Le lloi s'y rendit le 25 juin
M. Fagon ou M. de Macbaut en avoient voulu, cela seroit déjà fait. On en dit cependant assez de bien.
Balle roy.
10 juin.
M. de Caumartin n'est pas mort, mais il est abandonné de Magny comme des autres médecins, et nous venons en ce moment d'assister à son extrême-
onction. Mme votre mère est un exemple bien réitéré qu'on ne meurt pas toujours après ce sacrement; mais , dans l'état où il est , il n'y a plus d'espérance. Le pauvre homme me parolt regretté de bien peu de gens, et il me semble que je suis de ceux à qui sa perte fait le plus de peine.
Balleroy.
18 juin.
L'exil de M. de GaniUac, un instant démenti, est conflrmé, et il a ordre de se tenir où il voudra, pourvu que ce soit à cinquante lieues de Paris.
Mme du Tors, qui, sans être exilée, avoit suivi son frère, M. de Noce, dans son exil, est de retour d'hier. On dit que M. de Noce revient aujourd'hui.
On dit que le maréchal de Villars a prévenu l'ordre et s'est retiré dans son château de Villars ; s'il en est quitte pour cela, ce sera un petit exil bien doux *.
1. Noailles fut exilé pour avoir trop paru plaire au Roi, aussi par vengeance du Régent, à cause du parti qu'il prit pour le Chan-
M. de Noailles est parti; le maréchal de Villeroy a en sa place le soin des affaires de Saint-Cyr. L'abbesse de Saint-Cyr a écrit une lettre à M. le maréchal de Villeroy et Ta prié de demander le soin de leurs affaires ; on dit qu'il a montré cette lettre au Roi, qui Ta approuvée, et qu'ensuite il Ta portée au Régent, qui a fort approuvé la chose aussi ; et que le lendemain au conseil des finances, sachant que plusieurs personnes de ce conseil comptoient demander cette place, il leur dit qu'il l'avoit demandée pour trois raisons : i° qu'il n'y avoit point d'appointements; 2° que cela lui rappelleroit la mémoire de Louis XIV et de Mme de Maintenon, qu'il aimoit; 3° qu'elle tiendroit moins en ses mains qu'en aucunes autres, lorsqu'il seroit question de la remettre à M. de Noailles.
On dit que le Régent turlupine volontiers le contrôleur général et qu'il l'a baptisé Golloredo, qui est, dit-on, le nom d'un cardinal italien ; vous savez comme il se tient extraordinairement droit.
L'autre nuit, il y a eu changement surprenant en M. de Caumartin : nous le trouvâmes le matin avec plus de connaissance qu'il n'en avoit eu depuis longtemps.
Ralleroy.
celier et les ducs dans l'affaire de la puissance des cardinaux au conseil. En môme temps, Villars, Huxclles, le duc de Gramont, Canillac et d'autres personnages notables furent exilés.
22 juin 1722.
Le Roi, en arrivant lundi à Versailles, alla descendre à la chapelle, où Sa Majesté fît sa prière, et le lendemain on chanta le Te Deum.
Le mariage du marquis d'Oise f avec Mlle Andrée est rompu. Celui de M. l'abbé de Coetlogon avec Mlle de Revest va se faire, ainsi que celui du comte de Laval avec Mlle de Saint-Simon, fille du feu capitaine aux gardes *.
La duchesse de Ventadour a remis au Roi vingtsept actions et une somme considérable de billets de banque, qu'elle consent de perdre pour conserver ses anciens contrats, quoiqu'elle puisse également prouver l'origine de tous ces effets.
Le 12, on commença la plaidoirie de la séparation du prince de Gonti.
Les dames se promènent présentement aux Tuileries en robe longue, et la livrée n'entre pas.
M. de Launay, des galeries du Louvre, a reçu ordre du Roi de faire pour l'Infante la garniture complète d'une toilette en vermeil, qui sera composée de soixante-trois pièces.
1. M. de Villars-Brancas. Nous avons parlé de cet étrange projet de mariage en Tannée 1720.
2. Charles, dit le marquis de Coetlogon, épousa Françoise de Veteris, fille de Scipion, sieur de Revest, et de- Mile de Priouié. — Fille de Titus de Rouvroy-Saint-Simon (branche aînée) et de Claire de Hauterive, mariée le 30 juin à Guy de Montmorency- Laval, maréchal de camp, mort en 1750.
ii. — 30
On exécuta la semaine dernière trois hommes, deux femmes et un soldat aux gardes de la compagnie de Cartouche. Ce soldat a dénoncé sept de ses camarades, qu'on est allé arrêter à Versailles le 17 au soir.
