‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 103 sur 243 · vol. in-S"; librairie Werdet · texte numérisé non relu

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ceptibles en apparence, dont toute la vie est faite et tissue, qui forment en se croisant, quand on y regarde de près, la trame de toutes nos journées; qui se plaisent à étudier les caractères jusque dans leurs moindres détails ; qui n'assistent jamais à l'incident le plus trivial sans demander compte à toutes les physionomies des sentiments qu'elles trahissent naïvement, ou qu'elles essayent de cacher, mais qu'un œil attentif réussit à surprendre ; à ces sortes d'intelligences le roman convient avant et mieux que toutes choses. Leur vie de tous les jours, si animée qu'elle soit d'ailleurs, n'exclut pas de longues et fréquentes solitudes. Ils aiment à pénétrer les causes, à déduire et à conclure, dans le recueillement, les relations mystérieuses des choses que l'inattention ou l'insouciance considèrent comme absolument étrangères entre elles. Le récit, avec ses nombreux épisodes, avec ses péripéties multipliées, hâtées ou suspendues au gré de leurs caprices, les charme particulièrement. Le costume et la physionomie des acteurs, le paysage où la scène se passe, les rides du front, les plis des lèvres, le regard, le geste, jusqu'aux moindres contractions musculaires, rien n'échappe à la curiosité de leurs descriptions. Ils mènent à loisir l'action qu'ils inventent et qu'ils brodent ; ils s'arrêtent quand il leur plaît de s'arrêter ; ils ont des haltes, des points d'orgue pour Se reposer; à l'exemple d'Hippocrate et de Montesquieu, qui «attribuent au climat une si puissante influence sur le développement des maladies et des institutions, ils font intervenir la nature extérieure dans les mouvements des passions. Ils sont et doivent être romanciers. Il se rencontre aussi des esprits d'une trempe énergique, qui se mêlent à la vie, mais d'une autre façon, plus hardiment, plus vivement que les autres ; qui se souviennent moins, mais qui agissent davantage ; qui se préoccupent plus volontiers des rôles que des caractères ; qui étudient la marche d'un événement, sa physionomie extérieure et corticale, bien plus que ses ressorts intimes, ses causes primitives. A ceux-là, à ces imaginations aventureuses, ce qu'il faut, c'est une action rapide et pressée, dégagée de tous les épisodes, vrais ou vraisemblables, qui ne

concourent pas directement à raccomplissement définitif d*un fait unique et souverain, qui domine la fable et qui la relie, qui la resserre et Tétreint, et qui ne permet pas à une seule parcelle de toute la composition de s*en distraire et de s'en écarter. Un dialogue incisif et hardi, de paroles rares, plein d'idées soudaines et nécessaires , qui aille droit au but, qui marche vers la conclusion, qui obéisse comme un héros d'Eschyle, ou comme un soldat musulman, aux lois d'une fatalité irrésistible, telles sont les conditions auxquelles de pareils esprits peuvent être satisfaits. Menées à bout dans leurs dernières conséquences et sur diflférents points du globe, ces dispositions ont donné Shakespeare, Corneille, Schiller, Gœthe et Alfieri. La vie de taverne et de braconnier, d'aventures et de joyeuse insouciance, la vie grave et recueillie, une contemplation maladive, une suite non interrompue de tous les genres de bonheur, le goût tardif des études âpres et ardues après des courses au galop de plusieurs centaines de lieues, suffisent, et au delà, pour expliquer les différences qui distinguent Othello, Ginna, don Carlos, Gœtz de BerlichingeiL et Myrrha. {Portraits littéraires, t. I«', Fielding *.)

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