LE PALAIS DES ENFANTS
On nomme ainsi un théâtre très vaste situé à côté de la sphère terrestre et à deux pas du pavillon de San Salvador. Nous ignorons pourquoi on l’a baptisé Palais des Enfants ; car il sera infiniment plus couru par les grandes personnes que parles bambins. Sans doute, il fallait frapper l’imagination, l’attention du
public. Et comme, dans ce siècle d’attendris, on a toutes les chances de réussite en main quand on se met sous la protection des marmots, on n’a rien trouvé de mieux que ce titre, qui évidemment a mis la chose en relief.
N’allez pas croire, cependant, que les directeurs de cet établissement ne fassent rien pour les enfants. Tous les jours, tant que le soleil brille, le palais leur est ouvert. On leur offre là des guignols, des jeux de toute sorte, des clowneries, des divertissements appropriés à leur âge, et nous savons plus d’un gommeux de huit ans qui ne voudra connaître que ce coin de l’Exposition...
Mais, le soleil couché, la salle et la scène se transforment. Cela devient un théâtre sérieux, si toutefois on peut appliquer semblable épithète à un spectacle composite, dont les éléments sont extrêmement nombreux.
En effet, on y donne des opérettes, des ballets, des pantomimes anglaises, des concerts; on y voit évoluer des gymnasiarques, des équilibristes, des danseurs de corde et autres phénomènes...
Ajoutons, à l’honneur de son administration, qu'une fois par semaine, dans l’après-midi, ce bouiboui répudie l’acrobatie et les coups de pied des Hanlon-Lee, pour se consacrer entièrement et sérieusement à l’art rétrospectif, pour devenir une véritable salle de spectacle.
M. Paravey, directeur de l’Opéra-Comique, y donne, avec l’aide de M. Lacome, le compositeur bien connu, des représentations extraordinaires sous ce titre : L’ Opéra-Comique pendant la Révolution.
Le programme comporte huit pièces qui, toutes, ont été jouées pendant la période révolutionnaire, sauf la première, peut-être, qui est pourtant à sa place dans cette série, comme pièce à tendances : c’est le Barbier de Séville, traduit ou plutôt remis en français par Framery, avec la musique, non pas de Rossini, comme vous pourriez le croire, mais de Païsiello. Il représentera l’année 1788.
1789 fournit Raoul de Créqui , paroles de Monvel, musique de Dalayrac, pièce intéressante, dont la partition renferme plusieurs pages hors de pair. L’expression est de M. Laconie, qui s’y connaît mieux que moi.
1790 : La Soirée orageuse , paroles de Radet, musique de Dalayrac. C’est une pièce politique qui célèbre avec enthousiasme le dernier rapprochement du peuple et de Louis XVI. C’est en même temps la plus gaie des comédies.
Pour représenter l’opéra-comique en 1791, MM. Laconie et Paravey nous donnent Nicodème dans la lune, par le Cousin Jacques. Cette pièce, politique, satirique et un peu réactionnaire, fut jouée quatre cents fois de suite, et tint l’affiche pendant toute l’année, par conséquent.
Les Visitandines , paroles de Picard, musique de Devienne, représenteront l’art musical en 1792. C’est un petit chef-d’œuvre qui se jouait encore à Toulouse et à Lyon il y a une vingtaine d’années.
1793 : La Partie carrée, paroles de Hennequin, musique de Caveaux, jouée en pleine Terreur. Cette pièce s’en ressent fortement, et — chose étonnante — ne contient pas un seul rôle de femme.
1794 : Les vrais Sans-Culottes ou l’Hospitalité républicaine , paroles de Resicourt, musique de Lemoine.
Et enfin nous arrivons, avec 1795, à Madame Angot, par Maillot; un succès sans précédent, car Madame Angot fut donnée plusieurs années de suite. Ce nom porte bonheur.
Ce sont les artistes de l’Opéra-Comique qui jouent toutes ces pièces, l’une après l’autre, sur le Théâtre ou Palais des Enfants, lequel, pour la circonstance, s’appelle Grand Théâtre de l’Exposition.
Chaque semaine, on donne une pièce nouvelle, en suivant l’ordre chronologique.
La série des huit pièces dure deux mois.
Chaque série sera donnée trois fois.
Pendant que nous tenons l'Opéra-Comique, nous pouvons bien annoncer que, le 14 juillet, on exécutera, à la place du Châtelet, l 'Offrande à la Liberté, de Gossec (30 septembre 1792), avec une figuration et des masses chorales imposantes.