LISTE GÉNÉRALE DES VR^TIMES
Dans le vol « à la tire », l'adresse, déployée par les pickpockets, tient parfois du prodige.
Le canif ou sacagne, que quelques-uns emploient, pour couper les vêtements au niveau des poches, a donné lieu à bien des commentaires.
S'il faut en croire Macé, il existe, dans les pays voisins du nôtre, des professeurs pour ce genre de vol.
« Après plusieurs leçons, ces professeurs font subir à leurs élèves des examens théoriques et pratiques sur un mannequin. Ce mannequin d'épreuves, habillé comme un homme et surchargé de grelots, est suspendu au plafond, par un fil de fer, de sorte qu'au moindre contact les grelots se mettent en branle. Un enfant est jugé apte à travailler dans la foule, lorsque, à diverses reprises et sans faire vibrer un seul grelot, il enlève une bourse ou un portefeuille dans les poches du mannequin
L'épreuve la plus difficile consiste, sur un mannequin d'homme, à défaire le bouton de gilet pour sortir la barrette de la chaîne, et, sur un mannequin de femme, à retrousser la double jupe pour atteindre la poche dissimulée sous le premier vêtement. » {Un joli monde.)
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Les pick-pockets introduisent la main dans les poches, l'index et le médius étendus, les autres doigts repliés.
Au contact de l'objet à saisir, l'index et le médius s'écartent et « font les ciseaux ». — Voir obs. 2.
A Paris, les pick-pockets fréquentent certains cafés que dirigent d'anciens collègues, retirés des affaires. Ils se distribuent, journellement, les quartiers où ils doivent opérer. Les plus habiles font les grands magasins. Ici, surtout^ l'association est utile et féconde ; elle s'impose même, car, pour se débarrasser de la pièce à conviction, le voleur « à la tire » ne saurait se passer de paraoeiit (complice).
Unis pour le butin, ces gens-là sont divisés au partage.
Chose digne de remarque, les pick-pockets des grandes villes ne veulent pas laisser travailler, dans leur fief, les ouvriers qu'ils ne connaissent pas. A moins d'une grande dextérité de main et d'une roublardise imposante, tout nouveau venu est traité en paria et a bien de la peine à se défendre contre les pièges qu'on lui tend.
Les pick-pockets qui se donnent un genre, se réclament ordinairement de la blonde Albion.
En chemin de fer ou à table d'hôte, un Anglais vous adresset-il la parole, méfiez-vous! L'Anglais de bonne famille ne parle qu'aux personnes qui lui ont été présentées.
Si habiles qu'ils soient, les pick-pockets viennent, tôt ou tard, s'échouer en prison, où on les retrouve, parfois, sous des noms différents.
A quelques exceptions près, ce ne sont pas des gens dangereux.
Un grand nombre de voleurs « à l'américaine )) parlent plusieurs langues avec agrément. ■ . ,.
Pour mieux rouler le petit monde, ils ont le truc de paraître
se confier à lui. Un compère est chargé d'éveiller les convoitises. Il met en vedette un sac, soi-disant plein d'or, dans lequel il plonge, de temps à autre, négligemment, la main, ramenant chaque fois une douzaine de louis. Le sac est à double fond et les jaunets sont séparés, d'une certaine somme en monnaie de billon, par un lacet élastique.
Le temps des dupes ne passera point !
Aussi bien, on ne s'explique pas la facilité avec laquelle la plupart d'entre eux se prêtent aux avances des fripons, en acceptant des repas copieux, arrosés de bon vin. — Voir obs. 9.
C'est en vagon, dans le voisinage des grands centres, que se pratique le vol « au bonneteau ».
Deux acolytes ou barons filent leur « homme » et s'installent auprès de lui, dans son compartiment. A la station voisine, le teneur ou bonneteur se montre. Après un échange de paroles banales, celui-ci tire de sa poche trois cartes, légèrement voûtées en long. Il les tient dans le sens de la largeur : deux sont placées, l'une au-dessus de l'autre, à un travers de doigt de distance, entre le pouce et le médius gauches ; la troisième est saisie entre les mêmes doigts de la main droite.
