‹ Les critiques et pamphlets de Guyot Sainte-HélèneChapitre 23 sur 24 · ANDE · texte numérisé non relu

ANDE

CAMU LOSTCVTI 5SIGNOS

lEVRV

« Les caractères de la première, seconde et cin- « quième lignes sont plus gros que ceux des deux autres «lignes et on n'y voit aucune séparation de mots. »

Dans une de ses lettres {Mercure de mai 1740) il revient sur cette inscription, dit également « qu'elle est en cinq lignes, tandis que Cotignon ne lui en donne que deux, y insère des ponctuations qui ne sont point sur la pierre; que du nom du dieu Andegamulus, Cotignon en a fait trois mots, et qu'enfin Noxie ne s'y trouve aucunement ».

Dans une autre lettre {Mercure, décembre 1748), voulant moins que jamais que Nevers fut le Noviodimum Œduorum, il méprise bien (c'est son expression) la manière dont Cotignon lit et entend cette inscription, puis il ajoute :

« Je veux bien croire que cette pierre a été trouvée « en terre à Nevers ou proche, ainsy que le dit Coti- « gnon ; mais comme cette pierre n'est pas d'une « grosseur fort considérable, elle a pu être apportée « de quelque lieu voisin. Si l'on n'a pas d'autre preuve « que Nevers soit le Noviodunum Œduorum, je ne gar- « derai point ce fait comme trop bien prouvé. D'ail- « leurs il faudrait pour que cela y eut quelque rapport, « que la pierre parlât de Nevers ou de Noviodunum « ou des peuples Œdui. »

En septembre 1748 {Mercure), il répondit à une lettre insérée dans le Mercure précédent par un habitant de Nevers, fortement scandalisé de l'interprétation de Cotignon et qui, ne connaissant pas ce que l'abbé

Lebeuf avoit écrit sur l'inscription, s'exprimoit ainsy :

« Cette inscription est placée sur un corbeau, envi- « ron à dix pieds d'élévation, à l'endroit où étoit « autrefois la principale porte de la cité et où on doit <( aller recevoir MM. nos évêques, lorsqu'ils font leurs * entrées solennelles. »

« Cette inscription est gravée sur une pierre beau- « ooup plus longue que large, de laquelle elle ne remplit « qu'environ la moitié, ime bordure en relief sert d'or- « nement à cette pierre et lui donne la ligure d'un « tableau » .

L'habitant en fait ensuite ime copie servile ; puis observe « qu'il y a des lettres plus grandes les unes que les autres ; qu'un O enjambe sur un V » ; il s'élève contre le Noxius de Cotignon et finit par ces mots :

« Il n'est pas vrai que les lettres de l'inscription « soient toutes effacées ; elles sont très entières ; « et Cotignon ne les annonce défigurées que pour « faire adopter l'explication qu'il y donne ; au reste « il auroit dû nous apprendre en quel tems la ville de « Nevers brûlée a été réédifiée de rechef et la pierre « trouvée dans les fondemens et les garans sur les- « quels il appuie ces faits (i). »

(i) Au verso d'une petite feuille détachée du Mercure de France (zb^e 1748) reproduisant la figure de la pierre et de l'inscription, on lit cette inscription : « Pierre « beaucoup plus longue que (large) de laquelle elle ne « remplit qu'environ... moitié; une bordure en relief sert « d'ornement à cette même pierre et lui (donne) la figure « d'un tableau. Voilà, Monsieur^ une copie servile de « cette pierre... l'inscription.

