LIS C0UMS8B8 DU PA86É
Ces vers sont frappants, on les croirait écrits d'hier.
Il ne faut pas s'imaginer que sous Louis le Grand on les ait laissé dire. Ils dureat disparaître ; — quatre beaucoup pka beaux dorent encore être défigurés dans la comédie dont il s'agit : Esope à la court de Boursault. Voici les quatre vers si maltraités. — Mais ici je laisse parier La Harpe qui n'était pas révolutionnaire, — à ce moment-là du moins» — et qui, dans son Coats de httératare, nous raconte les vexations dont Boursault — ou plutôt sa mémoire devint l'objet, car la comédie ne fût représentée ■ qu'après la mort du poëte comique.
« Grésus dit, à propos des hommages et des louanges qa*on lui prodigue :
...Je aA^^rçois, ou du moins je sonpçonne, Qu'on encense la place autant que la personne. Que ç'est au diadème ua tribut que Ton rend Et que le roi qui règne est toii^ours le plus grftod.
« A la place des deux derniers vers, dont le second est fort bon et dit ce qu*il doit diroi oji en voit deux dont le second est fort SMUivais :
Qu*on me reqii dsf bosiisrf firi «a moI fM ytar moi,
« Le trône qui l'emporte sur le roi est un fiai galimn tias. Mais comme on avait beaucoup loué Louis XIV, on ne voulait pas qu'il entendit que le roi qui ràgne est toujours le plus grand.
« Ou ne voulut pas non plus qu'Ësope r^cttât devant lui les vers suivants» adressés à Grésos ;
Par des soins p|4v«DAntf, yotre âme bienfaisaola
En répand sur un seul de quoi suffire à trente; Et, ce qu'un seul obtient, répandu sur chacun,
Vous ferïM ^tAt^ )ia«vett^ «t wnii a'ts iêikm «àian.
un BITAnX DIS OIU1CD8 HOmM
« Si LtOuis XIV avait été instruit de cette sui>prossioii, par qui 86 serait-il «ra oHèssé • oa par ia poète, qui r^était après tant d'antres ees vieilles et utiles mérités, ou par
ceux qui en faisaient évidemment à leur aouverain une ap.
plication si inaligiie ? »
Ce n'est pas tout. Boursault, ^ui était très- religieux et qui voului an monraBA se eenfassar à sou its, Ihéatin, n'eut pas le droit, dans Esope k h eoar, de combattre l'athéisme. Un certain Tphicintc vient demander à Esope s'il faut croire aux dieux (car, parmi toua les anadtrouiaas0S de la pièsa» BoursanU n'avaii pas osé se psfsisttre le duistianisme). Voici le langage d'Esope :
non*
PonTfis-Yoïu as itatt croire ù\ 4oriBir <faii l»oo msat Do U vie à la mort, il 8*i|it d'oa iaitani. Bt qoa paot-on tiiqjm qai mi% ploi impodntt Qni dit dieux, dit vaiifian» «t lawr foodit
. IFHIGEATI.
Au contraire ;
Qui dit dieux, dit cléments ; un remords bien sincère Arrata en expirent leur fondre prêta à choir.
Aaata.
Eh î ce romordi aiaafeva, est-on sûr de l'avoir t
Sur le point d'expirer, quoi qu'on se persuade,
Le repentir est faible autant que le malado.
Je vais, non vouh prouver, mais vous faire entrevair
Qu'un espoir si tardif est un fragile espoir;
Et qu'aux derniers moments les beaux esprits qui doutent
Ne sont pas assurés que les dieux les écoutent.
Youlaz-vous à m'antendre appliquer Totrt aaia9 '
u WAWcmm màMsAm^.
rABLfi.
im fliacon qui croyait laa dieux maata et aooida
Etant k Boa heure dernière p'uA iapaataWa ton iolllcita ta mèra D'aUar an la smem in^ioiar laar itaam»
LBB COUUSfflBS DÛ PASSé.
Mon enfant, loi dtt-eUe en mèra habile et sage, rendant qae ta te portait bien.
Ta disais qu'ils ne pouvaient rien :
Us ne peuTent pas davantage.