Il fait passer les cartes de la main gauche, à la droite — après avoir montré la carte de dessous^ qui est la carte gagnante — et celle de la main droite à la gauche ; ensuite, il les remet en place, deux à gauche et une à droite. Alors, « il passe la main droite, dans laquelle il ne tient qu'une carte, à gauche, dépose la carte, passe la gauche à droite, fait semblant d'y déposer la carte de dessous et revient à gauclie, soi-disant pour placer la carte supérieure à côté de la première. Enfin, il change lentement les trois cartes de place, tandis que le joueur retient toujours la première carte, mise ;i
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droite, et la suit- des yeux ».. Manuel pratique d'instruction judiciaire, par Gross. Tome II, page 433).
Les barons, l'un après l'autre, jouent et gagnent constamment. Leur veine est telle que le. voyageur se décide à ponter ; il perd tous les coups. Le mot cri, prononcé par le bonneteur, avertit les complices que la carte gagnante esta droite. Si c'est ara, elle est à gauche. Le silence indique le milieu.
Pour commettre un vol a au rendez-moi », un couple de fourbes est sufiisant.
Après avoir mis une marque sur une pièce de 20 francs, les deux filous entrent simultanément dans un magasin (bureau de tabac, épicerie, etc.).
L'un s'ofïre divers objets qu'il paie avec le jaunet en question.
Si le marchand ne s'aperçoit pas de la marque, l'autre — un lard (vieille femme), souventes fois — renseigné par un mouvement de chapeau, s'empresse d'acheter à son tour; puis, une pochette à la main, complètement vide, il va et vient en personne qui attend sa monnaie.
« Mais, vous ne m'avez rien donné, dit le vendeur.
« — Comment ! je vous ai remis 20 francs. Il ne peut y avoir erreur. Je n'avais que cette pièce ; elle est rayée (d'un X ou d'un V) au revers. »
Devant la preuve de cette allégation, il est rare que le marchand se refuse à s'exécuter.
Le « rendez-moi à la coupure » diffère peu du vol précédent. Il s'agit d'embrouiller le caissier.
Les deux copains déposent, en même temps, sur le bureau, un billet d'égale valeur.
Pendant que celui-ci règle sa note, celui-là — feignant
d'avoir oublié un article quelconqua — retire son bleuet et s'éloigne.
Aussitôt après le départ du compère, il se présente à la caisse, pour réclamer son argent.
Le chantage « à l'adultère » vieillit tous les jours.
En notre temps, on fait surtout chanter à l'aide de jeunes garçons.
Le pédé se laisse prendre aux mignardises du chasseur. On l'entraîne dans un endroit écarté, et, à l'instant où il lâche la bride à ses passions, un tiers, toujours suivi d'un complice, intervient. Il se dit le frère du gamin, auquel il donne deux ou trois soufflets, et menace le « vieux sale » de révélations à la justice. Voir obs. 135.
Le reste se devine.
On appelle « mendicité )) : l'industrie qui consiste à ennuyer tout le monde de ses complaintes, à ouvrir la portière des voitures, à simuler des infirmités, à tendre la main, à la sortie de l'église, les jours de fêtes et d'enterrements, et à se traîner, de maison en maison, invoquant d'une voix chevrotante le secours pécuniaire de chacun.
Les mendiants instruits peuvent être qualifiés d'escrocs.
Que penser de celui qui avait fait insérer dans les journaux cette annonce alléchante : « Plus de maladies vénériennes ! Moyen infaillible! Envoyer un franc, en timbres-poste, à monsieur X..., telle rue, etc. », et qui, en échange de la petite somme demandée, adressait aux naïfs une vulgaire « capote ang-laise )) ?
Couvert de haillons, un bâton à la main et une besace sur les épaules, le vagabond chemine, d'une ville à l'autre, soulevant avec avidité tous les objets qu'il rencontre, s'embauchant pendant la belle saison, couchant dans les granges . ou - les meules de foin et se livrant à toutes les vilenies qu'engendrent la paresse et la promiscuité.
Les raz's — voleurs, aux apparences cossues — se présentent, avec une valise contenant des effets sans valeur, dans les hôtels de premier et de deuxième ordre. Ils demandent une chambre. Bonne note étant prise de la forme des clefs, à table et au jugé, ils choisissent la victime. C'est vers une heure du matin qu'ils pratiquent le barbotage. — Voir obs. 4.
D'aucuns poussent leurs investigations jusque sous le traversin; ils observent les mouvements respiratoires du dormeur et n'avancent la main que pendant le temps de l'expiration.
