Poème du poète anglais Milton
2. Poème de Klopstock (1724-1803), poète allemand. 8. Dans V Ancien Testament.
C'est justement cfe qu'Assuérus lui dit :
Je ne trouve qu*en vous je ne sais quelle grâce, Qui me charme toujours et jamais ne me lasse. De Taimable vertu doux et puissants attraits ! Tout respire en Esther l'innocence et la paix ; Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres, Et fait des jours sereins de nos jours les plus sombres.
Racine a prélevé sur les diverses femmes de la Bible, sur Rachel, sur Lia, sur Noémi, sur Rulh, sur Judith elle-même, ce qu'elles ont de meilleur, pour le fondre en son Esther, comme il a ramassé dans ses deux drames sacrés d'Esther et d'Athalie l'enchaînement des faits bibliques et la substance de la vérité chrétienne.
L'originalité d'Eslher au point de vue de l'art, le coup de génie, c'est que Racine, en prenant pour sujet de pièce, au beau milieu de la querelle des anciens et des modernes, un moment saillant de la religion et en groupant les autres moments autour de celui-là, choisi comme principal, Racine, le • défenseur des anciens, l'adversaire cruel des modernes. Racine le Grec, le Latin, le fabricant, disait-on, de faux antique, venait de prouver que c'est encore dans le commerce de l'antiquité qu'on se prépare le mieux à devenir un moderne entre les modernes. Son œuvre était, comme nous dirions aujourd'hui, d'une modernité absolue. Au siècle où écrivait Racine, rien lîe pouvait paraître au théâtre plus hardiment actuel que l'histoire sacrée et l'apologie religieuse, parce que rien n'était plus vivant que la religion. Les croyances chrétiennes étaient alors si étroitement tissues dans les fibres du tempérament national, qu'elles en paraissaient inséparables. L'histoire chrétienne faisait partie intégrante de la haute éducation, et depuis vingt ans que le livre aisé de Nicolas Fontaine, connu sous le nom de Bible de Royaumont, était dans les mains de la jeunesse, à qui l'histoire biblique, ses faits, ses actions, ses héros, n'élaient-ils pas familiers et chers? Racine faisant jouer Esther et Athalie, c'était quelque chose comme Eschyle faisant représenter à Athènes Prométhée et les Perses; il répondait aux préoccupalions positives les plus immédiates,
à la plus continuelle pensée de Fàme contemporaine. C'est la principale raison pourquoi Racine, avec la meilleure volonté du monde, ne put dérober Esther sous le pieux boisseau de Saint-Gyr. Il fut impossible de réserver aux dames et aux demoiselles du célèbre établissement la pièce qu'elles avaient commandée, qu'elles jouaient et qui n'avait été faite que pour elles. Tout se précipita aux représentations de Saint- Cyjp; tout voulut en être, la cour et la ville. Fait bien remarquable : l'inspiration racinienne était montée d'un vol si heureux vers le plus haut, le plus général, le plus doux, le plus inaltérable, le plus divin delà religion, que toutes les théologies se réconcilièrent pour un moment en Esther. De violentes querelles * divisaient l'Église et ses illustres conducteurs d'âmes ; d'affreuses persécutions étaient consommées ; d'autres se préparaient ; il n'y eut pas de dissidents à Esther, Bossuet ne pensait pas de la pièce autrement que Fénelon ; Bourdaloue la voulut voir, et Tinflexible Arnauld^, pour la première fois, pardonna au théâtre et à ses pompes. B'Esther, Arnauld fut ravi ; même après qu'eut paru Athalie, il préférait Esther, sans bien s'expliquer pourquoi. C'est, je suppose, que dans Esther la religion parle toute seule et toute pure, tandis que dans Athalie il se môle à la religion un drame politique puissant qui distrait un peu la piété.
(A propos de théâtre, XIV, Esther^,)