6 juillet.
Il n'y a point de nouvelles ; on en attend à tout moment, car tout est en l'air. Tout le monde dit qu'on travaille actuellement aux habits des gardes de M. le cardinal du Bois. On ne doute pas qu'il ne soit fait premier ministre et, à l'exemple de nos premiers ministres cardinaux, qu'on ne lui donne une troisième compagnie de mousquetaires. Le commandement de cette compagnie n'est pas fort recherché, et je crois que nous ne serions pas hors de portée de l'avoir par d'Argenson le cadet, qui est l'ami déclaré du cardinal, puisqu'il lui donne un appartement chez lui à Versailles. Je doute que M. de Matignon approuve cette idée pour l'aîné; je vais le consulter sur cela; mais, en cas qu'il la désapprouve, j'ai bien envie de songer au chevalier. Cela mettroit toujours de l'aisance dans notre famille, et, quoique bien des gens en fassent fi, ce sont toujours pourtant des troupes du Roi, attachées, il est vrai, à un homme pour qui Ton n'a pas grande considération, mais ce sont des troupes du Roi. Raisonnez-en, je vous prie, avec Balleroy, et donnez-moi votre avis. Balleroy.
La nuit d'avant-hier, il est arrivé à votre frère un accident qui change bien nos espérances. Ses jambes
se sont enflées Cet accident lui a fait grand*
pair ; 00 en a profité pour lui faire faire son testament, par lequel il fait son fds son légataire universel, et aussi pour le faire confesser, chose à quoi il paroissoit avoir de la répugnance, et aussitôt après on lui a fait recevoir Notre-Scigneur. Magni dit ne pouvoir se prononcer. Réflexion faite, je n'ai pas parié de l'idée qui m'étoit venue, car je n'aime point cela, même pour le chevalier.
Balleroy.
Nous avons eu ici de temps en temps quelques espérances sur ce pauvre M. de Gaumarlin; enfin, dans le temps qu'il se croyoit hors d'affaire, il a vu qu'il allait finir sans ressource. Je crois que, par les nouvelles que vous en aura écrites M. de la Cour à mesure du progrès de la maladie, vous aurez élé préparée fa ce malheur où votre ressentiment a beaucoup de part au mien. Voilà votre neveu en bon parti et en état de jouir de grands avantages, qui sont ceux du bien s'il sait en profiter. Mais, si vous saviez combien les jeunes gens courent risque de prendre de mauvais conseils quand ils sont chefs
de leur conseil ! On parle pour lui d'une demoiselle Le Maistre qui aura son million pour elle tant à son mariage qu'à la mort de ses parents.
On attend la conclusion du retour parfait de M. du Maine. Il a été à Versailles, mais il n'y a pas couché ni vu le Roi. M. le Duc est toujours l'obstacle ; mais le duc de Chartres et le cardinal du Bois poussent à la roue tant qu'ils peuvent, et M. Le Blanc est le courrier extraordinaire de cette négociation.
Comte d'àrgenson.
21 juillet.
La duchesse d'Orléans donne à jouer à Versailles quatre fois la semaine, où le Roi se trouve deux fois.
Le feu du ciel est tombé sur le village de Boilly, à quatre lieues d'Auxerre; et les cinquante maisons dont il étoit composé ont été réduites en cendre en moins de deux heures ; plusieurs habitants ont été tués ou blessés. Le Roi a envoyé une somme d'argent.
Le duc d'Estrées, en revenant de Versailles il y a quelques jours, fut arrêté par un cartouchien qui lui tint ce discours : « Monsieur, je suis au désespoir; on vient de rouer le meilleur de mes amis ; je vous demande la bourse non pour en faire un mauvais usage, mais pour en distribuer l'argent à ses camarades qui sont en prison. » Ce seigneur lui donna quatre louis.
Le 29, la chapelle Saint-Thomas de l'église Notre-
Dame fut souillée par des impies, qui remplirent d'ordures le devant de l'autel et la pierre bénite.
