‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 17 sur 223 · ANDROMAQUE · texte numérisé non relu

ANDROMAQUE

Les sentiments les plus touchants de l'Andromaque de Ra- ■cine émanent pour la plupart d'un poète « chrétien ». L'Andromaque de VIliade est plus épouse que mère ; celle d'Euripide a un caractère à la fois rampant et ambitieux, qui détruit le caractère maternel; celle de Virgile est tendre et triste, mais c'est moins encore la mère que l'épouse : la veuve d'Hector ne dit pas : Astyanax uhi est ? mais Hector ■iibi est ?

L'Andromaque de Racine est plus sensible, plus intéressante que l'Andromaque antique. Ce vers si simple et si aimable :

Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui,

est le mot d'une femme chrétienne ; cela n'est point dans le poùt des Grecs, et encore moins des Romains. L'Andromaque d'Homère gémit sur les malheurs futurs d'Astyanax, mais elle songe à peine à lui dans le présent ; la mère, sous notre culte, plus tendre, sans être moins prévoyante, oublie quelquefois ses chagrins, en donnant un baiser à son fils. Les anciens n'arrêtaient pas longtemps les yeux sur l'enfance ; il semble qu'ils trouvaient quelque chose de trop naïf dans le langage du berceau. Il n'y a que le Dieu de l'Évangile ■qui ait osé nommer sans rougir << les petits enfants * » [parruli) el qui les ait offerts en exemple aux hommes :

Et accipiens puerum, statuit eum in medio eorum : quem cum complexus ■esset, ait aliis : « Quisquis unum ex hujusmodi pueris receperit in nomine Tneo me recipit. »

Et ayant pris un petit enfant, il l'assit au milieu d'eux, et l'ayant embrassé il leur dit : Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant me reçoit -,

Lorsque la veuve d'Hector dit à Céphise dans Racine :

Qu'il ait de ses aïeux un souvenir modeste ; Il est du sang d'Hector, mais il en est le reste,

qui ne reconnaît la chrétienne? C'est le deposuit patentes de sede. L'antiquité ne parle pas de la sorte, car elle n'imite que

les sentiments naturels : or, les sentiments exprimés dans ces vers de Racine ne sont point purement dans la nature ; ils contredisent au contraire la voix du cœur. Hector ne conseille point à son fils d'avoir de ses aïeux un souvenir modeste ; en élevant Astyanax vers le ciel, il s'écrie :

Zc'j, à)>Àoi T£ 8£o(, Z6-Z Sf, xal t^v oi ys'vîsOoh, Traïo' îixôv, w- xal syw •Tzsp, à.Q'.izpzT.ix Towstî'.v

i. JIatth., cap. xviii, 3.

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