C'est presque ainsi que l'homme en ase envers les dieux : Pour en croire, il attend qall soit malade oa Tieuz* Jusqu'au moment ftinesté ob leur vengeance arrive, U les croit Impuissants, voyant leur foudre oisive ; Et, pour les apaiser, tait des cris éclatants, Quand ils sont fatigués et qu'il n'en est plus temps.
Ces vers ne manquent pas de force et de haute moralité.
La répli^e d'iphiorate explique eependant rinterdio* lion.
IPUICRâTE.
Monsieur, cessons de grâco ; Ce discours vous fatigue autant qu'il m'embarrasse, A lutter contre vous j'applique en vain mes soins ; bi vous ne m'abattez, vous m'ébraulez au moins ; Mais quel fruit, après tout, aurait votre victoire t Croire comme Fon fàit, par exemple, est-ce croiret ▲ parler sans contrainte et d'un cœur ingénu, Quel dieu, hors la Fortune, à la cour est connu T Pour peu que l'on y prie, on est toujours en garde ; On obnerve avec soin si le prince y regarde ; Et lorsque, par hasard, on rencontre ses yeux, Cest lui que l'on invoque encor plus que les dieuiL*
Ce n'était pas seulement le roi et la religion qui étaient inattaquables sous Louis XIV ; ou avait décrété l'inviolabilité de la presse officieuse et le droit divin du journalisme protégé. Bien que la comédie du Mercure galant ne soit qu'uue longue a réclame» pour le journal, Boursault n'eut pas le droit de rendre de façon aussi explicite ce service au recueil privilégié ; il dut appeler sa pièce la Comédie sans titre et la mit sous le nom de l'acteur Poisson — redoutant sans doute la Bastille, qu'il eut plus de peineàévi* ter ensuite. Nous voyons, dans ses lettres imprimées, son ressentiment dissimidé contre le Mereare^ lorsque ironi-
us RIVAtTX nSB OHAMDS BOlOlBi. 61
qnement il manifeste le désir craintif et respectueux de ne point empiéter sur les privilèges de sa publicité. La Comédie sans titre eat qfuatre-vm^s représentations. Elle a quelques scènes amusantes. La Comédie-Française ne m'a point paru avoir la main heureuse en prenant dans les tiroirs de la pièce la scène des bavardes, d'une banalité superllcielle et très-médiocrement gaie.
La scène des deux procureurs aurait eu plus de force et d'effet ; celle du vieux soldat , qui se perd dans les caprices de la grammaire, aurait été plus gaie ; ou bien celle de Ténigme, sur un sujet plus ou moins bruyant, aurait eu du moins son gros comique.
Le Mercure galant s'est soutenu à la scène jusque vers la Restauration. 11 donnait occasion à un acteur d'un talent un peu varié de paraître successivement sous divers costumes et de prouver des ressources fécondes d'assimilation en composant, dans la même soirée, divers personnages de caractères différents et même contradictoii es. Préville mit surtout à la mode ce tour de force que bien des comiques qui le suivirent au théâtre, sans le remplacer, voulurent loi envier.
Boursault n'était pas un homme ordinaire. Qu'il me soit permis de soulever un peu, en ce qui le concerne, ce second linceul des morts qa'on appelle l'oubli. Il était né à Muc|^ Lévèqne. Son père, un soudard dépensier, ne lui avait môme pas donné d'éducation. En 1648, arrivant à Paris, il ne savait que le franc-comtois. 11 apprit assez bien le français pour écrire un livre d'éducation qui plut à Louis XrV : VEtade des aoureraioa* Ce livre, probablement très-louangeur, lui valut d'être nommé sous-précepteur du Dauphin. 11 dut s'effacer, pour défaut de latinité, devant le fameux Huet, évéque d'Avranebes.