On leur connaît deux instruments, pour ouvrir les portes dont la clef est sur la serrure, du côté opposé : la queue de rat et le sifflet.
La queue de rat se compose de deux lamelles en acier, longues de 10 à 15 centimètres, très effilées k leur extrémité libre, à face interne concave.
Ces lamelles sont montées sur une poignée en fer et taraudées, extérieurement, près de celle-ci.
Un écrou permet de les rapprocher et de les écarter, à volonté, suivant les dimensions de la clef à saisir.
Le sifflet n'est autre chose qu'un tube en fer, cuivre ou acier, fendu, à l'un de ses bouts, d'une ouverture de 2 centimètres de long sur 3 millimètres environ de large. On le glisse^, tout doucement, sur la clef et on va à la recherche du panneton. Quand celui-ci est engagé dans la rainure du tube, on fait aller le pêne.
Lors de son arrestation, Tun de nos pensionnaires avait en poche ces deux instruments. Il jugea prudent de se débarrasser de la queue de rat. Le sifflet fut déposé au greffe. En ouvrant, à moitié, la lame qu'il porte à l'une de ses extrémités, on a une poignée toute faite.
Un mot sur les a anesthésieurs. »
Ainsi se nomment les chahuteurs au narcotique. Ils endorment les gogos, disposés à trinquer avec le premier venu, en versant dans leur verre certains liquides, dont l'effet procure un assoupissement de plus ou moins longue durée.
Bon gré, mal gré, par tous les temps, il faut que la femme marclie. Les souteneurs n'aiment pas à vivre dans la purée.
A l'occasion, bravement, par derrière, ils sautent à la gorge du bourgeois et lui serrent le kiki : ce procédé a reçu le nom de râble. — Voir obs. 7.
Quand ils font le « coup du père François », l'un d'eux passe un foulard autour du cou de la victime et la charge sur son dos.
Dans cette posture;, la face vers le ciel et le corps privé de point d'appui, un homme, si fort qu'il soit, est absolument sans défense.
Mais il arrive que le bourgeois se transforme en chanude (agent de la sûreté). Alors, commence une lutte sanglante.
Le « coup de tête » dans le creux de l'estomac est classique chez le souteneur, La seule parade-riposte consiste à relever, d'un coup de genou dans la figure, la tête de l'agresseur.
Dans le « corps à corps » avec un Alphonse très vigoureuX;,
Gh. Pkkuikk. '2.'i
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on échappe, au danger de perdre la respiration dans une forte étreinte, par un violent coup de talon sur les orteils. La douleur enlève, momentanément, les forces et fait lâcher prise".
Pour parer le coup « dit des lunettes », les agents placent le bord de la main, sur le milieu du front, parallèlement à la ligne du nez. Sans résultat, viennent se heurter contre la main l'index et le médius de l'agresseur, quand, raidis et écartés en Y, celui-ci s'efforce de les plonger, d'un geste brusque, dans les yeux.
Tout souteneur fait de ses propres vices les vertus de sa condition. Il doit protéger sa noix (femme), connaître toutes les brigades d'agents et être capable de tout.
Tel est le métier qu'embrassent : ceux pour qui il n'y a pas d'occupation plus douce, plus béatifiante, que celle d'admirer une sœur qui cagole et qui facilite des intrigues galantes — ceux qu'une gigolette distingua, à cause de leur force brutale, lors d'une bataille dans un cabaret mal famé — ceux enfin qui comptent, parmi les refendeurs, les chiqueurs et les nervis, soit un frère, des parents ou des amis. — Voir obs. 55.
Un type à part, parmi les champions des filles, est le dos vert lyonnais ; il vit, à peu près exclusivement, de ce que gagne sa femme et ne redoute rien tant que de la mener à Marseille.
En n'ayant pas d'exigences et en travaillant, par lui-même, de différentes façons, le Marseillais, dit-il, gâte le métier.
De telle sorte que les gigolettes lyonnaises, qui ont le goût friand, ne tardent pas, sous le beau ciel de la Cannebière, à se mettre avec un brochet du pays. Et cela^ malgré la surveillance la plus active.
Un bon trousseau de rossignols rend d'immenses « services » aux carroubleurs. Quelques-uns donnent la préférence à gente « clef articulée », pouvant être introduite dans les serrures à clef pleine et à clef forée, indifféremment.