« Il y a, comme vous voyez, des lettres plus grandes « les unes que les autres, un O y enjambe sur un V, c'est à « Messieurs les antiquaires à décider de quel siècle (sont) « les caractères ; si l'inscription est du... du Paganisme, ou •' depuis que le Christianisme a été établi dans les Gaules,

L'état et la position de la pierre et son contenu étant ainsy bien établis, voicy quel a été l'avis de M. Lebeuf (tome II de ses divers écrits) :

« La plus grande difficulté ne consiste pas dans ANDEGAMULO ;ce mot équivaut à ANDE CAMULO et l'on trouve déjà dans Gruter le m.ot Ande Camulenses pour signifier une certaine association de gens qui bâtirent un tem.ple à Pluton. {Numinibus Ang. fanum Plutonis Ande-camulenses posuerunt). Mais comme le mot Andecamulenses est dérivé d'Andecamulus il faut d'abord interpréter le plus simple ■ des deux,

« Ce terme me paroît renfermer le nom que les Gaulois donnoient à Mars, c'est-à-dire CAMULOS, nom qui servit quelquefois à composer celui d'un homme tel que le fameux Camulogemts, lequel défendit la ville de Lutèce contre les Romains, conduits par Labienus, du temps de César, et quelquefois à former le nom d'une ville, comme Camulodunum dans les Iles- Britanniques.

« Quant à la première partie du mot ANDE CAMU- LOS, je la regarde comme une épithète donnée à Mars ; c'est celle de Victor, qui lui convient parfaitement et qui lui est donnée communément. Et une preuve quANDE signifioit en langage gaulois, la

« sur quoy il est bon de vous observer que de l'autre « côté de la rue et presque vis-à-vis la pierre, il y a une « statue de la Ste-Vierge tenant l'Enfant Jésus dans ses « bras, d'une sculpture infiniment plus modelée qui, au « reste, peut avoir été substituée depuis un siècle ou deux « à une plus ancienne. Guy Coquille, historien de notre « province, n'a pas jugé à propos de parler de cette ins- « cription ; mais Michel Cotignon, chanoine de Nevers, le « fait avec beaucoup d'emphase dans la Préface d'un livre « imprimé en 1616, chès François Pomeray et intitulé: * Catalogue hisfovial des F^vêques de Nevers... »

même chose que Victor, c'est qu' Andate, qui en est dérivé, signifioit chez eux Victoria, — Andate étoit la Victoire ou la déesse de la Victoire chez les Bretons ; au rapport de Dion et suivant César, bien des choses étoient communes aux Gaulois et aux Bretons.

« Je croirois que cette inscription étoit pour quelque monument érigé à Mars victorieux et saint.

« A l'égard du mot Utissicno, j'avoue mon ignorance : il y a quelque mistère de paganisme caché sous ce terme et peut-être même de la religion des Gaulois, car je soupçonne que si la dernière ligne n'est pas composée de lettres initiales, elle représente, en mauvais grec, le nom des prêtres et sacrificateurs.

« S'il est permis cependant de proposer quelque chose dont on puisse tirer des conjectures sur le Utissicno, je ferai remarquer que la liaison de sa première lettre avec l'O final du mot SANCTO signifie qu'il faut doubler cette lettre et lire : ANDE CAMULO SANCTO OUTISSICNO. Ce dernier mot, ainsy écrit, représente les trois premières syllabes du nom celtique, Autissiodorum ; car on trouve de très anciens manuscrits où il y a, non pas Autissiodorum mais Utissiodortim et l'on sait que VU des anciens se prononçoit OU. La conjecture qui se présente est que le voisinage du pays Auxerrois et du Nivernois peut avoir donné occasion au terme Outissicno ; mais quel sens doit-on y trouver : c'est ce que le temps peut seul éclaircir. »

A l'aide de l'interprétation si savamment donnée cy-dessus, je crois avoir trouvé l'interprétation de l'inscription et c'est le plus aisé. Quand les gens comme M. l'abbé Lebeuf sont parvenus à un certain degré de connoissance et d'érudition, ils ne sont plus faits que pour résoudre les grandes difficultés ; les petites, indignes d'eux, leur échappent toujours : c'est pour eux

une espèce de privilège : aquila non capit muscas (i) .

La forme, la position de la pierre dont il s'agit, les murs, la principale porte d'entrée de la ville, la réception des évêques par cette porte indiquant certainement un vœu, une dédicace, un événement comme la conversion des habitans de Nevers, l'établissement de l'évêché, enfin la construction de Nevers sur les ruines du Noviodunum Œduorum, et je crois aussy que tout cela est compris dans l'inscription.

