‹ Les criminels: étude concernant 859 condamnésChapitre 39 sur 47 · ARGOT LISTE C.ÉNÉUALE DES VICTIMES · texte numérisé non relu

ARGOT LISTE C.ÉNÉUALE DES VICTIMES

Dans le vol « à la tire », l'adresse, déployée par les pickpockets, tient parfois du prodige.

Le canif ou sacagne, que quelques-uns emploient, pour couper les vêtements au niveau des poches, a donné lieu à bien des commentaires.

S'il faut en croire Macé, il existe, dans les pays voisins du nôtre, des professeurs pour ce genre de vol.

« Après plusieurs leçons, ces professeurs font subir à leurs élèves des examens théoriques et pratiques sur un mannequin. Ce mannequin d'épreuves, habillé comme un homme et surchargé de grelots, est suspendu au plafond, par un fil de fer, de sorte qu'au moindre contact les grelots se mettent en branle. Un enfant est jugé apte à travailler dans la foule, lorsque, à diverses reprises et sans faire vibrer un seul grelot, il enlève une bourse ou un portefeuille dans les poches du mannequin

L'épreuve la plus difficile consiste, sur un mannequin d'homme, à défaire le bouton de gilet pour sortir la barrette de la chaîne, et, sur un mannequin -de femme, à retrousser la double jupe pour atteindre la poche dissimulée sous le premier vêtement. » (Unjoli monde,)

Les pick-pockets introduisent la main dans les poches, Tindex et le médius étendus, les autres doigts repliés.

Au contact de l'objet à saisir, l'index et le médius s'écartent et « font les ciseaux ». — Voir obs. 2.

A Paris, les pick-pockets fréquentent certains cafés que dirigent d'anciens collègues, retirés des affaires. Ils se distribuent, journellement, les quartiers où ils doivent opérer. Les plus habiles font les grands magasins. Ici, surtout, l'association est utile et féconde ; elle s'impose même, car, pour se débarrasser de la pièce à conviction, le voleur « à la tire » ne saurait se passer de paraoent (complice).

Unis pour le butin, ces gens-là sont divisés au partage.

Chose digne de remarque, les pick-pockets des grandes villes ne veulent pas laisser travailler, dans leur fief, les ouvriers (ju'ils ne connaissent pas. A moins d'une grande dextérité de main et d'une roublardise imposante, tout nouveau venu est traité en paria et a bien de la peine à se défendre contre les pièges qu'on lui tend.

Les pick-pockets qui se donnent un genre, se réclament ordinairement de la blonde Albion.

En chemin de fer ou à table d'hôte, un Anglais vous adresset-il la parole, méfiez-vous! L'Anglais de bonne famille ne parle qu'aux personnes qui lui ont été présentées.

Si habiles qu'ils soient, les pick-pockets viennent, tôt ou tard, s'échouer en prison, où on les retrouve, parfois, sous des noms différents.

A quelques exceptions près, ce ne sont pas des gens dangereux.

Un grand nombre de voleurs «à l'américaine » parlent plusieurs langues avec agrément.

Pour mieux rouler le petit monde, ils ont le truc de paraître

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se confier à lui. Un compère est chargé d'éveiller les convoitises. Il met en vedette un sac, soi-disant plein d*or, dans lequel il plonge, de temps à autre, négligemment, la main, ramenant chaque fois une douzaine de louis. Le sac est à double fond et lés jaunets sont séparés, d'une certaine somme en monnaie de billon, par un lacet élastique.

Le temps des dupes né passera point ! - .

Aussi bien, on ne s'explique pas la facilité avec laquelle la plupart d'entre eux se prêtent aux avances des fripons, en acceptant des repas copieux, arrosés de bon vin. — Voir obs. 9.

C'est en vagon, dans le voisinage des grands centres, que se pratique le vol « au bonneteau ».

