‹ Les crépuscules du matin;Chapitre 58 sur 60 · LÉDA · texte numérisé non relu

LÉDA

JIDI m'aura surprise, odorante et sans voiles, Baignant dans la mer blonde et douce de l'été Les perles roses de ma blanche nudité Qui rêve de vent chaud comme un essor de voiles.

Prends le jardin dansant de mon corps fraternel. Le baiser des duvets me parcourt et, charnel, M'enveloppe de l'échiné lasse à la bouche.

Que ton beau cou soit le serpent tendre et farouche Ivre d'amour

LE ciel — des soirs — - avec la mer à l'horizon Me crée une patrie étrange :

Un val au lourd été, royale floraison

Qui ploie au vent, sanguin mélange.

A moins que ne s'élève après l'ample rempart

Quelque cité adamantine D'or et d' émail, de marbre et d'eau, fierté d'un art

De nulle époque ou byzantine.

Que ce soit l'étendue ou la sévérité

Des places claires dans les villes.

Sommeille des palais la rigide unité, Le belvédère ailleurs rutile.

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JE le vois : vous serez celle que le destin D'un pas égal aura guidée jusqu'à ma porte. Vous voilà seule avec mes fleurs en mon jardin»

Vous venez pure et blonde et rose, mais qu'importe !

Il a suffi que je me montre sur le seuil :

Vous voici nue en votre amour et presque morte.

Oui, vous irez traînant d'inconsolables deuils

Par les tristes miroirs du palais solitaire

Où chacun n'a trouvé jamais que son accueil.

Ferez-vous de vos jours la riante galère Qui passe, promenant l'étendard triomphal ? La vie est le palais d'un monstre, la Chimère : Il faut vaincre le mal.

Saurez- vous endormir la femme que l'on aime, Ses yeux chercheront-ils toujours vos yeux d'amant? Aurez-vous le bonheur de pencher un front blême Sur un sein rayonnant?

LA vie échappe entre mes doigts inoccupés, La vie échappe Comme un vent ravisseur de blonds rameaux, coupés Par lourdes grappes.

Vous m'êtes apparue, en l'ombre du jardin, Telle Vénus sortant des eaux, soudain vivante, Toute rose, la chair de perles ruisselante Et drapée, eût-on dit, des splendeurs du matin.

Vous m'avez ébloui ainsi qu'un vent d'aurore

Tout plein de chants d'oiseaux et de parfums de fleurs

La mer ensoleillée est comme un calme temple Où blanchissent des mains dans l'air instrumental Avec des friselis de chaîne et de cristal L'Air module son psaume et l'Azur la contemple.

Vif, en nuée, un essor scintillant d'oiseaux S'est assagi dans le feuillage

MES vitraux enflammés font un bleu crépuscule Où le rêve des jours flamboyants et des nuits Sinue en accordant le soleil et l' ennui : Le sombre héliotrope avec la renoncule.

L'Aurore, en sa galère aux rames d'or, macule L'étendard de la mer qui palpite et qui luit. Un couple juvénile et langoureux circule, Rose et noir, à travers les salles...

J'ai tant rêvé die nous au fond des nuits lointaines ! Les trésors oubliés de la tendresse humaine Ce soir ont tressailli dans l'ombre de mon cœur.

O nuit I j'allais pourtant vers l'aube et vers l'amour, Personne entre les nénuphars, sur les eaux d'or ! Et déjà mon espoir défaille, avec le jour.

Belles comme des rames d'or sous le soleil.

TJ^euillages bleus tout pleins d'humides étincelles Sommeil adamantin constellé de murmures

Tout palpite et se tait sous les lèvres du ciel

Ah ! l'eau qui vous échappe et qu'on voudrait garder Des heures dans sa main désireuse et goutter, La flamme des torrents, la pourpre chevelure Des fleuves, réseaux d'or aux vibrantes parures, Le fruit rose qu'on mord et qui roule à vos pieds, La tige verte qu'on voit...

Je t'ai vue autrefois dans l'ombre, quand le soir Empourprait les bois roux. J'ai vu ta danse, en noir, Se refléter dans l'eau des vasques, souveraine. J'ai vu ton ombre errer dans le parc, incertaine, Et jeter à la Nuit la fleur que retenait Ta bouche au mystérieux pli que je connais.

La Ville est seule au loin comme un soleil mourant, Comme un naufrage insoupçonné dans la mer sombre.

Grands bois, abritez-moi sous vos antiques ombres, Que votre paix me parle et calme mes ennuis, Donnez à mon amour votre mystique nuit.

Mon âme on vous dirait un crépuscule glauque Attristé de descendre et qui dit : Jamais plus Nous ne retrouverons les fleurs que le vent rauque Avec les feuilles d'or entraîne dans son flux.

ET le soleil comme une agonisante bouche Au loin, vaincu par l'eau et par la nuit farouche Qui penche sur sa fièvre un regard sépulcral, Et l'horizon, bûcher vermeil et sidéral, Et la mer ténébreuse et sa plainte innombrable, Et l'espace sans fond, depuis le pourpre sable Tourbillonnant, jusqu'au ciel étoile déjà, Ce qui mourait, ce qui pleurait, tout s'allégea Quand plus belle et muette en sa nacelle ronde Séléné répandit sa fraîcheur sur le monde.