Le grand malheur de la vie de Boursault fat un anlago-
UB8 GOliUêm ]KI PAfiAtt*
nisma avec Molière. Tous les toiie ne toeni pas du o6ié
du premier. Ou lui lit croire que Molière l'avait mis en scène dans le I.icidas, le pointe j^doux. et venimeux de la Critiqué de i'Eoale des femnm. De là sa ooffiédie»aaUrat le Portrait du j^ciotre. Tout ne tombe pas à faux dans la
feuilleton dialogué de Boursault, — témoin la spirituelle critique du romancfiquD déuoûmeiU de V Ecole dê& femamf que Molière, par paresse oo par mépris da ca qu'on appelle les habiletés du théâtre et œ qu'on a nommé depuis
en argot de coulisse : les ûcelleSf a rejgroduit dwifa ^lusieura do ses comédies :
Enfin !• déooûment n'est-il pas admirable? Le voyage d'Oronto est-il pns assuré ?
£t le retour d'tarique est-il pas préparé * Vous m'allez alléguer que touchant cei Knrjque, ' On le tire aux cheveux pour nuiltcr l'Amérique,
El que durant la pièce en aucun des endroits On ne s'aperçoit point qu'il soit père d'Agnès. Mais n n*est point d'auteurs, dont la plume u'appreane Que dans ce <{u*on attend il n*est rien qui surprenne ; Aa ceatraire, en ereit beau ee qufen irowe élOBMHii; Bt M qa*ea a*attMul pat m^ UMjaura nirpreotaft.
La polémique rlmée de Boursault n'a rie a d'amer, et, à part quehjues vers où il semble accuser Molière d'irréligion (chapitre aur lequel ii ne fallait pas plaisanter alQrajf ne prête pas, du moins, à Vécriyain, dans sa mauvaise cause»
l'accent (ramL'i Uime ({ue Molièi'u apporte dans la sienne, qui était la bouue, quand U attaque sur la scène Boursault» en le nommant dans ï Impromptu de Versaillea. MoUère — qui eut le dernier mot — avait un double droit aux immunités de rirritaliuu : sou génie et ses souffrance^ privées.
On sait généralement rantagoniame de Molière 9i de Boursaolt* qu'on sait moins, c'çst qu'elle eut en
T ES niVAlTX ORANnfl HOMMF.S.
partie pour cftose une sorte de eoncurrence de la part de Boursault à se renoonirer dans les mtoes sti^jets que Molière. Le Médecin volant, une parade imitée de Titalien» commence, au moins ('onimo essai présumé, les œuvres de Molière. BoursauU sût le uâme oanivaa en tw sans épargner aux lecteurs lee piatoantêries sur Tlndigence du diagnostic fourni parla jeune fille malade dont on expérimente l'état par les mêmes moyens que dans le lal)leau de la Femme à^drepique. Dans les Cedeaaa^ une eomédie de laîeitfiesie de Boursaiilif il est impossible deméconstlra use latte eherohée du défoutani aveo l'iUostre aulettr êm YEcoIe des niarisy lutte ovï le vaincu n'est pas sans hon^ Beur« Tout le maade cannait la tirade de ôgaaareUe ;
Il me semble, et je le dis tout liant, Que, sur un tel sujet, c'est parler, comme il faut, etc.
Ce j)laidoyer en faveur de la claustration et de la minorité prolongée des femmes, se retrouve, de faç^n trappantoi dans la bouche de l^adarille, le jaloux des Cadenas^ et en vers qui ne mancpient ni d'allure ni de fi^cbise :
Lm autres sont des sols, et Je ne veux pas l'être» nous savons mietii «lue vous oe que ces autres font, il ne pfétaadoue yat effenk* ee tfatHê sont. Faut-il poin^ pour vous plaise, à l'exemple d'un autres
Souffrir en mon absence un galant qui soit vôtre ;
Et qu'après: en honneur, cinquante ans, j'ai vécU,
le sois d'intelligence à me faire cocu ?
Faut-il point, dis-jo encor, que moi-môme jo brigue?
Que je pousse à lu roue, et conduise l'intrigue ?
Bt sur vos pasrtoos eenftirdiattt mes désirs,
Que réfon» ait la fêlm et l'amani les plaisirs t
Quand on vient pour vous voir, faut-il point que Je sorte ?
Sur vous et vos muguets que Je ferme la porter.
Et que sous mon aveu vous njiB le MOfêm
D'acheter du brocard d'autre argent que du mien?