Deux acolytes ou barons filent leur « homme » et s'installent auprès de lui, dans son compartiment. A la station voisine, le teneur ou bonneteur se montre. Après un échange de paroles banales, celui-ci tire de sa poche trois cartes, légèrement voûtées en long. Il les tient dans le sens de la largeur : deux sont placées, l'une au-dessus de lautre, à un travers de doigt de distance, entre le pouce et le médius gauches ; la troisième est saisie entre les mêmes doigts de la main droite.

Il fait passer les cartes de la main gauche, à la droite — après avoir montré la carte de dessous, qui est la carte gagnante — et celle de la main droite à la gauche ; ensuite, il les remet en place, deux à gauche et une à droite. Alors, « il passe la main droite, dans laquelle il ne tient qu'une carte, à gauche, dépose la carte, passe la gauche à droite, fait semblant d'y déposer la carte de dessous et revient à gauche, soi-disant pour placer la carte supérieure à côté de la première. Enfin, il change lentement les trois cartes de place, tandis que le joueur retient toujours la première carte, mise à

droite, et la suit des yeux ». Manuel pratique d'instruction judiciaire, par Gross. Tome II, page 433).

Les barons, Tun après l'autre, jouent et gagnent constamment. Leur veine est telle que le voyageur se décide à ponter ; il perd tous les coups. Le mot cri, prononcé par le bonneteur, avertit les complices que la carte gagnante esta droite. Si c'est cra, elle est à gauche. Le silence indique le milieu.

Pour commettre un vol « au rendez-moi », un couple de fourbes est suffisant.

Après avoir mis une marque sur une pièce de 20 francs, les deux filous entrent simultanément dans un magasin (bureau de tabac, épicerie, etc.).

L'un s ofïre divers objets qu'il paie avec le jaunet en question.

Si le marchand ne s'aperçoit pas de la marque, lautre — un lard (vieille femme), souventes fois — renseigné par un mouvement de chapeau, s'empresse d'acheter à son tour; puis, une pochette à la main, complètement vide, il va et vient en personne qui attend sa monnaie.

« Mais, vous ne m'avez rien donné» dit le vendeur.

(( — Comment ! je vous ai remis 20 francs. Il ne peut y avoir erreur. Je n'avais que cette pièce ; elle est rayée (d'un X ou d'un V) au revers. ))

Devant la preuve de cette allégation, il est rare que le marchand se refuse à s exécuter.

Le « rendez-moi à la coupure » diffère peu du vol précédent. Il s'agit d'embrouiller le caissier.

Les deux copains déposent, en même temps, sur le bureau, un billet d'égale valeur.

Pendant que celui-ci règle sa note, celui-là — feignant

d'avoir oublié un article quelconque — retire son bleuei et s'éloigne.

Aussitôt après le départ du compère, il se présente à la caisse, pour réclamer son argent.

Le chantage « à l'adultère » vieillit tous les jours.

En notre temps, on fait' surtout chanter à l'aide de jeunes garçons.

Le pédé se laisse prendre aux mignardises du chasseur. On Tentraîne dans un endroit écarté, et, à Tinstant où il lâche la bride à ses passions, un tiers, toujours suivi d'un complice, intervient. Il se dit le frère du gamin, auquel il donne deux ou trois soufflets, et menace le a vieux sale » de révélations à la justice. Voir obs. 135.

Le reste se devine.

On appelle « mendicité » : l'industrie qui consiste à ennuyer tout le monde de ses complaintes, à ouvrir la portière des voitures, à simuler des infirmités, à tendre la main, à la sortie de l'église, les jours de fêtes et d'enterrements, et à se traîner, de maison en maison, invoquant d'une voix chevrotante le secours pécuniaire de chacun.

Les mendiants instruits peuvent être qualifiés d escrocs.

Que penser de celui qui avait fait insérer dans les journaux cette annonce alléchante : « Plus de maladies vénériennes ! Moyen infaillible! Envoyer un franc, en timbres-poste, à monsieur X..., telle rue, etc. », et qui, en échange de la petite somme demandée, adressait aux naïfs une vulgaire « capote anglaise » ?