Le 25, les comédiens italiens ouvrirent leur théâtre de la foire Saint-Laurent par une pièce intitulée le Jeune 1 ieillant, dont M. Le Sage est auteur, mais qui n'a pas réussi.
Le commandant de Tarascon s'étant emporté jusqu'aux voies de fait contre Mme la marquise de Claveson, fille du marquis de la Lande, lieutenant général, et contre d'autres dames qui se plaignoient à lui de ce que les sentinelles leur avoient refusé l'entrée de la ville en revenant de promenade, ces dames ont porté plainte à la cour.
Les deux Liards, ceut-suisses du Roi et fameux cabaretiers, dénoncés par la bouquetière ', ont été arrêtés.
Le fils de Cartouche, jeune enfant, complice innocent de quelques-uns des crimes de son père, fut pendu hier sous les bras. Deux autres cartouchiens sont morts le même jour, l'un à la torture, l'autre à la potence *.
t 36 juillet (732.
Notre neveu d'Argenson l'aîné alla il y a deux jours trouver le cardinal du Bois à Versailles, qui lui I . Coiniiw complices du vol des Gobe-lins. -2. tarai dit que Celait le frère de Cartouche, qui n'avait que treize ans. Il devait rester en prison jusqu'à ce qu'il eût l'âge d'aller aux galères, mais 11 mourut i«u d'Heures après son supplice.
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On dit que les ducs qui n'ont pas de fonctions au sacre ont été dispensés d'y assister.
M. le bailli de Sèvres a délivré un décret de prise de corps contre M. de Beauregard, capitaine dans Provence, contre lequel M. de Voltaire avoit porté sa plainte; perquisition faite, on a su qu'il étoit allé rejoindre son régiment !. Les graveurs d'estampes qui étoient à la Bastille ont été condamnés à une amende honorable et à trois ans de bannissement hors de la banlieue de Paris.
Le Roi a accordé 60 000 livres pour réparer la grand'chambre du Parlement, pour y tenir son lit de justice au retour du sacre.
Le Régent a fait apporter ici de Narbonne le fameux tableau de la résurrection de Lazare.
C'est présentement le duc de Bourbon qui donne les ordres k Versailles pour les sorties et promenades du Roi.
Les chevaliers de Saint-Lazare ont demandé à servir dans les provinces atteintes de la contagion.
Il n'y aura plus de processions de pèlerins aux fêtes de Saint-Jacques des 1er mai et 25 juillet.
Le 23 et le 24, le cabaretier de Cartouche, son serrurier, un archer du Chàtelet, un soldat aux
1. Plusieurs années auparavant, cet officier avait causé par sa dénonciation la mise de Voltaire à la Bastille. Celle fois Voltaire, le rencontrant chez le ministre Le Blanc, l'insulta vivement. Beauregard ne dit mot, mais alla attendre notre poète au pont de Sèvres et le bàtonna et cravacha de la belle façon. Voltaire eut beau faire, beau tempêter, ses plaintes n'eurent pas de suite.
gardes et une bouquetière * furent roués et pendus. Cette dernière occupa son rapporteur à THôtel-de- Ville pendant dix-huit heures. Elle envoya chercher plus de vingt personnes; il y en a eu d'arrêtées.
Briquebec *, 1er août.
Je suis, madame, tout à fait sensible à l'honneur de votre souvenir. Vous êtes fort désirée à Briquebec, et nous attendons avec impatience que vous y arriviez. Mais comptez que, s'il vous plaît, ce sera pour y faire un séjour un peu considérable, pour retourner ensemble à Balleroy. Personne, madame, ne vous honore plus parfaitement que moi. Mes compliments, je vous supplie, à M. de la Cour.
Maréchal de Matignon.
l> août.
Il y a six jeunes seigneurs exilés pour débauches infâmes, dont ils ne se cachèrent presque point : les deux frères, fils du duc de Villeroy, le fils de M. de Luxembourg, M. de Meuze, M. de Boufflers et le comte de Roys; ce dernier n'est pas bien jeune 3. Le
1. Marie-Anne Roger, dite Jeanneton, qui vendait des fleurs à la porte de l'Opéra et du Palais-Royal ; elle était complice dans le vol commis aux Gobelins en 1726. La Rivière, son amant, avait été roué quelques jours auparavant.