‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 9 sur 243 · M. Sarcby, Conférence sur Athalie, à TOdéon · texte numérisé non relu

M. Sarcby, Conférence sur Athalie, à TOdéon

compose à un élément dominant, qu'on résume l'œuvre dans un caractère unique, essentiel, et l'écrivain lui-même dans une faculté maîtresse.

Essayons de déterminer le rôle qui convient à chacune de ces formes de la critique.

La critique purement littéraire, que nous avons nommée critique esthétique, considère les œuvres en elles-mêmes, sans rechercher ce qu'a été l'auteur, comment il a vécu, en quel temps il a écrit. N'est-ce pas dans ses ouvrages qu'un auteur découvre le mieux sa pensée, ses sentiments, l'état de son âme? Et n'est-ce pas à l'œuvre qu'on connaît l'artisan? Si elle est mauvaise, ce que nous apprendrons de l'auteur la rendra-t-il bonne? Chaque genre est assujetti à certaines conditions essentielles qui doivent être le fondement de la critique littéraire. Elle juge d'une manière absolue, parce qu'elle juge au nom d'une règle. Elle propose certains ouvrages pour modèles parce qu'ils ont suivi cette règle; elle condamne les autres parce qu'ils s'en sont écartés.

Assurément, la critique esthétique a raison de dire que tout art et toute forme de l'art doit observer certaines conditions, qui sont les lois mêmes de l'esprit humain. Elle ne se trompe pas, en affirmant qne ces conditions se trouvent réalisées dans les chefs-d'œuvre qui excitent l'admiration des hommes; elle nous otfre ainsi le moyen de discerner plus sûrement les bons ouvrages des mauvais, et nous aide à comprendre les raisons cachées de ce que nous admirons dans les uns, de ce que nous condamnons dans les autres. Aussi les écrivains supérieurs trouvent-ils en elle, quoi qu'on en dise, un appui plutôt qu'une entrave, lorsque ses préceptes et ses jugements sont conformes aux véritables principes de l'art. Racine et Molière n'ont vu dans Boileau qu'un soutien. Corneille lui-même, qu'on dit avoir été gêné par les règles, proteste contre ceux qui prétendent qu'Arislote « a fait des règles pour son siècle et pour des Grecs, et non pas pour le nôtre et pour des Français ». — « Je serais, dit-il, le premier qui condamnerait le Cid, s'il péchait contre les grandes et souveraines maximes que nous tenons de ce philosophe ^ »

Page 1