Cette clef comprend :
1' Un canon, privé de sa moitié supérieure par un coup de. scie dans toute sa longueur ;
2' Un demi-panneton, en forme de T renversé, dans la partie inférieure duquel est pratiquée une rainure longitudinale, à queue d'aronde.
Si on la place en face du trou d'une serrure, son demipanneton reste à une certaine distance du fond de ce trou.
Pour avoir une clef complète^ les malfaiteurs adaptent au demi-panneton tel embout en gutta-percha. découpé suivant l'un des nombreux modèles de clefs Fichet.
Le système des serrures, soi-disant de sûreté, repose, en efïet, sur une série de gorges dont la mise en jeu nécessite l'extrémité seule du panneton.
Un ancien maître serrurier a eu en sa possession trois « clefs articulées », de grandeur différente, et deux cents embouts à formes variées. Il se flatte de compter les serrures récalcitrantes, contre lesquelles il s'est cassé le nez.
Pour l'empreinte des clefs, la cire est toujours le produit préféré.
Sous les verrous, les condamnés pour cambriolage n'ont pas de plus mortels ennemis que leurs trois ou quatre collègues d'afïaires.
A l'Instruction, ils se sont chargés, mutuellement, le plus possible. N'empêche qu'après la libération, si l'occasion d'un bon coup se présente, ils n'hésitent pas à se donner la main.
La « pince-monseigneur » est leur instrument favori.
En présence d'une serrure compliquée ou incrochetable, ils font une pesée, à 30 centimètres au-dessous des gâches, et, dans l'entre-bâillement de la porte, ils glissent un coin en bois ou en fer; puis, à 60 centimètres au-dessus de ce coin, de la même façon, ils en introduisent un autre.
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Ces coins exercent sur la serrure une force notoire qu'on augmente à volonté, en les rapprochant par de nouvelles pesées.
Voilà comment les pênes sautent sans trop de bruit.
Au contraire, si les pesées sont faites de bas en haut ou sur un des côtés de la porte, solidement maintenue avec le pied, ce n'est qu'après de terribles secousses qu'on obtient le résultat désiré. Généralement, le chambranle et une partie de la maçonnerie cèdent sous la pression de la pince. Aussi, tous les malins de s'écrier : a On ne peut que hausser les épaules devant les dégâts commis par les voleurs au fric-frac (cassement de portes) ou esclappeurs. »
Dans certains cas, à l'aide d'une mèche en acier, fixée à l'alvéole d'un vilebrequin, les cambrioleurs percent plusieurs trous, en carré, dans le panneau de la porte ; ils élargissent ces trous et y introduisent une petite scie, fine, flexible, résistante et graissée fortement, qui pratique, en moins de rien, une ouverture capable de donner passage à un homme.
On désigne, sous le nom de vanterniers, les voleurs qui s'introduisent dans les appartements, par les fenêtres.
Rien n'est moins sûr qu'un contrevent à persiennes. Un canif bien affilé met, très vite, deux ou trois lames en morceaux. On peut, de la sorte, saisir l'espagnolette et faire tourner le volet sur ses gonds.
Face à face avec la croisée, les malfaiteurs la brisent, si le bruit ne doit pas donner l'éveil.
Dans la crainte du contraire, certains démastiquent et enlèvent, avec précaution, le carreau situé à la hauteur de la poignée de fermeture.
D'autres glissent la pointe du couteau, en arrière des bords
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de la vitre^ au niveau de l'angle démastiqué, le plus rapproché de l'espagnolette, sur lequel a été délimité, avec un diamant, le morceau de verre à enlever. Par une pesée légère, exercée sur le manche qui porte la Jame, ils font voler en éclats, sourdement, dans le mouchoir ou dans la basque de la veste, une partie du carreau (assassinat de M"'' de Boisset, à Nîmes, 25 septembre 1898).
C'est en rond que. de prime abord, les fidèles du pétillard (diamant) coupent la vitre. Contre la surface ainsi circonscrite, ils appliquent un lambeau d'étoffe ou de drap, enduit de poix chaude. Quand le tout est devenu adhérent, ils arrachent le fragment de verre incisé. Des petits coups, frappés avec la main, dans le voisinar/e et en dehors du sillon tracé par le diamant, aident à la réussite de l'opération.
Dès lors, l'ouverture de la fenêtre n'offre aucune difficulté.