Voila ce qu'aujourd'hui tous nos autres observent;
Ils se font des amis dont leurs femmes se servent ;
64 LIB GOUUfiSIS DU PÀSBÂ.
Et ne murmaront pas quand, pour faire ramotir.
Elles courent la nuit et reposent le jour.
Ah ! qu'il vaudrait hion mioux que du nombre USeï ample
De ces martyrisés je dovinsso l'exemple !
Que si l'on enfermait chaque femme qui court
Avec six cadenas, elle aurait le nez court 1
Qa'on Yerrait da oiaria marcher téle leTée,
Si ma règ^e par eux était bien obaerrM,
Bt que de quantité le deitin aérait doux,
8i leur ploa grand malheor était d*étre Jalons.
Ces ressemblances ont encore un caractère pins frappant
dans les Fables d'Esope. — Là, nous trouvons la Dorine du Tartufe , ^oneLui vis-à-vis de Léarque, un Orgon de Sisiqoe, exactement le rôle que joue la servante < forte en gueule » dans le chef-d'œuvre de Molière. Il suffit de
quelques vers poui* faire apprécier Timitation :
Je vous mets en sa place et je vous prends pour elle,
Si vous aviez vingt ans et que vous fussiez belle»
Et qu'un homme bien fUt et bien aimé de vona
Vooa eût donné par fbree un magot pour époux.
(?oulût-il lui donner un singe pour époux.) Mouini.
Si ce n'est qu'une sotte, il fiuit qu'il soit un sot.
(£Ue, elle n'en fera qu'un aot. Je tous le Jure.) Moutii.
On ne sait comment finit ce duel entre Boursault et Molière, et dans quelle situation laissa vis-à-vis Tun de l'autre les deux adversaires, cette concurrence de la contrefaçon succédant à l'acharnement de la riposte. Molière, aussi brave dans le combat qu'il avait pu être excessif dans l'injure, ne craignit pas, à une des représentations du Portrait du peintre à l'hôtel de Bourgogne, de montrer l'original eu se plaçant sur le théâtre, laissant amis et ennemis suivre sur sa physionomie l'impression de la r^ préssBtition, et ne se préoccupant pas de donner occasion à d'ignobles écrivassiers tel que Devilliers, l'auteur, dit-on d'une Zelinde (satire de Y Ecole des Femmes), de l'attaquer
LB8 BITAUX DIS 01IAIID8 H0M1IB8
par de grossières plaisanteries dans son honneur de mari,
n'ayant pu le diminuer dans sa gloire de poôte comique.
Boursault était destiné à s'illustrer surtout par ses adversaires. En hutte aux traits de Despréaux, il écrit contre hd la Satire des Satires. De^iéanx qui pouvait battre Boursault à coup d'esprit, ahna mieux avoir raison de par le roi. 11 eut le crédit et le tort de faire défendre la pièce. Boursault s'en plaint dans la préface en termes qui ne dépassent pas la mesure et qoi soiit même d'un adversaire courtois.
« Monsieur Despréaux méritoit bien d*être joué en présence de toute la terre qu'il joue; et le tribunal auguste où il a mendié les déCènses dont il s'est servi, et qui a ooutame de se déclarer contre toutes sortes d'agresseurs, ne lui auroit pas été si favorable, n'étoit qu'il en a surpris la religion. Ceux qui se donneront la peine de lire la pièce que je mets au jour, verront bien que je n'y ai rien mis de diffamatoire contre son honneur, ni contre sa personne, comme il le suppose dans l'arrêt qui fait défenses aux comédiens de la représenter. Je ne sçai rien de lui qui soit à son désavantage, que ce que toute la France sçait de lui : c'est-à-dire cette liberté qu'il prend d'offenser des gens ne lui ont jamais fait de mal ; et je pense qu'il n'y en 'àmoii guère qui lui refusassent leur estime, s'il faiaoit un oteilleur usage de son génie. »
Boursault dit avec assez de sens en terminant : « Si je fais de mauvais vers, il (Despréaux) aura peu de gloire à faire tomber un homme qui tomberoit bien sans ioi; et si j'en fais de bons, ils se soutiendront bien d'euxp oiémes. m
Jusque-là, très-bien. Malheureusement, dans sa réplique dialoguée, Boursault, qui se met nominalement en scène, place dans la bouche d'un chevalier, son compère, une pe-
LES GOtIUÔBKB DU PAQSlt.
tite dénonciafion assez perfide contre Buileau. Après avoir rappelé que l'auteur des Sutires avait envoyé Alexandre le Grand aux Petites-Maisons» il cgoute :
n M MM donc ptêhâmmtêxmHmi
Ce monarque inlrépide, ea qui tout est augiitU,
Et qui sert de modèle à qui vont otre jusie.
