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DERNIÈRE PLATE-FORME — LE CAMPANILE

Les ascenseurs déposent les visiteurs sur un plancher établi exactement à 273 mètres au-dessus de la base de la Tour, à la cote 309m 03 au-dessus du niveau de la mer. C’est de là que le public pourra admirer le superbe panorama entourant le monument.

De là haut, le spectacle est peut-être plus saisissant mais moins humain que des planchers inférieurs. Ici l’ampleur du ciel est telle que vous éprouvez une sensation d’oppression, mais ce qui vous intéresse le plus, c’est-à-dire la terre, vous apparaît un peu confus. L’amas de maisons qui constitue Paris est bien rapetissé. Cela ressemble à une ville morte. Aucun bruit, aucun mouvement. La vue s’étend à des distances invraisemblables. On parle de 90 kilomètres. On voit au nord-ouest la Forêt de Lyons, la forêt de Villers-Cotterets au nord-est, Sens à l’est, Pithiviers et Chartres au sud et au sudouest.

Je veux encore emprunter à M. Paul Bourde une citation qui peindra mieux que je ne saurai le faire l’impression suprême qu’on éprouve à cette hauteur.

«Une mortelle tristesse d’hiver monte des champs raclés et nus au milieu desquels la ville s’extravase comme une inondation. Cette incroyable étendue d’édifices n’est plus qu’une tache de lèpre, une

mince croûte sur le sol. Le bois de' Boulogne, nos jardins publics dont le dessin s’accuse aussi franchement que sur un plan, nos rues droites, nos façades alignées, nos toits carrés et plats, tout cela est affreusement géométrique et artificiel, dénué des sinuosités et des molles rondeurs de la vie. Tout

semble immobile parce que les mouvements des bateaux, des voitures et des petits points noirs qui sont la foule sont insignifiants par rapport à l’immensité qui vous environne. Et tout semble mort comme dans un paysage lunaire parce qu’aucun bruit ne vous révèle plus le peuple qui est au-dessous de vous. Les millions de fenêtres qui vous regardent sont grosses comme le point noir d’un dé à jouer. Et quand on songe aux animaux qui grouillent derrière, c’est l’idée d’une fourmilière qui se présente à l’esprit. Ils sont si rapetissés qu’on ne sait plus quel intérêt on peut trouver à leurs passions et à leurs amusements. L’amour, l’argent, les disputes dupalais Bourbon, l’ironie de M. Renan, l’esprit des vaudevillistes, tout cela paraît insipide. On respire le sentiment de notre vanité avec l’air stérile des hauteurs. »

L’accès de la partie supérieure est réservée à M. Eiffel qui, à 2“ 58 plus haut, s’est ménagé une installation complète. O’est là que se prépareront et que s’exécutent journellement les belles expériences scientifiques projetées. Un balcon octogonal de 10“ 90 sur les grandes faces, de 3“ 96 sur les petits côtés, règne autour de ce logis original que surplombent de grandes poutres entretoisées et quatre grands arceaux en fer constituant le campanile. Un

escalier tournant de 14m 20 de hauteur, s’enroule autour de l’axe du campanile, et conduit sur un nouveau plancher circulaire, à balcon, situé à 290m 815 au-dessus de la hase de la Tour, c’est-à-dire à 326'" 715, au dessus du niveau de la mer. La largeur est de 5m 750.

A cette hauteur vertigineuse, le visiteur se trouve au bas d’un gros bouton qui n’est autre chose qu’un phare électrique de 6“ 785 de hauteur et de 3 mètres de diamètre, avec feu fixe de premier ordre donnant des éclats bleus, blancs, rouges. Des projecteurs électriques envoient sur le Champ-de-Mars et sur Paris des faisceaux de lumière.

Le sommet extrême de la calotte du phare est exactement à 300 mètres du sol, à 333 m. 50 au des- * sus du niveau de la mer. Il est surmonté d’un grand paratonnerre relié à toute la masse métallique et chargé de pourvoir à l’écoulement dans le sol des effluves électriques de l’atmosphère.

A propos de paratonnerre, l’Académie des sciences s’est occupée très sérieusement pendant la plus j grande partie d’une de ses séances de l'influence que pourraient avoir les orages et la foudre sur la Tour Eiffel et il a été démontre sans contestation, quela masse métallique élevée si haut par l’éminent constructeur constituait, par elle-même, le plus merveilleux et le plus sûr des paratonnerres. A ce point que la foudre pourrait y tomber au moment où les ascenseurs et les plate-formes seraient pleins de monde sans que personne ressente la moindre commotion.

COULISSES DE l’eXPOSITION

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