‹ Les coulisses tableauvaudeville en deux actesChapitre 19 sur 43 · ROSINE, FLORIGNY · texte numérisé non relu

ROSINE, FLORIGNY

mm.

Air : Sut la place Majeure (de Mademoiselle).

Que le temps passe site!

En sortant, le matin,

D'abord je rends visite A plus d’un magasin.

Là je fais mainte emplette Elégante et coquette ;

Et puis voici, je crois.

L'heure d’aller au bois!

Sur le coursier que j'aiguillonne.

Chacun m'admire rn amazone.

Sur mon passage on accourt se grouper ;

Mais enfin de son art il faut bien s'occuper.

Exislcnre si belle.

Adieu pour aujourd'hui !

Le théâtre m'appelle Et je suis toute à lui.

Bonjour, Florigny; vous m’attendiez T

FLORIGNY

Est-ce que je ne vous attends pas toujours? Vous quittez le marquis ?

ROSINE

Won, je ne l’ai pas vu d’aujourd’hui, et cela m’étonne; car, depuis quelque temps, il est tellement jaloux, soupçonneux 1

FLORIGNY

C’est donc toujours un Othello?

ROSINE

Absolument 1 à la couleur près. Ça ne fait que croître et enlaidir. Quand je sors, il me suit comme un griffon; si l’on me regarde, il devient tout blanc ; si l’on me parle, il devient tout vert; c’csl à n’y pas tenir! Hier, enfin, no s’est-il pas imaginé que mon frotteur était un amant déguisé!

FLORICXY.

Vraiment?

ROSINE

Mon Dieu! oui; et sans le baragouin et les grosses mains de mon Auvergnat, il l’aurait pris pour un gant jaune de l’orchestre.

FLORIGNY

Ce cher marquis! il devient par trop Espagnol!

ROSINE

Aussi, Florignv, je vous eu prie, ne me parlez plus qu'au théâtre! là, du moins, je suis libre, je puis respirer à mon aise.

Alt : LesfUs de C université (Luthier de Vienne). Désormais sachet m'obéir:

En public il faut du mystère.

Réprimez, si je voua suit chère.

Tout regard qui pmt nous trahir.

Oui, mon ami, soyez discret.

Au nom de notre bonheur même.

Et que ce doux mot: Je vous aime,

Entre nous deux soit un secret.

FLORIGNY

Même air.

Vous l'ordonnez, madame, hélas!

Quand vous passerez en voiture.

Moi, perdu dans la foule oliscure.

Je ne vous rceonnaitrai pas.

Mais pour adoucir mon regret.

Je dirai, certain de vous plaire :

Ce soir, adieu tritle mystère!

Au théâtre plus de accret.

Àh ! Rosine, j’ai grand besoin d’un regard de vos beaux yeux, de voire gracieux sourire, pour me consoler des ennuis du théâtre.

11 lui prend 1a main et la baise.

ROSINE

Qu’avcz-vous donc encore à démêler avec l’administration ?

FLORIGNY

Ne le savez-vous pas? Un débutant ce soir dans mon emploi, et cela parce que j’ai demandé de l’augmentation au directeur. Au reste, tant qu’il ne m’opposera pas de rivaux plus redoutables, je ne lui en voudrai pas. Ce monsieur qui a la fatuité d’aborder un de mes rôles!...

ROSINE

C’est absolument comme cette demoiselle qui nous est tombée de la Prusse avec la prétention de me détrôner! Vous avez vu son début! quel four!... je crois bien! pas de moelleux! pas de pointes! pas de jambes! Ah î par exemple! elle a des bras, et d’une fière longueur ’ L’autre soir, dans le foyer, elle a ramasse son binocle sans se baisser; aussi je ne la redoute guère 1

FLORIGNY

Pas plus que je ne crains mon concurrent! je l’ai entendu répéter le secuud acte; ma parole, c’était trop drôle, et je crois que uous rirons ce soir !

ROSINE

Je suis curieuse du voir cela. Je cours à ma loge,

pour me transformer en nymphe, cl faire quelques batlemens pour me dégourdir, car je ne suis pas en jambes ce soir! [On entend la cloche du théâtre.) Justement, voilà le premier coup de cloche. Venez-vous, Florignyl

FLOMGÜY.

Je tous accompagne, mon astre.

Am : // faut le conduire en prison. 'Bobèche.)

ENSEMBLE

Allons, donnes-moi votre main.

Je prédis que demain Le directeur, vraiment,

Me 1 ** j * rou>rra pl° s de talent.

\ otre 1 r j ya j n ’; ra pas J 0 jn .

Oui, mon i 1

Je veux être témoin Du succès qu'il aura.

Dans un instant, nous verrons ça.

Ils sortent par la porte du théâtre « droite.

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