S'agit-il de forcer un coffre fort et celui-ci est-il à rivets, les malfaiteurs arrachent, l'un après l'autre, les rivets situés sur le pourtour de la porte, en soulevant, à l'aide d'une pince, les plaques en fer sur lesquelles ceux-ci reposent. Et quand, par des pesées nouvelles, les plaques et rivets qui se trouvent au centre ont cédé, ils dévissent les charnières, ainsi découvertes, et enlèvent la porte, en l'inclinant en dedans.
Contre les cofîres-forts à parois lisses, nos braves gens recommandent l'emploi de la « perforeuse ». instrument très connu à Marseille.
Cet instrument — invention d'un Turinois — se compose :
1" D'une tige en acier, longue de 40 centimètres environ, portant, à l'une de ses extrémités, un tourneà-gauche, et à l'autre, un taraud, destiné à être vissé dans le trou de la serrure ;
2" D'un manchon, de même nature, ayant près de 15 centi-
mètres de diamètre, mobile autour de cette tige, armé, dans sa partie inférieure, d'une couronne en dents de scie ;
3" D'une barre de fer, sorte de levier à main, qui s'enchâsse sur le manchon et permet de l'actionner ;
4° D'un écrou, servant à rapprocher le manchon de la paroi du coffre, au fur et à mesure que les dents mordent sur lui. (Celles-ci sont renforcées à leur base et amincies sur le tranchant; une vis les fixe, séparément, au cylindre).
La plaque — circonscrite par le manchon — étant enlevée, les pesées de la pince et du levier jettent la porte à bas.
Disons aussi qu'à l'aide d'un ciseau à froid, d'un maillet et d'une pince, deux repris de justice éventrèrent, en 42 minutes, un cofïre-fort dont les parois, séparées par de la terre de pipe tassée, étaient des plaques de fer de 3 millimètres d'épaisseur.
Ce n'est ni au cabaret ni au bal que les pègres parisiens s'entendent. Ils se donnent rendez-vous sur les boulevards extérieurs ou sur le talus des anciennes fortifications. Toutes dispositions étant prises pour exécuter le travail indiqué, la conversation revêt un caractère banal et chacun rentre chez soi.
Après l'affaire, les marcheurs s'amusent. Malheur à eux, s'ils tombent sur une gigolette, amie de la police! La belle enfant racontera que l'homme, avec lequel elle mange, boit et fait le reste, ne travaille pas, qu'il dépense tout son argent mal à propos et qu'elle lui sait un portefeuille bien garni. Mais, c'est tout! Même dans un milieu sûr, les pègres de Paris sont maîtres de leur langue. Ils se soutiennent. Et, chose étrange, si vicieux qu'ils soient, il est des moments où ils éprouvent le besoin de faire le bien. Qu'un malheureux se trouve sur leur chemin, ils le secourent de leur bourse. Malgré cela, ils tiennent toujours, pour un objet de mépris, « les victimes d'une honnêteté mal placée ».
Le Marseillais est tout l'opposé du Parisien.
Cette opinion est défendue avec chaleur par un gon~^e des plus madrés :
Le jour de son arrivée à Marseille, deux individus vinrent, en plein café, lui proposer l'achat d'un pardessus et d'une montre. Tout d'abord, il crut avoir en sa présence des « voleurs d'occasion ». Il les suivit dans un barde la vieille Poissonnerie, où l'on s'entretenait, à bouche que veux-tu, de toutes les afïaires en cours.
« Quelle cueillette, si j'avais été de la police! »
Le lendemain, après avoir, en leur compagnie, opéré une boutique, il se mit en quête de poisses sérieux.
Il ne rencontra partout que des gens auxquels il ne faut pas conter de secret.
Les Marseillais sont des bavards !
Et il ajoute : nombre d'entre eux se plaisent à reconnaître que la vue de la misère les laisse indifférents.
Durant le vol — s'il est de quelque importance — un complice, au moins, fait le guet. Celui-ci, tout en cherchant à ne pas attirer l'attention des passants, doit avoir un coup d'œil assez exercé pour décider, tout de suite, à la vue d'un importun, s'il y a lieu de donner l'éveil aux amis.
C'est la femme qui remplit, le mieux, le rôle de guetteur. Elle est moins suspecte, plus attentive et surtout plus rusée que l'homme.
