‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 20 sur 79 · GS LES CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

GS LES CORRESPONDANTS

3 juin.

Lisez bas. L'affaire pour laquelle le mare de Matignon m'avoit demandé étoit pour aller lui chez M. le Garde des sceaux lui parler de Féva "de Mme de Gacé : ce qui fut tout nouveau pour H est question d'avoir une lettre de caehet poi renfermer et ensuite la trouver. Il y a huit j qu'elle disparut; après un jour ou deux, elle chez son frère, qui la mit chez son homme d'affie où elle fut deux jours, et, voyant que son frèi prèchoit toujours pour aller dans un couvent s'est encore échappée de là. M. le Garde des se nous a fait espérer hier la lettre de cachet, et le tenant de police a déjà mis ses mouches en ca gne; si elle est encore à Paris, cela sera bientôt

Lass reprend vigueur, cessaut pourtant ton d'être contrôleur général. M. le Régent vient faire conseiller d'Etat d'épée et lui laisse la dira de la Banque. Tout le monde est persuadé qu'il y encore bien des changements incessamment à cela. Dans ce moment, j'apprends de lieu sûr qui a pas un mot de vrai dans tout ce que je viens de mander sur Lass. Cela étoit pourtant unanimei vrai hier ; les variations sont à la mode cette an

J,a lettre de cachet sur laquelle M. le Régent i paru balancer est accordée. Il n'y a plus qu'à agir le lieutenant de police.

Ballkroy.

DE LA MARQUISE DE BALLER0Y 16r>

ft juin.

Vous savez toutes les nouvelles si vous savez la nomination de l'abbé du Bois à l'archevêché de Cambrai. Une dispute mue entre un sien laquais et un de l'archevêque de Reims est fort plaisante. Les domestiques gardent assez entre eux les rangs de leurs maîtres : ils disputaient de la prééminence, des prérogatives. Le laquais de l'archevêque de Reims disoit : ce Tu es un plaisant faquin ; ton maître n'est qu'un archevêque, le mien est archevêque et duc et pair, et de plus sacre les rois. — Beau privilège ! en cinquante ans un archevêque de Reims sacre un roi, et l'archevêque de Cambrai, mon maître, sacre Dieu tous les jours. »

Vous ne savez peut-être pas la façon dont il a été nommé. M. le Régent, soupant avec une demidouzaine de ses roués, dit : « J'ai nommé à l'archevêché de Cambray ; je ne crois pas que Dieu m'en sache beaucoup de gré, car j'ai nommé le plus grand coquin, le plus grand athée, le plus grand scélérat et le plus mauvais prêtre qu'il y ait au monde. » L'abbé du Bois, sans attendre qu'on le nommât, se leva et alla baiser la main du Régent et le remercia.

ClIEVALIEK DE Lv Coi T..

S juin,

Nous n'avons pas de nouvelles de la dame qui a disparu. On m'en a parlé un peu tard, et les voies se sont refroidies.

Lass est rentré au Conseil et n'a plus de gardes. 11 n'y aura plus incessamment de billets dans le commerce que ceux de 100 livres et de 10 livres. Tous les autres seront mis à l'hôtel de ville en rente 1 .

Balleroy.

10 juin.

Que vous dire de la situation présente, madame ? Ne fournit-elle pas assez d'événements pour amuser dans la campagne? La scène change à chaque instant. Jamais je n'ai vu la roue de la fortune tourner avec tant de rapidité.

Il courait hier de mauvais bruits sur M. Le Blanc. Jamais rien n'a été si mal fondé. Il est à merveille avec M. Lass, qu'il soutiendra de son mieux, comme vous pensez bien.

Pour M. le Garde des sceaux, il reste à Paris et se retire dans le logement de son frère en attendant que son nouveau bâtiment soit tout à fait en état. Tout le monde approuve fort une retraite pareille, près d'une église et d'un couvent de saiutes filles, dans un bon air, en état de vaquer aux exercices de piété;

1. On mil un million de billets en rente sur la ville ù 2 1/2.

«que peut-on mieux faire que de mettre un espace cmtre la vie et la mort et de se retirer pour songer à son salut? Ne croyez-vous voir la retraite du rat dans son fromage de Hollande? Son fils garde toujours sa place de lieutenant de police; le père le conduira, et vous verrez incessamment le public honorer sa retraite du titre de vertu la plus éclatante, n'ayant pas voulu se soumettre à ce qu'il croyoit pouvoir être à charge au public. Il y a pourtant des gens assez impertinents pour prétendre qu'il ne Ta fait que par humeur et par piquerie contre Lass, tant il est vrai qu'on veut trouver à redire à ce que font les gens de bien *.

