s ; Mlle de Glermont s'en porte bien et est assez bonne de ne pas se consoler de l'avoir
i. Fils du marquis de Dangeau.