Le plus grand nombre de vols se commet pendant la nuit. Ainsi, si l'on s'en rapporte aux 513 cas qui nous occupent, on trouve une différence de 2/33 p. 100, en moins pour le jour.
La nuit, tous chats sont gris, dit le proverbe.
Dans les vols simples, le jour tient la corde. Du matin au soir, en etîet, toutes les boutiques sont ouvertes, chacun va et vient sans défiance; il se présente force occasions au voleur. — Voir tableau, page 336.
De tous les jours de la semaine, le dimanche est celui qui a la préférence des voleurs.
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Les cambrioleurs opèrent surtout les mercredis, vendredis et jeudis.
A quelques exceptions près, le samedi est un mauvais jour pour les pègres, car les commerçants ont la « fâcheuse » habitude de vider leur caisse, ce jour-là.
Les lundis et mardis sont considérés comme jours fériés : Quand on a travaillé toute la semaine, il est bien juste de se reposer un peu, « tout au moins le temps d'aplatir la bourse » — ce qui n'est pas long, les cambrioleurs cédant à vil prix les objets les plus précieux. — Voir tableau, page 337.
Un voleur rusé ne pénètre dans une maison qu'après avoir combiné plusieurs plans de sortie. De même, quand il y est entré, il s'inquiète de fermer toutes les portes donnant accès sur la pièce où il opère.
Pris la main dans le sac, la plupart des cambrioleurs n'hésitent pas à donner un mauvais coup. Ceux-là sont « indignes » de la dénomination de voleurs.
Cette qualification est trop «brillante )) pour qu'on l'applique à ceux qui tuent, en proie au vertige et à l'affolement, dans le cours d'un vol.
Quant aux individus que la cupidité mène au crime, ce serait n'avoir aucun « sentiment d'honneur » que de se demander s'ils peuvent se parer du titre de voleur.
Les confidences que firent, en état de prévention, à Marseille, Poulain, le meurtrier de sa grand'mère, et Barillot, l'instigateur du crime de la rue du Baignoir, montrent que, pour ces derniers, le vol ne peut être commis sans tuer.
« Lorsque j'ai rencontré Chabot, disait Poulain, je n'avais pas encore l'idée de tuer ma grand'mère, je voulais tout bonnement la voler. Chabot m'ayant persuadé qu'en la tuant, non seulement on ne s'apercevrait pas du vol, mais encore que j'hériterais, la pensée du crime ne me quitta plus. Et, c'est avec la ferme intention d'assassiner ma grand'mère que nous nous sommes rendus chez elle, à la Cabucelle. »
Barillot, lui, s'exprima en ces termes :
(( Du jour où j'ai su que la vieille avait des bijoux et de l'argent, j'ai eu l'idée de la tuer. Comme j'avais peur de ne pas réussir, j'ai fait saouler Simon que je connaissais pour s'adonner à l'ivrognerie. L'ayant conduit chez la vieille, je l'ai invité à saisir celle-ci par le cou. Pendant que je fouillais dans la chambre, il roula avec elle sur le parquet, a Serre fort », lui dis-je. Il obéit si bien qu'avant d'avoir fini mes recherches, la vieille était morte. »
Le voleur véritable ne perd jamais la tête. Connaissant le Code pénal, il aggrave rarement son cas. Sa préoccupation habituelle, quand des fâcheux viennent le déranger, c'est de fuir.
Ainsi pensent les fines lames de l'établissement.
Les anti-travailleurs considèrent le travail, dans notre société moderne, comme une « prostitution », et le vol comme une « restitution ».
Puisqu'on appelle prostitution, disent-ils, l'action de vendre ou de louer une partie de soi-même, le salarié, qui vend ou loue ses bras et son cerveau, est donc un prostitué, au même titre que la fille publique.
« Ne voulant pas être cela, nous nous déclarons anti-travailleurs; nous proclamons le droit au vol, pour subvenir à nos besoins matériels et intellectuels, le vol étant à la fois une restitution et un moyen révolutionnaire. »
De toutes les villes, comprises entre la Tech et la Roya, sont arrivées des recrues à ce a groupe », dont la formation, à Bordeaux, en 1891, souleva la réprobation des « anarchistes théoriciens ».
La chanson suivante est de la composition d'un Anti, deux fois incarcéré, à Nîmes, pour vol :