‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 146 sur 243 · ORESTE DANS SOPHOCLE ET ORESTE DANS ESCHYLE · texte numérisé non relu

ORESTE DANS SOPHOCLE ET ORESTE DANS ESCHYLE

L'Oreste d'Eschyle^ pâlit devant l'Oreste de Sophocle, parricide impassible. Le premier a besoin de s'exalter pour frapper sa mère, de s'enivrer de prières, de conjurations, de formules, des vapeurs de sang qui montent du tombeau de son père, comme d'un trépied infernal. L'Oreste de Sophocle n'a ni hésitation ni scrupule, il marche absorbé dans une vision démoniaque.

L'Electre d'Eschyle disparaît au moment où le fils va tuer sa mère : c'est assez de consentir, elle ne veut pas voir. L'Électre de Sophocle reste sous le portique et Texcite au meurtre, avec des cris d'Euménide : « Frappe! frappe encore une fois ! » Pourtant sa fureur semble moins terrible que le mutisme d'Oreste. Elle est humaine et vivante dans son délire forcené, il est fatal et spectral dans la fixité de son crime. Dans les Choéphores, il recule un instant devant le sein maternel : ici pas un frisson, pas un trouble, aucune réponse à ce cri poignant : « Mon fils ! aie pitié de ta mère ! »

{Les Deux Masques *.)

' 1. 3 vol. in-S»; Paris, librairie Calmann-Lévy. 2. Dans la tragédie des Choéphores de ce poète.

SAîNT-VIGTOa 223

« electre » de sophocle et les « choéphores »

d'eschyle 1

Que de grâce dans la douleur ! quelle mélodie dans le gémissemenl ! La poésie grecque a ce don divin de faire chanter le sanglot. Comme cette veuve de TOrient qu'un voyageur nous montre couchée sur la tombe de son mari, et creusant le moule de son sein dans la poussière du sépulcre, Electre, inclinée sur les cendres de son frère, n'y laisse que des ves-r

tiges de beauté.

{Les Deit^c Masques^,)

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