‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 198 sur 243 · La Place Royale, comédie du début de Corneille · texte numérisé non relu

La Place Royale, comédie du début de Corneille

nous montrerait l'acte volontaire en soi, hors du monde des accidents, sans une matière où il s'applique, se prenant luimême pour but. Est-ce forcer les mots que de voir dans ce poète de la volonté toute pure quelque chose comme le Kant* du théâtre tragique? Cet homme qui, faisant à la Duparc sa cour grondeuse, lui déclare superbement « qu'elle ne passera pour belle chez la race future qu'autant qu'il l'aura dit » (et qu'est-ce que cela pouvait bien faire à Marquise?), n'a jamais compris ni aimé la femme, qui est inconscience, faiblesse et charme. On sent chez lui une énergie qui vient du Nord : c'est bien le fils des hommes hardis et sombres descendus des mers gelées et qui jadis avaient occupé son pays avec le duc Rollon. Sous sa rhétorique romaine et sa subtilité espagnole, c'est un Danois des anciens âges, un Northman, un homme de fer et de glace, un monstre, un barbare. Racine est un Français de France; il a la grâce, la raison harmonieuse, le bon sens, la sobriété, la vérité psychologique. C'est un grand signe pour lui d'avoir été hautement préféré par celui de nos siècles littéraires où nos qualités et nos défauts se sont le plus librement développés, ont le moins profondément subi l'influence des littératures anciennes ou étrangères.

(Les Contemporains, 2® série 2.)

A PROPOS d'un livre DE CLASSE

Voilà certes une édition modèle^. Mais savez-vous l'effet le plus sûr de ce luxe intelligent d'explications et de commentaires? On lit l'Introduction, on parcourt les notes, on effleure les notices, on a plaisir à retrouver là des pages aimables ou belles de M°^« de Motteville, de Retz, de M™® de Sévigné, de M"*® de La Fayette ou de Saint-Simon. Et puis... on oublie de lire les oraisons funèbres, car ce n'est presque plus la peine, et d'ailleurs ce serait, par comparaison,

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