VARIATIONS
C'était une humble église au cintre surbaissé,
L'église où nous entrâmes, Où depuis trois cents ans avaient déjà passé
Et pleuré bien des âmes (1).
D'où vient l'attrait charmant de ces simplicités?
Cette parole peu choisie, D'où lui vient sa douceur? Qui lui fait ces beautés?
C'est ton arôme, ô poésie !
Sans éclat, sans couleur, jetant à peine un son,
Cachée, odorante et parfaite, La poésie est là, comme sous le buisson
Une touffe de violette.
Elle est là, sur le «ciel attachant ses beaux yeux. Sa voix sereine est un peu triste ;
(1) Chants du crépuscule. ■ *
Elle parle tout bas, et nous l'entendons mieux Que les foudres de Jean-Baptiste.
L'humble église apparaît. On voit l'humble parvis;
La vieille porte est entr'ouverte...
Je la reconnais bien! Nous entrâmes, suivis
Des bruits de la campagne verte.
C'était une humble église au cintre surbaissé.
Avec quel respect nous entrâmes!
Elle était vide, hélas! mais pleine du passé,
Pleine du long séjour des âmes.
De ces vieux murs tombait, mystérieuses fleurs,
Sur nos angoisses endormies, Un baume fait d'encens, de prière et de pleurs,
Doux présent des âmes amies.
L'oiseau chantait dehors; sur l'autel, par instants, Rayonnait un bouquet sauvage;
Et l'église disait : <t Veuve à vos yeux, j'attends ! a Je verrai finir ce veuvage.
a Mon époux est vivant, j'aurai des fils encor. « Ce sont maintenait de durs maîtres ;
« Mais des enfants meilleurs surgiront de la mort «c Par la prière des ancêtres. »
Et l'autel indigent et les vieux murs poudreux,
Et le payé semé de tombes, Tout nous faisait entendre un murmure joyeux,
Pareil au doux vol des colombes.
C'était une humble église au cintre surbaissé.
A genoux longtemps nous priâmes ; Et longtemps la prière en nos cœurs a laissé
Le parfum dont vivent les âmes.