Couvert de haillons, un bâton à la main et une besace sur les épaules, le vagabond chemine, d'une ville à l'autre, soulevant avec avidité tous les objets qu'il rencontré, s'embaucbant pendant la belle saison, couchant dans les granges ou les meules de foin et se livrant à toutes les vilenies qu'engendrent la paresse et la promiscuité.

Les rats — voleurs, aux apparences cossues — se p"résentent, avec une valise contenant des effets sans vaîbur, dans les hôtels de premier et de deuxième ordre. Ils demandent une chambre. Bonne note étant prise de la forme des clefs, à table et au jugé, ils choisissent la victime. C'est vers une heure du matin qu'ils pratiquent le barbotage. — Voir ôbs. 4.

D'aucuns poussent leurs investigations jusque sous le traversin ; ils observent les mouvements respiratoires du dormeur et n'avancent la main que pendant le temps de l'expiration.

On leur connaît deux instruments, pour ouvrir les portes dont la clef est sur la serrure, du côté opposé : la queue de rat et le sifflet,

La queue de rat se compose de deux lamelles en acier, longues de 10 à 15 centimètres, très effilées à leur extrémité libre, à face interne concave.

Ces lamelles sont montées sur une poignée en fer et taraudées, extérieurement, près de celle-ci.

Un écrou permet de les rapprocher et de les écarter, à volonté, suivant les dimensions de la clef à saisir.

Le sifflet n est autre chose qu'un tube en fer, cuivre ou acier, fendu, à l'un de ses bouts, d'une ouverture de 2 centimètres de long sur 3 millimètres environ de large. On le glisse, tout doucement, sur la clef et on va à la recherche du panneton. Quand celui-ci est engagé dans la rainure du tube, on fait aller le pêne.

Lors de son arrestation, l'un de nos pensionnaires avait en poche ces deux instruments. Il jugea prudent de se débarrasser de la queue de rat. Le sifflet fut déposé au greffe. En ouvrant, à moitié, la lame qu'il porte à l'une de ses extrémités, on a une poignée toute faite.

Un mot sur les « anesthésieurs. »

Ainsi se nomment les chahuteurs au narcotique. Ils endorment les gogos, disposés à trinquer avec le premier venu, en versant dans leur verre certains liquides, dont l'effet procure un assoupissement de plus ou moins longue durée.

Bon gré, mal gré, par tous les temps, il faut que la femme marche. Les souteneurs n'aiment pas à vivre dans la purée.

A l'occasion, bravement, par derrière, ils sautent à la gorge du bourgeois et lui serrent le kiki : ce procédé a reçu le nom de râble. — Voir obs. 7.

Quand ils font le « coup du père François », l'un d'eux passe un foulard autour du cou de la victime et la charge sur son dos.

Dans cette posture, la face vers le ciel et le corps privé de point d'appui, un homme, si fort qu'il soit, est absolument sans défense.

Mais il arrive que le bourgeois se transforme en chanude (agent de la sûreté). Alors, commence une lutte sanglante.

Le a coup de tête » dans le creux de l'estomac est classique chez le souteneur. La seule parade-riposte consiste à relever, d'un coup de genou dans la figure, la tête de l'agresseur.

Dans le « corps à corps » avec un Alphonse très vigoureux,

Ch. Plkiiikii. t'a

35(> cil. PERRIKR

Ces coins exercent sur la serrure une force notoire qu'on augmente à volonté, en les rapprochant par de nouvelles pesées.

Voilà comment les pênes sautent sans trop de bruit.