Il faut d'abord remarquer que les mots ANDE CAMULO SANCTO et le mot lEVRU sont écrits en lettres plus grandes que le surplus de l'inscription, qui est en lettres plus petites ; ce qui indique évidemment que VAndecamulo Sancto et le Jeuru sont des mots également considérables et qui doivent être plus considérés que le reste de cette inscription.

ANDECAMULO SANCTO ut is sic nos JEURU que bien des gens prononcent encore en Nivemois pour le mot Jésus.

Dans l'inscription, ce sont les nouveaux murs qui parlent et qui disent : « Autres fois nous étions voués à Mars victorieux et saint, ut is, comme il nous a protégés, sic nos Jésus, que Jésus nous protège à l'avenir».

Les Nivernistes (2) étoient nouveaux chrétiens ; leur foi, grossière comme leur esprit, peu robuste, chancelante et défiante, leur fit inventer ce contrat qui ne

(i) L'aigle ne prend pas des mouches. (Sorte d'adage dont la pensée est également rendue par le mot célèbre. De minimis non curât prœtor : le grand chef ne descend point aux bagatelles).

(2) * On dirait autrefois des Nivernistes — les Perdriez « de Nevers. — Ce que signifie le mot perdriez, je ne l'ai « encore trouvé n^dle part. Ce n'est pas un compli- « meut ». (Note de Guyot Sainte-Hélène).

les obligeoit envers J.-C. qu'autant qu'il remplaceroit à tous effets le dieu Mars auquel ils crurent devoir marquer leur reconnoissance et témoigner des regrets.

Et de tout ce que dessus je conclus :

1° Qu'il a existé des murs de ville qui d'abord ont été dédiés à Mars, puis à J.-C. ;

2° Que la pierre qui en fait foi a été trouvée dans les restes des anciens murs de Nevers ;

3'* Que Nevers existoit payenne avant d'exister chrétienne ;

4° Que Nevers avoit un nom quelconque ;

5° Qu'il a existé un Noviodunum Œduorum ;

6° Que M. Lebeuf, avec sa personne du Bourbonnois n'ont pu nous dire ce qu'il est devenu ;

7° Que, dans son impuissance à cet égard, le bon abbé s'est mocqué du monde ; que Parmentier a pris la chose au sérieux et qu'il n'a pas même entendu la matière lorsqu'il a voiilu prouver que si on doutoit que Nevers fût le Noviodunum, ce n'étoit pas sine fundamento et que non constat ;

8° Que la tradition veut que Nevers soit le Noviodimum Œduorum ;

9° Que le site de Nevers oblige à en penser de même ;

10° Que quelque brûlé et saccagé qu'eût été Nevers, il a dû en rester des vestiges, et que ces vestiges ne se trouvant nulle part, il faut que Nevers ait été élevé sur les ruines de Noviodunum ;

11° Que Noviodunum n'a pas été brûlé de manière à ne laisser aucune trace, puisque Fredegarius écrit qu'avant que Nevers fût évêché, il étoit antiquissi-» mum castrum ;

12° Que les quatre Noviodunum de César ont tous changé de nom et que personne ne peut donner à Nevers d'autre nom que Noviodunum avant qu'il

s'appelât Nivedunum, qui n'est qu'un nom corrompu, corrupto nomine ;

130 Qu'il paroît, par l'inscription, que le tems où la foi a été plantée à Noviodunum est celui où ses murs, auparavant dédiés à Mars et réduits à former antiquissimum castrum., ont été relevés et dédiés à J.-C. ; où un évêché a été établi et où ses habitans ont absolument abdiqué le nom de Noviodunum pour prendre celui de Nivedunum et tous ceux ensuite que nous avons rapportés ;

140 Enfin qu'il résulte de tout cela que Nevers est situé in ipsissimo loco de Noviodunum et qu'il le représente aujourd'huy comme une maison nouvellement réparée ou bâtie représente l'ancienne qui a été brûlée ou est tombée de vétusté et sur les ruines de laquelle elle se trouve élevée.

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