L'onfrerS, étonné de ses faits éclatants,
Sait qu'en lui lu sagesse a dovaiict') les ans :
El que pour fairo voir ce qu'il aurait l'heur d ôtre»
lai VoitttI tttte Itd cottiaeaedrMK ^6 ftaftre.
Il es^ diffieile tfe donner èt m mtmym% sentiMBl une expression de plus plate adulation^ Le dernier vers est le suUîBM la bttaamm* r este» BoUrsauU, s'ik est queW qiias ▼eHéîtét Itfffdie» de phafpirie^ dépairt àms FeauH
géraUon de la flatterie^ le poëie àe9 Sutire^^ et le ^ rand gê* nie comique d^ni, si ioiiemeuly il a v&ulu être Id rival d*
BAâMMitaaldaM med»Be# leMrovtfaimoedvOeiidè»
le voyage d« roi et de la reh»e à Povifoide, il faitrenHmter lesliottt do la rivière vers leur suiirtu pour être pas»ses luie foi* é% fHxMÈf ea vevne par Loai» XIV, et ^^ate qae :
A voir Despréanx solliciter fa Jnêtice do roi cout^6
Doui sauU, et ce dernier chercher à irriter le maître contre son adversaire, ne dirait-on pas des écoliers turbulents et càfatds, ir^anf succesdvofiridiit se plaindre an pédagogue, âtf lien de vider leur rfuerelle dans la loyauté du pugilat singulier? HAtons-nous de dire à la décliargede Pioursault, que ce long antagonisme avec Despréaux se termina complètement à son honneur. Se trouvant à Momtlucron, ei( Boarboiiûa1&, et ajrâftt su qae son ennémi, se trditanf
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LBS RXVAtJX DES GRANDS UÛMMKS.
aux eaux de Bourbon pour une extinction de voix, était menacé d'une autre extinction de ressources presque aussi
nécessaires, il aeconrat et hii fil accepter doux cents îouis. Despiéaux avait déjà su gré à FJoursauIt de la muiiéraliou de sa préface, et se repentait de l'avoir attacjpié. li fut touché par lê procédé du poète comique, à ce point qn^il effaça le nonf de BonrsauU des dernières éditions de ses sîi- Ures. C'est sur le dos du l'erruult ot do Pradou substituéb^ — selon que la rime l'exigeait, — que les deux adversaires fifënt la paix.
fl était dans les destinées contradictoires de BoursauU d'être tour à tour le censeur, le flatteur et la victime du pouvoir. Tout jeune, il était secrétaire de la duchesse d'AngouIéme, veuve de ce fils de Charles IX et de Marie
ToncIiCt qui, né j)resf{ue le iend*'inain de la Saint-Iîarthélemy, raoui'ut sous Louis XIV, et eût supprimé, s^il eût été légitime au lieu d'être bâtard» la fin des Valois et toute la dynastie des Bourbons. Ayant réussi dans une gazette en vcfrs enjoués, lîuursauH l'ul pensionné [lar Louis XIV, pour la continuer, de deux mille écus avoc a bouche à la coui*. » Mus une semaine ayant été stérile en événements et le g'azetier s*en étant plaint & la table du duc de Guise, ce seigneur raconta une aventure arri^vée à la porto de son hôtel , chez une brodeuse fort en vogue, où les capucins du Marais faisaient broder un Saint-François. Lenr sacristain ayant été voir chez la brodeuse où en était Fouvrage» s'v endormit la tcfc et In ])ni'be sur le métier. Cette barbe devint partie intégrante de la tapisserie^ au bas de la tète du saint, grâce à la brodeuse qui profita sans doute dé ce
que le révérend avait le sommeil dur.
