LE MÉLODRAME
Réduite à l'inaction par le déroulement de Thisloire, la nation française, de 1825 à i845, s'est mise à imaginer ce qu'elle ne pouvait plus accomplir. Ne vivant plus les grandes aventures, elle les a voulu lire et écouter. Elle a donné dans ses cabinets de lecture et ses salles de spectacle les coups d'estoc et de taille invraisemblables qu'elle ne donnait plus à travers le monde; elle a été dans la poésie le Bayard, le du Guesclin, le Lassale, le Labourdonnaye, le Bussy-Castelnau, le Lannes, le Murât et le Ney qu'elle avait cessé d'être dans la réalité. Alors ont surgi et le roman d'aventures et le drame de cape et d'épée. Alors, comme le capitaine Bonaparte n'était plus, s'est élevé, sur l'horizon du boulevard, le capitaine Buridan 2.
Un fier gaillard, celui-là ! Un routier et un malandrin de la bonne façon ! 11 fut acclamé parce qu'il était attendu. Il avait été fabriqué à souhait et de l'étoffe à ce moment la plus demandée. Tout en lui répondait au volcanisme, au titanisme et au révolutionnarisme du lendemain de 1830. Il en représentait toutes les ébullitions politiques, morales et psychologiques. Il avait fait les guerres. Il arrivait on ne sait d'où, de Bourgogne et des Flandres, mystérieux, fatal, toujours en verve, sachant les secrets des puissants, et par là irrésistible. Qu'avait-on besoin de chercher qui il était? Ses pareils à deux fois 3... Il entre au cabaret d'Orsini, flamberge au vent :