‹ Les coulisses tableauvaudeville en deux actesChapitre 15 sur 43 · SCENE VL · texte numérisé non relu

SCENE VL

CHARLOTTE , pui* ANTOINE.

CHARLOTTE

Un débutant!... et depuis cinq jours il n’a pan paru chez son fabricant!... Oht je ne m'en irai pas sans m’être assurée par mes yeux...

ARToist-, eu dehors.

Oui, c’est convenu... au café du Théâtre...

après le spectacle.

CHARLOTTE

Quelle voix I

antoixe, paraissant à la porte du fond; à lu canionnade.

Nous célébrerons le triomphe avec trois bols de punch t

CHARLOTTE, Ù part.

C’est lui!... c’est Antoine!

Antoine entre en scène; il est chargé de paquets, il tient dans une de scs mains des bottes moyen âge; dans l'autre un casque orné de plumet et une épée; les paquets sont passés à scs bras.

ANTOINE

Ohé! la portière I... la clef de ma loge, s’il vous plaît ?..<■ la clef de... ma ...(// se trouve devant Charlotte.) Charlotte!

CHARLOTTE

Vous ne m’attendiez pas ici... n*est>ce pas, monsieur?

antoine, à part.

J’aimerais mieux être... n’importe où... {Haut.) Charlotte ici!

CHARLOTTE

Oui, monsieur. . Oh! maintenant je m’explique vos absences!... Monsieur préparait ses débuts; car, décidément, monsieur s'élaacc au théâtre... \cet attirail dont le voilà chargé...

Antoine, allant déposer ses paquets sur V armoire à droite.

Charlotte, écoutez! {A part.) Faut mentir...

( Haut. ) Au premier abord, le fait est que ça doit paraître., mais ce n’est pas pour moi... c’est pour un ami... mon «mi Saint-Preux, qui n,’ a prié... et je n’ai pu refuser...

charlotte.

Et c’est pour votre ami Saint-Preux que vous demandez la clef de votre loge... de votre loge!

Antoine, à part.

Je suis fait au bloc! {Haut.) Eh bien! Charlotte... du moment que je ne puis plus rien le cacher, j’aime mieux tout avouer... Eh bien! oui, c’est moi qui ai troqué le nom commun de Ribou pour le beau surnom de Saint-Preux!... C’est ton Antoine qui va ce soir s’élancer dans la plus éblouissante des carrières!... Depuis dix -huit roufs, vois-tu, la passion du théâtre m’a empoigné : le drame absorbe toutes mes facultés, et je ne me nourris plus que des tartines de MM. Bocage etGuyon!... La nuit, je me surprends devant mon traversin auquel je récite des tirades... et que je bourre d’affreux coups de poing... Le jour, je répète devant mon morceau de glace... je cherche des poses, des physionomies terribles; je m’apprends â m'arracher les cheveux et à rendre le dernier soupir !... au point que je m’épouvante moi-méme!... Enfin, Charlotte, je me sens procréé et mis au monde pour jouer le mélodrame... Le mélodrame avant tout! parce que c’est le genre vraiment naturel... Je veux du mélodrame , il m’en faut!... le mélodrame ou la mort, voilà mon cri !

cuarlottr.

Oui, ça vous mènera à grand chose; vous réussirez joliment!

antoixx.

Et pourquoi ne réussirais-je pas?... Vous me supposez donc une intelligence au-dessous de la bûche?... Écoutcz-moi, Charlotte !... Je doutais de moi, je balançais encore... lorsqu’il y a quinze jours, je vais à l’Ambigu-Comiquc voir les Chiens du M ont Saint-Bernard, ouvrage sur lequel la critique la plus sévère n’a pu trouver ù mordre... A la vue du nommé Lion et de scs camarades... à quatre pattes, je vous avoue que le sentiment de ma dignité d’bommc me monta singulièrement à la tétc, et je me dis : « Comment, Antoine, lorsque de simples chiens obtiennent dans la carrière dramatique les triomphes les plus enivrans... toi, homme, toi, citoyen français... tôi, chasseur dans la huitième... lu ne pourrais pas aspirer aux mêmes succès !... allons donc ! pas de faiblesse ! » El déjà je me sentais plus de cœur au ventre... quand, deux jours après, je vais à la Porte-Saint- Martin, et dans Peau d'àne , qu’est ce que je vois? un animal emblème de la stupidité... un âne enfin, qui impressionnait un public idolâtre! u Oh! de par Dieu, m’écriai-je, je ferai bien ce que fait un âne! et un roquet d'âne, encore!... J'ai du toupet, de l’organe ; je peux, sans me fatiguer,

MAGASIN THEATRAL

brailler pendant troia heure» de Arec ça,

je doia marcher !... » Dèa ce moment, ma vocation a été irrévocablement décidée, et ce voir, le sacrifice aéra consommé 1

CMARLOTTi.

Et c'eat comme cela que voua tenez vo» promesses? quand voua m’aviez juré...

«RTOiae.

Oh ! Charlotte I je l’ea supplie, paa de reproche», pa» de plaintes... J'ai besoin do loua me» moyens... mon réle me bout dans la tête!

cnaaLoTTB.

C’eat possible, monsieur; mai» puisque vous avez de l'entêtement, j’en aurai aussi... et comme je veux un mari pour moi toute seule, et non pa» un homme qui épouse loua le» soir» une nouvelle femme, je voua averti» que tout est fini entre noua, et â l’avenir, je voua en préviens, ne comptez plu» sur mon amour.

snTOini , à pari.

Ne comptez plus sur mon amour! Juste la réplique dénia tir. nie (lu premier acte. (Haut, endtclamant.) « Moi, exister sans lun amour, jeune fille 1 mais c’est me condamner à vivre dan» un désert, sur le»

montagnes escarpée»! c’est me dire : « Nourrisloi de racine», d’herbe» sauvages, et ne bois plus que de l'eau du torrent qui bouillonne ! » Songe»-y bien, jeune fille, ai tu me dérenda de l’aimer, avant peu, on s’arrêtera sur mon passage, et l’on dira en me montrant de l’index : Abl voilé le fuu I tenez.il est foui voila le foui

CHARLOTTE

Mais non, Antoine, je no veux pa» que voua mangiez de l’herbe ni des racine» sauvage». Ce que je veux, c’est que voua renonciez 1 votre manie pour revenir A votre étal d’ébéniste 1

ANTOINE

Ébéniste 1 fi donc! tourner des pieds de commode et fabriquer des bâtons de chaise! Non pas, non pas, non pas !

CBASLOTTB.

C’eat votre dernier mot?

ANTOINE

Le dernier des derniers.

CHARLOTTE

Eh bien, monsieur, vous n’êtes qu’un monstre t

ANTOINE-

Charlotte t

Charlotte, très-vite.

Votre conduite est celle d’un sans-cœur ! d’un homme de rien! d’un trompeur! d’un débauché!

* ANTOINE

Abl Charlotte! abl Charlotte!

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