Au contraire, si les pesées sont faites de bas en haut ou sur un des côtés de la porte, solidement maintenue avec le pied, ce n'est qu'après de terribles secousses quon obtient le résultat désiré. Généralement, le chambranle et une partie de la maçon nerie cèdent sous la pression de la pince. Aussi, tous les malins de s'écrier : a On ne peut que hausser les épaules devant les dégâts commis par les voleurs au fric-frac (cassement de portes) ou esclap peurs. »

Dans certains cas, à l'aide d'une mèche en acier, fixée à l'alvéole d'un vilebrequin, les cambrioleurs percent plusieurs trous, en carré, dans le panneau de la porte ; ils élargissent ces trous et y introduisent une petite scie, fine, flexible, résistante et graissée fortement, qui pratique, en moins de rien, une ouverture capable de donner passage à un homme.

On désigne, sous le nom de vanterniers, les voleurs qui

s'introduisent dans les appartements, par les fenêtres.

Rien n'est moins sûr qu'un contrevent à persiennes. Un canif bien affilé met, très vite, deux ou trois lames en morceaux. On peut, de la sorte, saisir l'espagnolette et faire tourner le volet sur ses gonds.

Face à face avec la croisée, les malfaiteurs la brisent, si le bruit ne doit pas donner l'éveil.

Dans la crainte du contraire, certains démastiquent et enlèvent, avec précaution, le carreau situé à la hauteur de la poignée de fermeture.

D'autres glissent la pointe du couteau, en arrière des bords

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de la vitre, au niveau de l'angle démastiqué, le plus rapproché de Tespagnolette, sur lequel a été délimité, avec un diamant, le morceau de verre à enlever. Par une pesée légère, exercée sur le manche qui porte la lame, ils font voler en éclats, sourdement, dans le mouchoir ou dans la basque de la veste, une partie du carreau (assassinat de M"** de Boisset, à Nîmes, 25 septembre 1898).

C'est en rond que, de prime abord, les fidèles du pétitlard (diamant) coupent la vitre. Contre la surface ainsi circonscrite, ils appliquent un lambeau d'étoffe ou de drap, enduit de poix chaude. Quand le tout est devenu adhérent, ils arrachent le fragment de verre incisé. Des petits coups, frappés avec la main, dans le voisinarje et en dehors du sillon tracé par le diamant, aident à la réussite de l'opération.

Dès lors, l'ouverture de la fenêtre n'offre aucune difficulté.

S'agit-il de forcer un coffre fort et celui-ci est-il à rivets, les malfaiteurs arrachent, l'un après l'autre, les rivets situés sur le pourtour de la porte, en soulevant, à l'aide dune pince, les plaques en fer sur lesquelles ceux-ci reposent. Et quand, par des pesées nouvelles, les plaques et rivets qui se trouvent au centre ont cédé, ils dévissent les charnières, ainsi découvertes, et enlèvent la porte, en l'inclinant en dedans.

Contre les coffres-forts à parois lisses, nos braves gens recommandent l'emploi de la « perforeuse ». instrument très connu à Marseille.

Cet instrument — invention d'un Turinois — se compose :

1** D'une tige en acier, longue de 40 centimètres environ, portant, à l'une de ses extrémités, un tourne-à-gauche, et à l'autre, un taraud, destiné à être vissé dans le trou de la serrure;

2^ D'un manchon, de môme nature, ayant près de 15 centi-

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mètres de diamètre, mobile autour de cette tige, armé, dans sa partie inférieure, d'une couronne en dents de scie ;

3* D'une barre de fer, sorte de levier à main, qui s'enchâsse sur le manchon et permet de l'actionner ;

4° D'un écrou, servant à rapprocher le manchon de la paroi du coffre, au fur et à mesure que les dents mordent sur lui. (Celles-ci sont renforcées à leur base et amincies sur le tranchant; une vis les fixe, séparément, au cylindre).

La plaque — circonscrite par le manchon — étant enlevée, les pesées de la pince et du levier jettent la porte à bas.

Disons aussi qu'à l'aide d'un ciseau à froid, d'un maillet et d'une pince, deux repris de justice éventrèrent, en 42 minutes, un coffre-fort dont les parois, séparées par de la terre de pipe tassée, étaient des plaques de fer de 3 millimètres d'épaisseur.

