SCÈNE UNIQUE
ail |
{|} TILANTONNARD, LABROCHE, NARCISSE,
| |!) FRÉMICHOT, JÉROME. (ls entrent par la ll porte du fond.) |
LE GARÇON Vous désirez, messieurs ?
LANTONNARD, (avec son pot de fleurs.) Nous venons pour prendre un verre de bière.
LE GARÇON C'est-à-dire cinq...
LANTONNARD Bien entendu. Quand je dis une, c’est cinq.
Des verres pleins surtout.
FRÉMICHOT
Asseyez-vous donc là.
LABROCHE, (avec son sabre enveloppé.)
Vous auriez bien pu laiïsser votre pot de fleurs à Laurierville, père Lantonnard. Vous avez l'air avec ça d’un jardin ambulant.
LANTONNARD Si je l'avais laissé à ces habitants de Laurierville,
je gage qu'ils ne l’auraient pas seulement arrosé de la journée. (1! prend'une carafe et l’arrose.) D'ailleurs il ne me gêne pas, et je ne crois pas qu 4 porte ombrage à personne.
C’est votre affaire,M. Lantonnard.
LABROCHE (montrant son sabre)
Je suis joliment‘ content de mon emplette. Quel sabre, hein! Ii n’est pas tout à fait neuf, attendu que je l’ai acheté chez un juif de la rue Craig. Ila dû faire déjà un bon service ; il n’en vaudra que mieux. Voyez un peu l'effet que je produirai au pays, avec un sabre de Montréal, le dimanche, quand je remonterai la grande allée de notre église.
FRÉMIcHOT
Vous pouvez dire que vous êtes à la tête d’une arme comme il n’y en a pas deux dans tout le Canada.
JÉRÔME
Et moi (il montre un grand foulard tout rouge et un ‘“ bat” de ** base-ball”), le beau mouchoir que j'ai acheté pour ma marraine, et ce beau maillet pour jouer à la pelote. C'est cela qui va faire loucher les gars de par cheu nous.
LABROCHE (enveloppant son sabre dans du papier)
Ton mouchoir fera peur aux taureaux.
md
ns MR JÉRÔME Avec ça que votre sabre, à vous, ne fera pas peur aux hommes.
FRÉMICHOT
Eh bien ! garçon, ce verre de bière, dépêchons, nous sommes pressés.
LANTONNARD
Ah! pas si vite, M. Frémichot. Qu'on se repose un peu. Moi, j'ai le corps qui me rentre dans les jambes à force de trotter.
JÉRÔME
Et moi j'ai les yeux qui me tombent dans les
talons, à force de regarder un tas d’affaires.
FRÉMICHOT Soit ! soit! Rien ne nous presseen effet. Voyons, père Labroche, que dites-vous de Montréal ? (Le garçon sert la bière.) LABROCHE Dame, à dire vrai, ça m'a l’air d’une ville assez conséquente. Mais il y a trop de maisons. Rien
que des maisons,rien que des maisons. kas un petit bout de champ, pas une vache, pas un pommier
seulement.
JÉRÔME
Et c’te maison toute rouge qui est faite comme une boîte à crackers en face de la place......quelle
place ?