Lorsque les commissaires allèrent à la Banque, Fagon, avec son humeur critique, voulut trouver à redire à tout et se gâta. Des Forts admira l'ordre surprenant et comprit tout en un clin d'œil ; La Houssaye, plus pesant que lui et cependant plus sage que Fagon, admira la perspicacité de des Forts et avoua qu'il lui faudroit plus de temps. On prétend qu'on lui a offert les finances, aussi bien qu'à M. Amelot, mais qu'ils se sont défendus tous deux

4. D'Argenson avait joué une grosse partie, et il se montra beau perdcur. Jaloux de Law, auquel il avait dû abandonner les finances, il passe pour avoir provoqué l'arrêt du 22 mai, qui causa une si profonde perturbation. Law devint un bouc émissaire; mais d'Argenson se tint habilement en dehors, sans paraître rien vouloir recueillir. L'émotion populaire émut le Régent, qui consentit à revoir Law et presque aussitôt révoqua le fameux arrêt. Le Régent, perçant les menées de d'Argenson, écouta ses adversaires et lui fit redemander les sceaux, qui furent rendus au chancelier, rappelé immédiatement.

sur leur peu de lumière. Dans cette situation, la dictature des finances a été déférée à des Forts et le consulat à MM. d'Ormessou et de Gaumont.

Le Chancelier est de retour, désiré par le public et estimé de tout le monde. Le Régent Ta reçu avec toutes les marques d'amitié imaginables.

On vient d'enregistrer au Parlement l'édit qui recrée des nouvelles rentes sur Thôlel de ville au denier 40. Vous verrez qu'on se battra.

15 juin 17-20.

Bieuheureux qui aujourd'hui a des terres, car, pour nous pauvres malheureux, nous ne savons de quel bois nous ferons flèche dans quelque temps, malgré nos richesses imaginaires ; nous nous regardons comme suspendus en l'air à un fil qui peut aisément rompre.

Je crois que le petit lieutenant de police tiendra dans sa place. Les ennemis mêmes de son père disent du bien de lui. La maison du faubourg parait très étonnante à tout le monde f ; on trouve que c'est trop se mettre au-dessus des discours du public, qui de son côté s'en venge cruellement. Il faut, lorsque Ton perd les grandes places, du moins se conserver l'estime. Si Ton n'a pu la mériter pendant que l'on a été sur le pinacle, il faut au moins tâcher que le

1. Le prieuré du Traisncl, où M. d'Argenson s'était retiré. (Voir tome I, Introduction, page lvi.)

DE LA MAllotHSE f>E MLtEftOY 173

malheur l'attire, lorsque l'on eu sert; mais de ne pas cbercbef eu moins dans ce temps-là à la mériter, c'est ce ijiii parait extravagant. Il court tous les jours sur lui des bruits différents. Aujourd'hui, on le dit chassé dans ses terres; hier, oa le cbaoit rappelé au oonseflde Kégence. De vous faire son horoscope, t'esi ce que je ne puis ; si j'avois à parier, je crois qu'il remontera, car aujourd'hui la vicissitude est grande.

On ne paye pas à la Banque et l'on ne payera pas. Voua pouvez juger du prix des deniers1.

Les affaires île l'Église ne sont point dans i

situation plus tranquille : jamais les deux parties n'ont été plus aigres les unes contre les autres.

Les biens de la terre paroissuient une ressource dans les calamités publiques, mais les pluies eonlinuelles nous en t'ont presque désespérer.

Gu Hwnn de Boissy.

.N'y auroit-il pas moyen d'adoucir la dépense de nuire maison ? Ce que vous me mandez pour le roli me paroit impossible. Il n'y a personne qui ne se retranche a présent.

i »n n'est pas plus avancé que le premier jour en e qui regarde Mme de Gacé ; elle a un frère qui est

I . Le 1 i, un tfiil i.dk'lié aux portes de la Banque qu'aucun paye-

i n'aiii'iiil lieu avanl que la commission 'lu mineil eût achevé

■s fértflctllons, .' sinri <loni];i le omis farce aux billels. Les

liniis iliins celle journée baissèrent île M00 livres.

un indigne homme ! ; il est probablement de concert avec elle.