Ce n'est ni au cabaret ni au bal que les pègres parisiens s'entendent. Ils se donnent rendez-vous sur les boulevards extérieurs ou sur le talus des anciennes fortifications. Toutes dispositions étant prises pour exécuter le travail indiqué, la conversation revêt un caractère banal et chacun rentre chez soi.

Après l'affaire, les marcheurs s'amusent. Malheur à eux, s'ils tombent sur une gigolette, amie de la police I La belle enfant racontera que l'homme, avec lequel elle mange, boit et fait le reste, ne travaille pas, qu'il dépense tout son argent mal à propos et qu'elle lui sait un portefeuille bien garni. Mais, c'est tout! Même dans un milieu sûr, les pègres de Paris sont maîtres de leur langue. Ils se soutiennent. Et, chose étrange, si vicieux qu'ils soient, il est des moments où ils éprouvent le besoin de faire le bien. Qu'un malheureux se trouve sur leur chemin, ils le secourent de leur bourse. Malgré cela, ils tiennent toujours, pour un objet de mépris, « les victimes d'une honnêteté mal placée ».

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Le Marseillais est tout l'opposé du Parisien.

Cette opinion est défendue avec chaleur par un gon:^e des plus madrés :

Le jour de son arrivée à Marseille, deux individus vinrent, en plein café, lui proposer l'achat d'un pardessus et d'une montre. Tout d'abord, il crut avoir en sa présence des « voleurs d'occasion ». Il les suivit dans un barde la vieille Poissonnerie, où l'on s'entretenait, à bouche que veux-tu, de toutes les affaires en cours.

« Quelle cueillette, si j'avais été de la police I »

Le lendemain, après avoir, en leur compagnie, opéré une boutique, il se mit en quête de poisses sérieux.

Il ne rencontra partout que des gens auxquels il ne faut pas conter de secret.

Les Marseillais ^ont des bavards I

Et il ajoute : nombre d'entre eux se plaisent à reconnaître que la vue de la misère les laisse indifférents.

Durant le vol — s'il est de quelque importance — un complice, au moins, fait le guet. Celui-ci, tout en cherchant à ne pas attirer l'attention des passants, doit avoir un coup d'œil assez exercé pour décider, tout de suite, à la vue d'un importun, s'il V a lieu de donner l'éveil aux amis.

C'est la femme qui remplit, le mieux, le rôle de guetteur. Elle est moins suspecte, plus attentive et surtout plus rusée que l'homme.

Le plus grand nombre de vols se commet pendant la nuit. Ainsi, si l'on s'en rapporte aux 513 cas qui nous occupent, on trouve une différence de 2/33 p. 100, en moins pour le jour.

La nuit, tous chats sont gris, dit le proverbe.

Dans les vols simples, le jour tient la corde. Du matin au soir, en effet, toutes les boutiques sont ouvertes, chacun va et vient sans défiance; il se présente force occasions au voleur. — Voir tableau, page 336.

De tous les jours de la semaine, le dimanche est celui qui a la préférence des voleurs.

3f.O CH< PKRRIER

Les cambrioleurs opèrent surtout les mercredis, vendredis et jeudis.

A quelques exceptions près, le samedi est un mauvais jour pour les pègres, car les commerçants ont la « fâcheuse » habitude de vider leur caisse, ce jour-là.

Les lundis et mardis sont considérés comme jours fériés : Quand on a travaillé toute la semaine, il est bien juste de se reposer un peu, « tout au moins le temps d'aplatir la bourse » — ce qui n'est pas long, les cambrioleurs cédant à vil prix les objets les plus précieux. — Voir tableau, page 337.

Un voleur rusé ne pénètre dans une maison qu après avoir combiné plusieurs plans de sortie. De môme, quand il y est entré, il s'inquiète de fermer toutes les portes donnant accès sur la pièce où il opère.

Pris la main dans le sac, la plupart des cambrioleurs n'hésitent pas à donner un mauvais coup. Ceux-là sont « indignes » de la dénomination de voleurs.