Abrupts, vers des pays insoupçonnés, les monts Repoussent dans l'été le sel des goémons ;

Tout vibre dans l'espoir du vespéral soleil. Des cris d'oiseaux à ceux de la brise pareils, L'ardeur des nefs, l'appel éploré des sirènes, Un chant de cloche, voix, qui diminue ou traîne, La mer qui vient toujours pleurer sur les récifs, La voix humaine où tout sentiment est plus vif, La nue au loin qu'un reflet furtif illumine, Perle se détachant de sa conque marine.

— co. —

L'heure est captive en la tiédeur de la lumière Ainsi que pourrait l'être une abeille...

L'océan est-il vert ou bleu ou d'or ou rouge, Vivant comme une armée au loin qui brille et bouge, Poussif comme un bloc sombre d'étalons enfuis, Géant qui tient la terre et tout un ciel sur lui, Il semble qu'adouci le monstre se repose Auprès de la vie autre et fraîche du soir rose.

— Cd—

^ANS le soir pâlissant qui fuit ma solitude Je me rappelle en un calme de lent prélude Que c'était autrefois, et le parc automnal Rouillait de feuilles l'eau dormante du canal. La futaie et l'allée exhalaient une odeur Humide et ténébreuse, où passaient des rousseurs. Quelque bassin perdu, seul, renversait l'image D'un faune ou de Pomone et des arbres sauvages. Le silence pleurait, goutte à goutte, en vivant, Et parfois tout souffrait sous le souffle du vent.

Nature accueille -moi dans tes bras désirants ! L'azur chante, les bois comme un essor errant Promènent la beauté de leurs lourdes ramures ; Lointain, proche ou distant, un flexible murmure Tissé d'or et d'écume, ample, souple et mouvant Arrive, chante et passe en la tiédeur du vent. Les feuilles, autant que les insectes, les feuilles En un remous léger liquide et bleu, pareilles A l'averse qui brille, égrènent leur cristal. De fins oiseaux plus qu'une corde de métal Sonnent et vibrent. O rire aimé des cascades, C'est toi qui suis la chevelure des naïades, Argentée et dorée entre les bords velus De ce ruisseau, là-bas, que je ne trouve plus. Dis-moi, est-il toujours autant de nénuphars Sur cette eau paresseuse où le ciel met son fard ? Voit-on des crabes étoiles ? Dis, la grenouille Applique-t-elle encor son émail sur la rouille De la mousse vieillie ? Il doit déjà neiger Quelques feuilles... La ruse des dieux boccagers A semblé m' effleurer tout à l'heure, une lyre, Vol invisible et parfumé, comme un sourire, M'a caressé, comme une main dans mes cheveux... O Bacchantes, écoutez mon appel, je veux Chanter la joie de ce midi parmi vos danses ; Entourez mon amour de flexibles cadences, Entrelacez vos bras et que d'un pas rythmé Votre ronde s'ébranle et s'élève ; mimez Avec amour, ardeur, douceur et frénésie Les jeux de la forêt sonore qui, saisie,

Entraînée, éblouie par vos chants que l'écho Décuplera, joyeux, et redira plus haut, Obéie, un à un, par chacun de ses arbres, Avec ses torrents blonds et ses fleurs de cinabre, Partira d'un élan sauvage et triomphal... Ne ralentissez pas, qu'infatigable bal Votre élan soit la vague à jamais remplacée Par la vague qui meurt sous la vague affaissée.

xxif

Tu voulus regarder le soleil face à face.

Précipices, ravins, gorges, cités de glace,

L'ombre rauque, l' effroi qui vit au ciel désert,

Le galop furibond et nocturne des Airs,

L'appel des gouffres, noirs enfers pleins de sibylles,

Et le regard du Sphinx immense qui rutile

Avec T orgueil des siècles nobles sur son front,

Et les cirques de neige et de basalte en rond,

S'irisant d'aube ainsi que pour la rouge fête

Qui livrerait la Sainte à 1 ardeur de la bête.

Rien ne ralentira l'orgueil inassouvi

De ton cœur assoiffé d'inconnu ; le défi

Brille encore à tes yeux marins ; souple, ta bouche

Se tend comme un bel arc, ton profil est farouche

Et calme, avec sa force d'Ange ou de Démon.

xxm

JAI rêvé de gloire et d'amour. J'étais Persée. Au-dessus de la mer aux vagues irisées, Dans le silence de l'azur et du soleil, Pégase, déployant le grand remous vermeil De ses ailes frémissantes comme une lyre, Pégase m'emportait vers le céleste empire Que n'atteignit jamais l'oiseau, fût-il condor, Et midi me vêtait de son armure d'or.

Les continents s'étaient effacés dans la brume, Comme engloutis par les volutes, sous l'écume, Avec leurs cris, leurs maux, leur haine, la douleur. Moi, l'élu, j'emportais

TOUT le désert est dans le ciel Ce crépuscule 1 Tout l'océan, toutes les mers Sont dans les airs.

Il brûle

Au firmament noyé dans le soir qui Y accable Un incendie De vagues et de sable Qui se déplie

En étendard de pourpre soie aux reflets d'or Et qui s'élève

Telle une mer lisse de glaives Vers la victoire Il passe au ciel Toute la gloire !

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