SCENE II
BAPTISTE, LARIVÉ
LARIVÉ (en colère)
On parle de cousins ici. De quels cousins? Je veux le savoir.
BAPTISTE Mais m'sieu l'membre..
LARIVÉ Tu parlais de cousins ; je ne puis pas faire un
pas ce matin sans entendre parler de cousins. Que sigifient ces propos ?
BAPTISTE
Je ne sais pas, m’sieu l’membre.,. Seulement Victor me disait.
LARIVÉ
Il te disait. Allons, vite ou je te chasse.
BAPTISTE
Quand vous voudrez, m’sieu le membre.
LARIVÉ
Eh bien, pers, insolent, pars, je te chasse, va le dire à tout Laurierville.
BAPTISTE À qui que j'vas donner les clefs? Les voulezvous ?
LARIVÉ Je t'apprendrai à parler de cousin quand je ne suis. pas là.
BaprisTE (jetant les clefs sur une table)
Les v'la, m'’sieu.
LARIVÉ Un instant, un instant! Voyons, il ne faut pas prendre au mot tout ce que je dis. Un député sans serviteur, c’est.
BAPTISTE
Un cornichon sans vinaigre ?
‘LARIVÉ
Oui, c’est cela précisément. Il a de l'esprit ce garçon-là.
BAPTISTE
Voyez-vous, m'sieu le membre, j'ai de l'estime pour vous.
LARIVÉ
Que disais-tu là aussi ?
BAPTISTE (embarrassé)
M'sieu le membre, j'expliquais à Victor que
par les temps chauds et
humides, les cousins entrent dans les chambres
À coucher quand on L- laisse les fenêtres ouvertes, et qu’en conséquence.… | LARIVÉ 1e è Oui, très bien, très bien, tu es un homme intelligent. Dis donc, mon brave, as-tu déjà entendu prononcer des discours ?
BaAPTisTE Oh! vous pouvez bien le dire, jsuis ça depuis mon bas âge.
as as LARIVÉ Ah ! tu as entendu plusieurs discours ?
BAPTISTE Non seulement entendus, j’en ai même écrit dans l’avant-dernière élection pour le maire de cheu nous.
ce "h: Tu as écrit des discours ? ne
BAPTISTE
Oui, tel que vous me voyez; c'était toujours moi qui transcrivuis ses brouillons.
LARIVÉ
dE Ah ! tu transcrivais, entendons-nous,
ET
BAPTISTE
Et en écrivant, j’en ajoutais ou j'en passais, parce que, voyez-vous, moi, j’sus jeune, mais j’connais bin le pays et je sais ce qui faut dire pour contenter tout le monde.
LARIVÉ
Parfait, alors. Tu vas me rendre un petit service.
BAPTISTE
Celui que vous voudrez.
LARIVÉ (prenant son manuscrit)
J'ai composé pour le ministre un discours qui doit faire le tour du Canada... Ecoute bien, et dismoi franchement s’il conviendrait de modifier quelques mots ici ou là.
BAPTISTE
Si vous l’voulez, m'sieu. J’su tà vot’ service.
LARIYÉ (lisant)
Monsieur le ministre, en vous appelant à prendre en main les rênes... non, les guides, j'ai mis les guides... à prendre en main les guides du char de l’Etat, pour le conduire à travers les sillons de l’agriculture.
BAPTISTE
Je ferai remarquer à monsieur le membre que
dans le pays, les Chariots ne vont pas dans les sil-
lons, les gens ne comprendront pas cela ; il fau- : | drait mettre les routes à la place.
LARIVÉ
Non, je laisse les sillons,
c’est une figure de rhctorique,
BAP'TrIsTE
Pardon si je la reconnaissais pas ; c’est pas une figure de ce pays-citte. |
LARIVÉ
Le pouvoir Suprême n'ignorait pas qu'aux accents de votre voix féconde une ère de prospérité
sans pareille allait Changer nos coteaux en cornes d’abondance..
BAPTISTE
Ça, c’est bien. Tous les orateurs le disent,
Ça, et ça fait toujours plaisir aux cultivateurs.
LARIVÉ
Nos champs en mine d’or,
nos vergers en jardin des Hespérides.
BAPTISTE En quoi ?
En jardins des Hespérides.
IS