‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 178 sur 223 · Dans des concours dramatiques · texte numérisé non relu

Dans des concours dramatiques

i. Noms grecs des divinités que nous désig-nons d'après l'assimilation que les

élaient la religion des âmes tendres et des intelligences épurées. Leurs rites étaient des symboles d'expiation, de purification progressive par l'épreuve et la douleur, de renaissance et d'immortalité. C'est la morale des mystères que les trois tragiques grecs ont mise dans leur théâtre. EL vraiment nous n'avons pas trouvé grand'chose de mieux.

Le grand poète Eschyle fut donc, par surcroit, un sage érainent. L'Orestie est un plus riche trésor que le fameux « trésor des Alrides ». Il n'est besoin d'aucune complaisance pour y découvrir tout ce qu'on veut. Qu'y chercheronsnous aujourd'hui? Si vous le voulez, nous démêlerons, dans les trois parties dont VOrestle se compose, les types des prm cipales espèces de drame, d'aventures ou de fatalité extérieure; enfin, drame philosophique et religieux.

Tout cela s'y trouve, mais n'éclate peut-être pas toujours au premier regard. Le drame s'y débat sous une enveloppe encore à moitié lyrique et épique.

C'est que nous sommes, ici, tout près des origines de la tragédie. Vous n'ignorez pas que le théâtre est le dernier en date des genres littéraires. Les hommes ont commencé par les chants et par le récit*. Ce n'est que sur le tard qu'ils ont songé à représenter directement la vie humaine par l'action et par le dialogue.

Mais cette représentation est, nécessairement, très conventionnelle. Les anciens Grecs prirent leur parti de ces conventions et les firent très larges. Sans doute ils savaient bien que, dans la vie réelle, on ne chante pas en parlant, qu'on ne parle pas en vers, etc. Mais ils savaient aussi que, le théâtre ne pouvant jamais donner l'illusion complète de la réalité, il est puéril de trop rechercher cette illusion. La vérité du fond, la vérité des caractères et des sentiments leur paraissait seule belle et seule intéressante. Ils n'avaient pas compris du tout nos soucis de réalisme. Et, en elTet, c'est

Romains avaient faite avec leurs propres dieux: Zeas (Jupitci-) ; Xlhéné {Minerve) ; lacchos (Bacchiis) ; Perséphonè (Proserpine).

l. L'épopée, dans presque toutes les littératures, semble avoir précédé le développement des autres genres: Husikiie a paru avant le lyrique Pixdai.k, avant le tragique Eschyle.

nous qui sommes des enfants et des barbares, de tant tenir à une imitation matérielle, qui d'abord est impossible, et qui, si elle était possible, serait assez peu intéressante.

Ce n'est qu'avec la comédie de Ménandre que le théâtre grec deviendra une peinture un peu plus approchée de l'extérieur de la vie. Quant à la traj^édie grecque, c'est quelque chose d'intermédiaire entre ce que sera la tragédie française et ce que sera le grand opéra. VOrestie n'est pas encore entièrement dégagée du u dithyrambe » originel. Les chants lyriques et les monologues narratifs en occupent la plus grande part. Mais pourtant, comme j"ai dit, tout le théâtre futur s'y agite, déjà reconnaissable.

{Impressio7is de théâtre, 4« série'.)

Page 1