‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 221 sur 243 · GUY DE MAUPASSANT · texte numérisé non relu

GUY DE MAUPASSANT

M. de Maupassant est certainement un des plus francs conteurs de ce pays, où l'on fit tant de contes et de si bons. Sa langue forte, simple, naturelle, a un goût de terroir qui nous la fait aimer chèrement. Il possède les trois grandes qualités de l'écrivain français, d'abord la clarté. 11 a l'esprit de mesure et d'ordre qui est celui de notre race. Il écrit comme vit un bon propriétaire normand, avec économie et joie. Madré, matois, bon enfant, assez gabeur^, un peu faraud, n'ayant honte que de sa large bonté native, attentif à cacher ce qu'il y a d'exquis dans son àme, plein de ferme et haute raison, point rêveur, peu curieux des choses d'outre-tombe, ne croyant (ju'à ce qu'il voit, ne comptant que sur ce qu'il touche, il est <le chez nous, celui-là; c'est un paysl Delà l'amitié qu'il inspire à tout ce qui sait hre en France. El, malgré ce goût normand, en dépit de cette fleur de sarrasin qu'on respire par toute son œuvre, il est plus varié dans ses types, plus riche dans ses sujets qu'aucun autre conteur de ce temps. On ne trouve guère d'imbéciles ni de coquins qui ne soient bons pour lui et qu'il ne mette en passant dans son sac. Il est le grand peintre de la grimace humaine. Il peint sans haine et sans amour, sans colère et sans pitié, les paysans avares, les matelots ivres, les filles perdues, les petits employés abêtis par le bureau, et tous les humbles en qui l'humilité est sans beauté comme sans vertu. Tous ces grotesques et tous ces liialheu-

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