‹ Les CourbezonChapitre 1 sur 19 · M. LE BARON · texte numérisé non relu

M. LE BARON

PAUL DE RIGHEMONT

Comme un témoignage de mon affectueux respect. FERDINAiND FABRE

Paris. .[r,;i fSG-J.

>Ptris, mai ih7i.

Le 3 août i865, Sainte-Beuve, rapporteur des prix de vwilu à l'Académie française, eut à louer un respectable ecclésiastique du diocèse de Besançon. M. Vdbbé Brandelet. Il s'acquitta de cette tâche, qu'on avait crue embarrassante pour lui, avec un tact, une mesure, une bonhomie spirituelle qui emportèrent tous les sulfragei. Le succès fut grand.

Cependant, on blâma un peu l'illustre auteur des LundiSy quand il avait à faire l'éloge d'un prêtre catholique, de lui avoir cherché un modèle dans une Église dissidente. Pourquoi parler du vicaire de Wakefield ?

Pourquoi ne pas nommer de préférence M^' de Cheverus, M^' Miollis, M*' Dupuch, ces trois héros de la charité chrétienne, ces trois gloires de l'épiscopat français ?

Sainte-Beuve s'émut de ces reproches, et, lorsqu'il imprima son discours, au neuvième volume des Nouveaux Lundis, il l'accompagna de ces lignes, que nous sommes fier de reproduire :

c J'ai été un peu grondé par quelques organes de la presse catholique pour cette réminiscence du vicaire de Wakefield : que serait-ce si je m'étais laissé aller à un souvenir littéraire beaucoup plus voisin et si j'avais fait quelque allusion à un personnage d'un des meilleurs romans modernes^ l'abbé Courbe!(on, que l'auteur, M. Ferdinand Fabre, semble avoir étudié d'après nature? L'àbbé Courbe\on a également la passion^ — mais qu'il pousse jusqu'à la manie ^ — des fondations, des constructions ; ce faible l'entraîne beaucoup trop loin : avec un cœur d'or, il lui arrive de commettre de sublimes^ mais aussi d'irréparables imprudences. C est précisément là le sujet du roman de M. Ferdinand Fabre. J'aurais cru manquer de goût et de mesure en me permettant la moindre allusion publique à un livre dont le personnage-type n'est point suffisamment connu, et n'est pas apprécié comme il pourrait l'être ; mais il n'est aucun des lecteurs du roman auquel ne soit venu en idée^ en m' entendant célébrer le bon curé de Laviron^ cet autre curé., si touchant et si respectable., honneur et douleur de la famille des Courbezon ; et je suis bien sûr de ne point manquer au respect que f ai pour mon sujet, en glissant ici cette note qui satisfera les littérateurs et que comprendront les moralistes. »

Le souvenir des Courbe\on devait être évoqué encore ^ne fois sous la coupole de l'Institut.

Le i3 août 1874, ce fut M. Guvillier-Fleury qui, à propos des prix de vertu , prononça le discours d'usage. Le morceau, consacré tout entier aux petits, offre le plus parfait modèle du genre; plein de pensées généreuses et hautes, il est en même temps d'une éloquence émue qui trouble le cœur et met des larmes dans je^ yeux.

Une médaille de première classe ayant été attribuée à un prêtre, M. l'abbé Massonneau, du diocèse d'Angers, l'honorable rapporteur rappelle la tradition constante de l'Académie française d'aller chercher des lauréats partout, jusque dans l'Église, « oti le sacrifice attend une récompense supérieure aux récompenses de la terre, » et, comme il n'oublie plus ceux qu'il a une fois distingués, se détournant une minute du sujet principal, il écrit la note suivante :

f L'abbé Brandelet^ recommandé à P Académie^ en i865, dans un édifiant rapport de M. Sainte-Beuve^ a peut-être servi de modèle au pieux héros des Courbezon. On sait que cet excellent livre de M. Ferdinand Fabre^ roman, si l'on veut^ mais vrai sans réalisme et touchant par sa sim~ vlicité même^ a été couronné^ en 1872, par l'Académie française . »

M- Cuvillier-Fleury ne dit pas tout ; mais il nous

appartient, à nous qui restons encore après trois ans pénétré de la bienveillance de son accueil, de nous montrer moins discret. Nous le déclarons donc avec la simplicité d'un obligé reconnaissant, c'est à M. Guvillier Fleury, à son indulgente initiative, à ses actives démarches que nous dûmes l'honneur de notre couronne académique. Aux premiers jours de 1872, quand on échappait à peine à l'horrible guerre dont le pays subit l'écrasement, dans le trouble général des homme* et des choses^ qui eût pensé à notre humble livre ? Il fallait, pour songer aux Courbe^on , un passionné des œuvres de l'esprit, et ce passionné se trouva.

Le rapport de Sainte-Beuve, cité plus haut, parle de « ces espions du mérite et de la vertu » que des philanthropes peut-être trop zélés du dix-huitième siècle se proposaient de créer pour découvrir « les beaux génies inconnus et modestes. )> M. Cuvillier-Fleury, parti comme eux à la recherche d'un chef-d'œuvre, n'a fait qu'une trouvaille assez mince, les Courber^on, un roman où abondent les défaillances du style et de l'idée. Mais qui Jurerait que, plus heureux un jour, il ne rencontrera pas, sur la route oti le pousse son ardent amour des Lettres, un grand historien, un grand poète, un' grand romancier? Nous désirons cette riche aubaine pour lui, nous la désirons surtout pour

1a France, qui n'eut jamais plus besoin de voir augmenter le nombre de ses gloires, de faire éclater sur le monde tous les rayons de son soleil.

Que l'Académie française, que M. Guvillier-Fleury reçoivent, sur la première page de la nouvelle édition de ce livre, décoré d'une distinction dont nous ressentons tout le prix, l'expression solennelle de notre gratitude !

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