Jules Favcie (1800-1880), avocat et homme d'État
sachant ce qu'elle est devenue ; puis, en France, l'hospilalité maigre et humilliante, la pension mal payée par Mazarin; pas de bois en plein hiver pendant la Fronde; la veuve du roi décapité pleurant du malin au soir et, parmi ses larmes, prise de gaietés subites, par des retours inattendus du sang de Henri IV ; et la dévotion finale, murée et profonde comme un tombeau, la mort anticipée dans le silence du couvent des Visitandines...
Et voici la fille, Henriette d'Angleterre, un berceau ballollé dans les hasards de la guerre civile, une enfance triste dans un intérieur froid, gêné et presque bourgeois, de reine exilée. Elle sort de là parfaitement simple et bonne, et tous les contemporains, sans exception, vantent sa douceur. De grands yeux, une jolie figure irrégulière dont [toute la séduction vient du rayonnementde l'esprit, et si charmante qu'on ne voit plus la taille déviée. La voilà amoureuse et aimée de Louis X\V, puis précipitée du haut de ses espérances, mariée à un homme qui n'aimait pas les femmes; romanesque et trompant son propre cœur dans de périlleuses coquetteries; d'ailleurs vive, intelligente, nullement guindée, aimée des hommes de lettres, bonne enfant avec eux; adorable, adorée, triomphante (avec plus d'une blessure au cœur), jusqu'au verre de chicorée et à la « nuitelfroyable »...
C'est maintenant une figure plus effacée, mais naïve et douloureuse : la reine Marie-Thérèse, une belle fille blonde et blanche, moutonnière et tendre sous un empois héréditaire d'orgueil royal. Enfant, elle regarde passer, en cachette, d'une fenêtre de l'Escurial*, les cavaliers français tout enrubannés, et les compare à unjardin qui marche. Elle aime Louis XIV comme une petite pensionnaire ; elle soutfre pendant vingt ans de ses infidélités comme une petite bourgeoise malheureuse en ménage ; toujours blanche, toujours innocente et toujours amoureuse, reine et brebis.
Et, pour faire contraste, voici la princesse Palatine, échappée de son couvent, mariée par ambition, toujours endettée,