LORRAIN, BARDAUD, CLAUDINE, FRANÇOIS
BARDAUD , traînant uns charetfe qui est remplie de choux, de carottes, etc. Claudine est assise dans la charetle , sur les légumes, François pousse par derrière.
AlR : // était une fillette.
J'arrive avec ma charrette
Qu'on vient cl' disloquer un peu ;
C'est iei que \ m'arrête :
Y'Ià d' quoi l'air' des pdU au feu.
• Criant :
Bell's écbaloites !
Oignons , carottes.
AcliVz , ach'tez , en v'ià des boues!
La p'iif jardinière d' Argenteuii Va vendr' tout Ça daus un clin-d'œil.
Quand la marchande a tant d' attraits , Les rh.dands n lui manquent jr niais.
(Il crie.) Des choux, des panais, des carottes, v'Ià du bel oignon, du bel oignon , navels! navets! LORRAIN , à part.
Dieu ! quelle est gentille au milieu des navels et des cercifis ! . mon cœur bat la semelle d'une fière force. Claudine, à part voyant Lorrain.
Ah! mon Dieu! c'est lui! il est ben tranquille, y faut qu'y n' m'aime guère.
FRANÇOIS
Eh ben! est-c'que ça n" va pas mieux, la p'tite mère?
CLAUDINE , regardant Lorrain.
Oh! si fait , si fait. . . oh! ça va mieux maintenant!. .
BARDAUD.
A la bonne heure ! t'es ben poule mouillée de te retourner les sens pour si peu de chose.
CLAUDINE
Tiens! si peu de chose! être renversée du haut de cle charette qu1 j'ai manqué m' rompre le cou, et ça par vot' faute : si vous aviez veillé sur not' âne au lieu daller boire avec M. François, ça n' s'rait point arrivé.
BARDAUD.
Vraiment! tu n'es p' teire pas assez grande pour y veiller toi-même! ça pense à s' marier, et c'est pas tant seul'ment en état d' conduire un bouriquet.
CLAUDINE
C pauv' Martin, il a été blessé.
BARDAUD.
Eh ben ! est-ce que j'ai pas fait son service.
LORRAIN, ira. aillant.
Ahl mon Dieu! j'étais ben inquiet!., mais par queu ch'min qu' vous avez donc pris, Mamselle , qu' mon père ne vous a pas rencontrée?. .
BARDAUD.
J'avons fait l' tour par la rue d' la Ferronnerie. . .
FRANÇOIS
Quoiqu'il venait donc faire c' vieux rogomiste-là ? n'est- il d'un grand s'cours?
LORRAIN
Laissez donc! gnia souvent plus de ressource dans un vieux cassé comme lui, qui vous a des sentirnens, qu' dans un jeune casseux comme vous qui n'a qu' du bagout.
BARDAUD.
J£h ben ! à qui qu'il en a donc le Lorrain ?
( 23 ) FRANÇOIS
Laisse le dire : tu sais ben le proverbe: Lorrain vilain... c'est la jalousie qui vous l'ébouriffé ! . . . Tu a' vois donc pas qu'il reluque depuis queuqu' temps ta sœur.
BARDAUD.
Claudine ?
CLAUDINE
Lui me r'luque ?
FRANÇOIS
Eh I oui , comme si c'était pas à vot frère qu'est vof tuteur, à vous choisir zun homme ! • .
BARDAUD , regardant François.
Et comme si mon choix n'était pas déjà fait. . . hein ! . .
FRANÇOIS
Ma foi, quand tu voudras.
CLAUDINE
Fort bien , mais faudra itou mon consentement. J' suis ostinée, et c'est assez qu'on veul m' donner un homme que j' n'aimons pas, pour que j' préférions celui qu' j'aime.
• Air : Eh! ma Mère.
Y vois quell' est votr' amorce, Mais J' moi j' veux disposer ; On n' me fait rieu fair' par force , N' comptez donc pas m'e'pouser. Vot' amour, je V dis tout d' même , Jamais ne me touchera.
lorrain s7 avance.
Vous n' voulez pas qu'on vous aime ?
CLAUDINE
C'est pas pour vous que j' dis ca.
FRANÇOIS
J' saurai tous rendre sensible !
CLAUDINE
A ce projet renoncez.
FRANÇOIS
Pour vous plair' }' frai l'impossible ; CLAUDINE-
Ça n' s'ra pas encore assez.
J' crains les t'mtcins d'tme famille, Et j' veux, tester comm' nie v'ià.
LORRAIN
Quoi ! vous voulez rester fille?
CLAUDn;r.
C'est pas pour vous que j' dis ça.
BARDALD
Tiens, dis donc, François, elle fail la Rebecca, moi qui suis son tuteur, j vas lui demander son consentement... Elle connaît joliment 1' code des lois d' monsieur l1 Maire !. .
Elle en sait toujours autant qu'il en faut pour faire sans vot1 permission, une bonne ménagère, et vous avec toute vot science , vous n' serez jamais que deux médians piliers d' cabaret. x
FRANÇOIS
Te tairas-tu, sansonnet, gare le toupet ! J' vas prendre ta grecque pour racomoder mes vieux balais.
lorkaix.
Quoi qu'y t'en empêche ? viens donc voir si gnia inêche.
FRANÇOIS
Tu vas voir queuqu' chose !
LORRAIN
Toi ! {Il le menace.)
Oui, moiî
FRANÇOIS
LORRAIN
Grand savoyard?. .
FRANÇOIS
Méchant gamin ! . . (//s se posent comme dans la gravure*)
CLAUDINE
Finissez, monsieur Lorrain, vous n'êtes £as raisonnable.
LORRAIN
C'est dit, Mamzelie , c'est dit!., un sent regard de vous vaut pour moi z'mi ordre du commissaire» • • Mais loi, tu peux te t'nir ben heureux que j'aie autant d' respect pour la beauié timide!
( 20 ) BARDAI P.
C'est bon, c'est bon, va z à ta b'sogne; et toi Claudine , débalie nos fruiis et nos légumes.
(Lorrain s'éloigne en menaçant François.')
CLAUDINE
Est-ce que tu ira. viens pas mailler?
barda ro Oui vT. que j'y allons ! commence toujours.
i R AN cois , Sur le devant de la scène avec Bardaud. T'es trop faible avec elle.
Bardaud.
Ou' veux tu? c'est z'unu plie, il faut qu ça parle.
FRANÇOIS
C'est conséquent. .. ab! ça, quand buvons-nous le vin
des accordailles?
BARDAUD.
Sur le cbamp. . . subito. . . allons aux barreaux verts , gnia là une gsosse servante qu'est ben réjouie, et qui rit
toujours quand elle ni' voit... c'est quelle est joliment jolie, quand ell' s met sur son propre!
FRANÇOIS
Oh! d'abord, en général, faut qu' la femme soit r'quinquéez'et pomponée!. .allons, viens.
BARDAUD.
Claudine, je r' venons dans l'instant, entends-tu? tâche d ben vendre.
CLAUDINE
Comment, tu m' laisses encore !
BARDAUD, J' vas à deux pas pour uac affaire qui te r'garde.
FRANÇ'.I
Nous allons à deux pas pour une affaire qui vous regarde.