LE MÊME
Un enfant d'Apollon, pris du sacré délire, Va par la rue, heurtant les passants alarmés, Rentre, met ses deux poings sur ses yeux enflammés, Fait cent contorsions, souffle, geint, se détire,
Jette sur le papier des mots mal conformés, Rature, rétablit, biffe encor, remet pire ; Et de quatorze vers bien rimes, très-limés, Accouche après deux jours de travail, pour vous dire,
Qu'on lit sur son papier, billet d'enterrement : « L'Amour est... décédé muni du sacrement. »
Et tel était l'objet de tant d'efforts robustes.
Mais tout est bien payé par cet heureux trait-là ;
Le poète est content et se repose. Il a
D'un seul crachat couvert deux choses très-augustes.
DU MÊME (i).
Frère, c'est bien parler. Foin des sonneurs de cor ! Où maint aigle a brisé son front faute d'espace, Lavette de Ronsard passe libre et repasse.
Car l'horizon des fleurs suffit à son essor.
Alvéole et sonnet tiennent la même place.
Et la muse gauloise est sœur des mouches d'or :
(1) Le sonnet précédent, publié dans les Odeurs de Paris, «st parvenu jusqu'à « l'enfant d'Apollon » qui l'avait inspiré, et semble lui avoir inspiré a son tour la repartie que voici. Elle est fort joliment tournée, suivant l'habitude du poète, mais pleine, a la fin, d'une rage mal contenue qui sent bien le favori des muses. Les meilleurs poètes ont toujours comparé à d'horribles bêtes quiconque les sifflolte un p€tr« Si je me trompe, et si je ne suis pas le béat escarbot qui s'ébat dans les odeurs félidés et les baves, j'aurai toujours fait voir avec quelle habileté M. Josephin Soulary tisse les vers. On a de lui une centaine de sonnets que l'on peut hardiment comparer aux pliïs belles soieries de Lyon. Quant à l'esprit qu'il y met (lorsqu'il y met quelque chose), je dispute. Cet esprit blesse extrêmement mes croyances, et je ne vois pas pourquoi j'aurais du éviter de m'en plaindre , puisque M. Soulary n'a pas évité de s'en glorifier. Il ne me serait pas difficile d'y signaler ■ des odeurs fétides et des baves. »
Leur murmure est musique, elle en retint l'accord ; Leur forme est élégance, elle en garda la grâce.
Sonnons comme l'abeille, et, comme elle, volons, Ni trop haut ni trop bas, des coteau® aux vallons, Cueillons les sucs divins et les senteurs suaves,
Tandis qu'au sol cloué par l'èlytre exécré, Le béat escarbot, stercoraire sacré.
S'ébat dans les odeurs fétides et les baves.