11 court de bons bruits sur le compte de M. d'Argenson comme vice-chancelier ou je ne sais pas quoi.

Balleroy 5.

23 juin.

Je commence par vous expliquer, ma chère amie, ce qui regarde M. d'Argenson, et pourquoi il contresigne encore. C'est qu'il a des lettres d'honoraires pour jouir toujours des mêmes honneurs et privilèges qu'il jouissoit, et, de peur d'y oublier quelque chose, on a copié celles que Louis XIV avoit données a M. de Pontchartrain, qu'il avoit envie de bien traiter, de sorte que si M. d'Aguesseau se retiroit, ce que quelques gens croient qui pourroit bien arriver, M. d'Argenson n'auroit pas besoin de nouvelles

1. Anne-Marie de Rousselet était fille du maréchal de Chùteaurenaud et avait épousé en 1710 le comte de Gacé, lieutenant général. Elle mourut sans postérité en 175Ji.

2. Dans une lettre du 17, il annonce la mort de M. de Choisy : « Nous voilà donc soulagé de mille écus de renies. Il me semble convenable que nous lui fassions faire un service. * M. de Balleroy remettait toujours son départ, tout en prolestant de son vif désir de rentrer en Normandie; mais il trouvait toujours quelque chose à faire. « Je ne vous dirai pas de nouvelles de M. de La Cour, écrit Boissy le 19; nous ne le voyons plus. De temps en temps, il nous apparaît en habit et perruque négligés, comme s'il alloit partir par le coche normand. » M. de Boissy, dans celle lettre, s'étend longuement sur l'état de son tîls, qui lui inspirait de cruelles inquiétudes : « J'ai une noirceur dans Pâme plus grande que je ne puis vous dire. » Le 29, Balleroy mande qu'une saignée a sauvé le malade.

lettres. Bien des gens pensent que M. d'Aguesseau

ne souffrira pas longtemps Lass et son système, et

que si Lass a contribué à son retour, comme on croit,

ce n'a été que dans la vue de détruire M. d'Argenson,

mais non pas de laisser longtemps dans cette place

M. d'Aguesseau. On disoit ces jours-ci que le Régent

avoit bien ouvert les veux sur l'état où nous ont mis

les conseils de M. Lass.

Il court un compliment de M. le maréchal de Vil-

lars à M. des Forts, qui dit que M. de Villars, ayant

rencontré M. des Forts au Palais-Royal peu après

qu'il a été mis à la tête des finances sous le nom

de commissaire général, après avoir causé quelque

temps avec lui, lui dit qu'il ne lui faisoit point

de compliment sur sa nouvelle place, parce qu'il

croyoit que cela ne faisoit pas grand plaisir à un

homme comme lui d'être le valet de Lass, et un

moment après Lass passa, et il lui dit : « Monsieur.

voilà votre maître qui passe ; suivez-le ; que je ne

vous retienne pas, je vous prie! »

Balleuoy.

24 juin.

Il court un bruit sourd que M. le Régent a fait une partie de souper chez M7de Noce en sa maison de Bercy, et qu'étant là il est monté seul en carrosse pour aller faire une petite visite à la Madeleine *.

i. Chei M. d'Argenson, à Traisnel.

Enfin, nous nous flattons peut-être, mais nous

croyons cette sainte en aussi bonne odeur dans le

paradis de ce temps-ci qu'elle y a été. La suite nous

instruira.

Ballerov.

27 juin.

Ce nouvel événement, madame, dont vous rae faites l'honneur de m'écrire d'une manière si gracieuse, a été accompagné de circonstances si honorables pour moi et si obligeantes de la part de M. le Régent, que je ne puis assez me louer du repos que ses bontés me procurent. Je vous remercie, madame, de tout mon cœur de l'intérêt que vous voulez bien y prendre, et je vous prie de compter sur mon zèle

et sur mon respect.

Marqlis d'Argenson.

3 juillet.

On ne fut pas surpris d'apprendre que le 1er de ce mois M. Baudry avoit été nommé à la charge de lieutenant général de police et que M. d'Aguesseau le cadet avoit été remercié *. Il paroît que le coup a été imprévu pour ce dernier. Ainsi que M. de Trudaine, prévôt des marchands, en la place duquel on a proposé M. de Ghâteauneuf 2, ci-devant ambas-

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