‹ Les coulisses tableauvaudeville en deux actesChapitre 10 sur 43 · I.B MARQUIS · texte numérisé non relu

I.B MARQUIS

Le coiffeur?... c’est différent. (A pan, tandis que A/ m ® Gibraltar et Rloquet l’examinent en se faisant des signes interrogatifs.)Lo coiQeur est un être curieux et bavard... peut-être pourrat-il me servir... entamons la conversation d'une façon diplomatique. ( Haut. ) Madame la concierge, voici un louis d'or de vingt francs que je vous supplie d’accepter.

MAGASIN THEATRAL

ymr r.iar.ALTAft.

Ah t monsieur, donnez-vous donc la peine de tous asseoir.

Elle «Tance une chaise qu’elle «suie «vec loin et qu'elle remporte uii peu après.

t.E «Allons.

C’est inutile. ( A Dloquei. ) Vous , monsieur le roifTeur, en voilà un autre...

bloquât, le prenant.

Monsieur, je ne sais si je dois... car je n’ai pas l'babitude... à moins cependant que monsieur ne soit un ami des arts... ah I si monsieur est ami des arts !...

Il met le louis dans s» poche.

LE MARQUIS

Ami des arts et des artistes... hélas! je ne le suis que trop!

b< oqu kt .

Je l’avais lu dans vos regards.^, à présent, monsieur, vous m'offririez ciuq cents francs de la main à la main que je les accepterais sans rougir. Yous avea le droit de m'offrir cinq cents francs. • *

Très-bien 1 coiffeur, je vois quo nous nous entendrons. *

GIBRALTAR, qui a arraryé sa toilet[e.

Et pouvons-nous savoir à qui nous avons l'honneur de parler? à quelqu’un de très-comme il faut , ça »e devine... Monsieur est auteur, peut- *étre!

• LE MARQUIS , SOUfiatll.

Auteur, non... pas si bétel... je suis marquis... le marquis de Bel-Œil.

BLOQOET.

Comment?... celui que M J,a Rosine...

LE MARQCIS.

Je le suis.

M ra * GIBRALTAR. •

Ali ! parbleu î c’est bien le cas de jdire : Quand on parle du loup , on en voit les rayons. Nous causions de vous, monsieur le marquis... n’esl-ce pas, Bloquet?

b lo o cet , d'un air d’intelligence.

Ab! oui, monsieur le marquis, nous causions de vous.

U™' GIBRALTAR

Nous ne tarissions pas d'élogqp .. M. Bloqnet et moi, nous vous écrasions d'éloges.

LE MARQCIS.

Vraiment!... eh bien, arrivons tout de suite au but de ma visite. Je puis compter sur votre dis-* crétion?

BLOQOET.

Vous le pouvez, monsieur le marquis.

M m * GIBRALTAR.

Ces murs sont sourds et muets.

LE MARQCIS.

Je vais donc , bonnes gens , m’ouvrir à vous. Tel que vous me voyez , j'ai les passions bouil- [ lantcs ; lorsque j’aime une femme, ce n’est pas

seulement de l’amour que je ressens pour elle...

| c’est de 1a rage!... de la rage mue... c’est enfin | de ce délire capable de faire commettre des crimes... avec circonstances atténuantes... J’en suis , là avec Rosine... Pour plaire à celle ravissante | créature, rien ne me coûte... quand je dis qnc ! rien ne me coûte, ça me coûte très-cher... mais I je voudrais faire pour elle cent fois plus encore! i Je voudrais être roi de Cachemire pour eu avoir davantage à déposer à ses pieds... à ses fripons do petits pieds! *

M m • GIBRALTAR.

Noble cœur!... ah! M ,,e Rosine doit être bien heureuse t

bloqoet, se grattant le nez.

Oh ! elle doit être... bien heureuse I

LE MABQOIS.

Je m’en flatte a^issi t . . . cependant, mes amis, le soupçon s’est faufilé dans mon ame ; je ne dors plus, mes digestions se font mal... bref, je suis jaloux !

M m# GIBRALTAR.

Jaloux!... un jeune homme comme vous!

LE MARQUIS

Eh bien, oui, un jeune lioiAme comme moi!...

Ce que je crains, voyez-vous, c’est quelqu’un du I' théâtre... on m’a parlé d’un certain Florigny, un jeune premier, qui rÆde autour de Rosine; aussi, dès qu'elle me quitte pour entrer ici , la jalousie me galope... je médis : « Tout leznon^e va fa Voir, lui parler, lui faire la ebur; » et je suis jaloux de tout le monde !

An \ Ah l si madame me t-oj-ait.

Je suis jaloux de vos auteurs,

Dr vos acteurs, de tout votre théâtre.

Je suis jaloux comme un Corse, un mulâtre !

Je sois jaloux du souffleur, des danseurs.

Je suit jaloux même des spectateurs!

Quand mon objet, cessant d’être terrestre.

S'envole au ciel, en montrant srs mollets.

Je suis jaloux du chef d'orchestre,

Qui voit ma beauté de trop près.

Le coquin la voit de trop près. ,

M me GIBRALTAR.

Ah! monsieur le marquis, Yious pourrions être * jumeaux, car moi aussi j’ai été bien jalousel... feu Gibraltar en a cruellement souffert... Mais que puis- je à vos tournions? •

LE MARQUIS

Voilà .. . J’ai besoin, pour mon repos, de savoir ce que fait ma déesse dans les coulisses : je voudrai* l'observer moi-même sous le voile de l’incognito. J’ai donc formé le projet de pénétrer dans le sanctuaire , ce soir, pendant la représentation ; et je suis venu vous en demander les moyens.

M m ® GIBRALTAR.

Y pensez-vous, monsieur le marquis!... aller sur la scène, dans les coulisses... mais c’est impossible!

BI.OQUET.

Le réglement s’y oppose.

LE MARQUIS

Madame Gibraltar, je vous prodiguerai mes largesses!... je vous accablerai de pour-boire!

m bi ® Gibraltar, dignement.

Arrêtez, monsieur, je ue trahirai pas ma consigne, car je perdrais la confiance de mes chefs, et on me flanquerait à la porte! Oh! notre régisseur ne badine pas; s'il découvrait sur le théâtre l'ombre d’un nez étranger, je serais congédiée à la minute. *

LE MARQUIS

Comment! je ne pourrai pas franchir votre loge?... mais c’est donc pis que les murailles do la Chine ! Oh ! que ne suis-je un simple auteur !... que ne suis-je le tiers d'un simple auteur!. . ou machiniste, ou pompier!... Mais on ne me verra pis... je me blottirai dans un trou de souris!... je m’aplatirai derrière un décor... Voyons, concierge, laissez-vous séduire.

• GIBRALTAR

Monsieur, le marquis , deraandez-moi tout ce que vous voudrez; mais pas ça. Si vous connaissiez la sévérité de notre régisseur!... tenez, jusjeraent, je l’entends qui crie, qui bougonne... vous allez voir !

Bloqnet fait passer le marquis à sa droite.

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