SAINT-VICTOR
de vingt-sept ans, et Thorizon d'un siècle semble s'étendre entre eux deux...
Le style d'Eschyle est extraordinaire comme son génie; il fait le bruit d'un orage, il a le cours d'un torrent. Ses contours grecs sont tourmentés par l'hyperbole asiatique. Saumaise' s'ofTusquait de le trouver « pétri d'hébraïsmes », et le savant voyait juste, si le pédant avait tort. Eschyle a parfois la voix d'un psalmiste ou d'un prophète d'Israël. Mêmes ellipses énigmatiques, même âpreté de ton et d'accent, mêmes ruissellements de larmes et mêmes éclats d'anathèmes...
On dirait l'arc de David tendu par la main d'Apollon... Rien de comparable à ses chants lyriques pour l'emportement de l'allure, l'audace effrénée des tons et des rythmes, le débordement des images... Les métaphores sont prodigieuses, elles ont moins de beauté que d'énormité. Il appelle la poussière « sœur altérée de la boue », la fumée « sœur chatoyante du feu »; la mer est la « marâtre des vaisseaux ». Après les naufrages des Grecs revenant de Troie, il la voit « toute tleurie de cadavres ».
Aristophane- raillait Eschyle de ce tonnerre qui détonait dans l'atmosphère athénienne. Cependant l'admiration perce sous ses moqueries. On dirait le Satyre du bas-relief, qui mesure avec une grimace effrayée l'orteil de Polyphème^ endormi.
{Les Deux Masques '.)