Le captif, à son réveil, se vit réduit à un sort analogue à celui de Samson avec Dalila, — l'ayant plus ou moins mérité, — d'il M voulait pôint pi^vet fé fondâteur dé Tof-
LIS G0UU88W D« WAÊÊà.
dre de l'appendice dont il lui avait fait présent à eon insu. Boursault improvisa sur l'incident un petit poëme, aïeul
de Vert-Vert, mais destiné à être plus gravement censuré q[ue son descendant. Le roi et Marie-Thérèse, elle* même, en rirent, mais un oordelier espagnol, confesseur de la reine, prit en mains la cause des capucins qui criaient vengeance pour l'honneur outragé de leur sacristain, pris en flagrant délit de barbe compromise ; la reine, effrayée par son confesseur, crut devoir demander le châtiment du coupable. Son privilège et sa pension fùrent supprimés. On le livra, de plus, au bras séculier du chancelier Séguier, qui jugea la chose en laïque et lit dire tout bas à roffîcier, chargé d'arrêter Boursault, de lui laisser le temps de faire appeler ses protecteurs. Boursault put faire dîner à sa table, sinon son juge, au moins l'envoyé du juge, et s'adressa en toute hâte et en assez médiocres vers, au grand Gondé. 11 ne fallait rien moins qu'une nouvelle victoire du triomphateur de Lens et de Rocroy pour que l'auteur de cette petite gaieté rimée ne vît pas s'ouvrir cette Bastille qui, — sous cet ancien régime auquel veulent nous ramener les journaux de la réaction viveuse, — était avec les antichambres des grands, un rendez^vous de nécessité, dans une carrière de poète, pour toute cette littérature. Boursault pouvait, du reste, poui* se consoler de ces conséquences de l'absolutisme, tendre la main dans une préface, exactement comme le grand Corneille, à quelque grand seigneur ou cpielque traitant. Cette mendicité littéraire valut à l'écrivain, d'un duc de Saint-Aignan, deux cents louis pour la dédicace d'une détestable tragédie de Marie Staart Mais qui sait? ce fut peut-être avec ces deux cents louis qu'il put secourir Despréaux.
Le patriotisme ne porta pas plus bonheur à Boursault que l'orthodoxie à*Esope à Ja cour, 11 rédigeait un autre
xjM wr^m mê tfiUMDS hoioiis. W
recueil : La Muse enjouée, pour l'amusement du duc de Bourgogne. Au temps de la guerre, dite du prince d'Orange, nne médafHe à double figure fût firappée en Angleterre portant en exergue : d'un côté, Ludorioas jb«gaus; de Tauti e , Guillelmuf^ maximiis.
Boursault qui ne pouvait connaître Taxiome de Tal« leyrand: « pas de zèle, » fit ces deux vers ;
Le grand Louis oit grand par de grandai tartiia:
81 GoiUaiime aat trè»srand, ofaat par da trèa-granda erimaa.
Le roi n'admit pas que les têtes couronnées, bien qu'ennemies, fussent moins respectées au delà de la
Manche. Au nom du droit divin international et de la paix qui était possible, il fit redemander ù Boursault son privilège , en lui laissant toutefois son estime*
Boursault partagea avec quelques auteurs comiques, entre autres Regnard , un penchant malheureux pour la tragédie. Marie Stuart tomba, mais Germanicus vèwssii beaucoup, bien qu'il fût difûcile de noyer dans un courant pHus douceâtre du Tendre un des crimes les plus terribles et les plus saisissants du cycle sanglant des Césars. Germanicus et Agrippine s'y courtisent et s*y épousent à la fin , comme Arthur et Henriette dans un vaudeville, et Ton dirait que Molière se vengeait par avance de Boursault en prêtant à Masearîlle l'idée de mettre en ma<lrigaux toute l'histoire romaine. Je n'aurais même pas consacré ces quelques ligues à l'un des plus misérables entre les innombrables avortements de la Melpomène classique , si Oermanieaa n'avait eu le triste honneur de servir d'occasion à une petitesse d'esprit du grand Corneille. 11 n'avait pas craint de dire qu'il ne manquait à Germanieuê que le nom de Racine pour être achevé. Il était évident que cette opinion émise dont
70 LES COULISSES hV PàBSÈ,
Boursauit fait grand bruit dans la préface de Germaûieus, et qui brouilla deux hommes de haute valeur, émanait beaucoup moins de la pensée d'exalter Bonrsault que de celle do rabaisser Racine et de critiquer peutêtre indirectement ces sacrifices au faux goût des héros damarefs , sacrifices dont Tauteur lui-môme du Cid n*a pas su s'affranchir.
