LES PLEURS DE MUSSET
Entre la tisane et l'absinthe, De gloire et d'opprobre entouré, Musset, déjà presqu'enterré, Murmurait d'une voix éteinte :
« Il me reste d'av.oir pleuré ! »
Parole grande et quasi-sainte, N'était son accent ulcéré !
Des plaisirs qui l'ont enivré, Du laurier dont sa tète est ceinte, il lui reste d'avoir pleuré !
Pleurs jaillis d'une source avare !
Nul n'y sera désaltéré.
Dieu, dans ce calcaire, a foré Comme par un vouloir bizarre...
Mais enfin Musset a pleuré.
A cette marque, eu lui t*op rare, Je reconnais le fonds sacré.
L'abbé Delille au vers plâtré, Parny, Rousseau, Lebrun — Pindare, Voltaire ont-ils jamais pleuré ?
Le poète est celui qui pleure.
Non pas que je trouve à mon gré L'élégiaque et le navré Qui versent des larmes à l'heure :
Nul pleureur n'a vraiment pleuré.
Comme, sous peine que tout meure, L'eau reste en l'épaisseur du pré, Ainsi dans l'artiste inspiré Le trésor des larmes demeure ; Ainsi Jean Racine a pleuré.
C'est de ce baume que sont faites Les fleurs du jardin diapré.
Là, Nicolas n'est point entré, Quoique grand parmi les poètes.
Mais Nicolas n'a point pleuré !
pleurs, ô sang de l'âme humaine
Don que fait le cœur épuré,
Don que le cœur sent préféré !
Nous pleurons, quand Dieu nous ramène,
De n'avoir pas assez pleuré.