Cette qualification est trop «brillante » pour qu'on l'applique à ceux qui tuent, en proie au vertige et à l'affolement, dans le cours d'un vol.

Quant aux individus que la cupidité mène au crime, ce serait n'avoir aucun « sentiment d'honneur » que de se demander s'ils peuvent se parer du titre de voleur.

Les confidences que firent, en état de prévention, à Marseille, Poulain, le meurtrier de sa grand'mère, et Barillot, l'instigateur du crime de la rue du Baignoir, montrent que, pour ces derniers, le vol ne peut être commis sans tuer.

« Lorsque j'ai rencontré Chabot, disait Poulain, je n'avais pas encore l'idée de tuer ma grand'mère, je voulais tout bonnement la voler. Chabot m'ayant persuadé qu'en la tuant, non seulement on ne s'apercevrait pas du vol, mais encore que j'hériterais, la pensée du crime ne me quitta plus. Et, c'est avec la ferme intention d'assassiner ma grand'mère que nous nous sommes rendus chez elle, à la Cabucelle. »

Barillot, lui, s'exprima en ces termes :

« Du jour OÙ j'ai su que la vieille avait des bijoux et de l'argent, j'ai eu l'idée de la tuer. Comme j'avais peur de ne pas réussir, j'ai fait saouler Simon que je connaissais pour s'adonner à l'ivrognerie. L'ayant conduit chez la vieille, je l'ai invité à saisir celle-ci par le cou. Pendant que je fouillais dans la chambre, il roula avec elle sur le parquet. « Serre fort », lui dis-je. Il obéit si bien qu'avant d'avoir fini mes recherches, la vieille était morte. »

Le voleur véritable ne perd jamais la tète. Connaissant le Code pénal, il aggrave rarement son cas. Sa préoccupation habituelle, quand des fâcheux viennent le déranger, c'est de fuir.

Ainsi pensent les fines lames de l'établissement.

Les anti-travailleurs considèrent le travail, dans notre société moderne, comme une « prostitution », et le vol comme une <( restitution ».

Puisqu'on appelle prostitution, disent-ils, l'action de vendre ou de louer une partie de soi-même, le salarié, qui vend ou loue ses bras et son cerveau, est donc un prostitué, au même titre que la fille publique.

« Ne voulant pas être cela, nous nous déclarons anti-travailleurs; nous proclamons le droit au vol, pour subvenir à nos besoins matériels et intellectuels, le vol étant à la fois une restitution et un moven révolutionnaire. »

De toutes les villes, comprises entre la Tech et la Roya, sont arrivées des recrues à ce « groupe », dont la formation, à Bordeaux, en 1891, souleva la réprobation des « anarchistes théoriciens ».

La chanson suivante est de la composition d'un Anti, deux fois incarcéré, à Nîmes, pour vol :

LES ANTI-TRAVAILLEURS Air de Roger Bontemps

An tî- travailleurs, anarchistes,

Fervents disciples de l'Égalité,

(Vest nous qui faisons, en artistes,

Une guerre féroce à la société.

Francs compagnons, énergiques et braves,

Nous fuyons du travail les ignobles entraves.

Loin du patron et loin de Tatelier.

Cambrioleurs ! voilà notre métier.

Ne foutant rien.

Jamais dHurbin,

Un, deux, trois.

Marquons Tpas, Les Anti ne turbinent pas!

Un, deux, trois.

Marquons Tpas, C'est la terreur des bourgeois!

Par tous les temps.

Foulons-nous sur le flanc ;

Plus d'exploiteurs,

Tous anti- travailleurs!

Proclamant l'droit à la paresse,

Nous estimons que le pauvre exploité

Commet un acte de bassesse.

Se faisant le soutien de la propriété .

Car, turbinant, et turbinant sans trêve,

Il ne consomme pas; devant le tas, il crève.

Et pendant que le patron, l'exploiteur,

Sur sa misère sait édifier son bonheur.

Brave ouverrier^

Faut turbiner.