On retrouve mieux lioursault dans un ,joU petit acte des Mois à la mode , un quiproquo des plus amusants fondé sur les dénominations gaillardes de quelques ojus- * tementd au goût du jour, agréable comédie dontfai cité, ail« leurs, à projios de la Fmniîlo Bonoiton, la préface qui semble un lundi d'aujourd'hui, militant eu faveur de M. Sardou. 06 n'est point le seul point de rapprochement avec Vépo* que aetuelle que I^œuvre de Boursauit nous fournisse. Dans une Lettre Sùr les spectacles, adressée è Boursauit , ittaîs qu'il pourrait bien s'être écrite à lui-même , au risque d'offenser sa propre modestie» voici un passage de TertuQien qui se trouve cité et qui, à coup sûr, j^e serait pas démenti aux avani-soènes de nos théâtres d'aujourd'hui :
« On y fait paraître jusqu'à des iiiies perdues , victimes infâmes de la débauché publique, d'autant plus] misérables eu cela qu'elles sont exposées sur le théâtre & la
vue des femmes qui ignorent le libertinage. Kllcs y font le sujet de rentrelien des jeunes gens : l'on y apprend le Heu de leur prostitution , Ton y compte le gain qu'elles y font, et l'on y tni leur éloge devant ceux qui ne devraient rien savoir de foules ces choses. Je ne dis rien, ajoute ce Père, de ce qui doit demeurer enseveli dans les ténèbres, de peur d'être coupable de ces crimes par le seul rédt que J'en ferais. »
Cette lettre est fort curieuse. David dansant devant
LKS BIVAUX DES GRANDS liOMMKS. li
l'arcbe y intervient pour justifier préveativement Yestris ; Marie, sœur d'Aaron, aura pu servir plue terd d'argument pour la Camargo. Ou s'y fait une arme do co que le célèbre comédieu Floridor était resté ^^entiliiojmnc sur la scène et de ce que Ton oonaervait à l'C^èra aee lettres de noblesse, tout autant que le roi qui figurait dans les %tllets. On y insinue en faveur des spcclacles ce singrrHer argument qu'ils ont droit d'être affichés partout, ce qui ne 86 permettrait pas si c'était là une industrie illicite el pernicieuse, et on rappelle qu'à Rome le théâtre étalait beaucoup de nudités, avant qu'on n'inventât le oompromis des maillots ; un jour, on y fit cesser le spectacle à l'entrée de Caton.
Ai^ourd'hui, on se demanderait pour qui ii y vient.
La lettre, en pesant le pour et le contre, quant aux motifs qui peuvent militer eu faveur des théâtres ou causer leur suppression , se prononce pour l'aflirmative par ces deux raisons asm raisonnables du reste , qu'une femme , parée qu'elle est belle, ne doit pas s'abstenir d'aller mèiae à l'cglisc de })eur d'exciter les passions d'un libertin » et qu'il ne faut pas arracher toutes les vignes parce qu'il y a des hommes qui boivent trop de
Fourvoyé dans la tragédie , le geiiie particulier de Boursault se retrouve dans la mythologie humoristique d'un PbséUm direotement ancêtre de ï Orphée auM Eafws d'aigounf hni ; mais il y a dans Boursanlt bien autrement
de finesse et d'instinct de la comédie. Ce trait à propos de Pégase, que Phaéton demande pour monter jusqu'au oiel y est du meilleur atticisme :
MOMIJS.
Quelle denmnde vous faites i Si), oe sçavM-VQttS pM bien