UN ORATEUR
Par ma foi, l'orateur, tu me rendrais acerbe! Tu crois donc que le monde, à ta lèvre pendu, Boira tes longs propos comme un flot répandu Qui gonfle le raisin et fait épaissir l'herbe ?
Or, voici mon avis, ton discours entendu :
Pincer de la guitare ou bien pincer du verbe, J'y vois mérite égal, parleur fin et superbe; Et les trois quarts du temps ce n'est que bruit perdu.
Quant à moi, je préfère, et mon goût n'est pas rare, Au grabeleur de mots, le râcleur de guitare, Le franc ménétrier, joyeux, parfois touchant.
Vois, lorsqu'il a fini, ce peuple qui l'écoute ; Chacun reprend l'outil, chacun poursuit sa route, Le laboureur en paix se courbe sur son champ.