Un, deux, trois, etc.

Si tous les travailleurs du monde,

Ce^ssaient leur abjecte prostitution,

Avec leurs masses profondes,

Nous aurions vite fait notre révolution.

Et sans fusils, sans bombes, sans barricades.

Rien qu*eu posant l'outil qui tue et qui dégrade,

Grève sur tout et dans tout l'Univers !

Le monde bourgeois serait vite mis à l'envers.

Grève sur tout, Chambard partout, Un, deux, trois, etc.

Quand on verra luire la sociale.

Et que, dans l'Univers entier.

Devant la fureur générale.

S'ouvrira Tëre des grandes luttes sans quartier.

Les Anti commenceront la besogne.

Qui purgera la terre de toute la charogne.

Bourgeois, jugeurs, galonards et patrons.

Sous leurs lourdes faux comme des épis tomberont.

Marchant les premiers.

Fauchant sans pitié.

Un, deux, trois.

L'arme au bras.

Les Anti ne reculent pas, etc.

Quand l'Anarchie, par toute la terre.

Aura fait son grand rôle épurateur,

En se groupant par caractères.

Les Anti deviendront d'excellents travailleurs.

Car, le travail n'étant plus l'esclavage.

Ils mettront, tous, la main et le cœur à l'ouvrage.

Pour leurs besoins, travaillant en commun,

Le travail de tous fera le bonheur de chacun.

Après l'anarchie.

C'est l'harmonie.

Pour le droit et pour soi, L'Anti-travailleur travaillera ; Pour le droit et pour soi.

Quand il n'y aura plus de bourgeois, A ce moment.

Nous levant fièrement, Sans exploiteurs, Plus d'Anti-travailleurs!

364 r.11. PKRRIBR

Les pègres donnent le nonni « d'indicateur » au mecque {affranchi ou non) qui propose « le coup ».

Bien qu'il ne participe pas à l'exécution du vol, celui-ci a part au gâteau.

Pour bien remplir sa mission, l'indicateur doit explorer avec soin letat des lieux et^'enquérir des habitudes, de rentrée et de sortie, des locataires de la maison à mettre à sac.

Les meilleurs indicateurs sont les domestiques.

Ceux du commun se recrutent parmi les employés, les hommes de peine, les colporteurs, mendiants, aiguiseurs de couteaux, tondeurs de chiens, etc.

La plupart des indicateurs sont des repris de justice; ils travaillent dans l'ombre, par crainte de la relégation.

L'ignominie de notre temps sert — non pas d'excuse — mais d'explication à la chute des autres, que la nécessité a entraînés, le besoin excités, fous d'une heure qu'un bon conseil eût arrêtés sur la pente du crime.

Nous faisons dialoguer un indicateur accidentel : X... — et un poisse, de bas étage : Bibi de Montmartre.

La scène se passe, « à la Maubert », dans un caboulot borgne. - X... enlre. regarde de tous côtés, puis se dirige vers Bibi, assis tout seul à une table, en Irain d'étratigler un perroquet.

X... — Bonjour, Monsieur. Si cela ne vous dérange pas, je désirerais vous parler.

Bibi. — Hein ! Quoi quVous dites? .... Monsieur...! Oh! là, là! Y m'appeir monsieur! Mince, alors 1 Ousque vous allez? Ousqu'est mon fusil, que je vous naye (noie) ?

Ohé! les aminches (amis). Passez-moi une ficelle, que je

rattache! Après tout, bourgeois, quoi qu vous payez ? mais, ne m'appelez pas monsieur ; ça me chagrine !

' X.. . — Ne vous fâchez pas, mon ami. . . (A u garçon) Garçon ! une vieille bouteille^ ce que vous avez de meilleur I

BiBi. — ( A part) Chouette! Quel chic! C'en est un de la Haute. Faisons-lui voir qu'on est distingué.

(^4 u monsieur) Posez vos miches su' cquaf pieds-là (asseyezvous sur cette chaise).

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